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LE GOÛT DES AUTRES
Récit d’une Bretonne à Madagascar
Véronique Lunven
Editions Les Portes du Large
Originaire de la région brestoise et petite-fille de paysans bretons, Véronique Lunven a, comme beaucoup d'autres jeunes Bretons aujourd'hui, succombé à l'appel du large. Curieuse de découvrir un pays dit " pauvre" , elle s'est immergée dans une petite ville de l'intérieur de Madagascar, à Tsiroanomandidy.
Avec l'Afdi-Bretagne, une ONG créée et animée par des agriculteurs bretons, elle y a coordonné, pendant deux ans, un programme d'échanges et de formation.
Ecrit d'une plume alerte, son récit nous captive de la première à la dernière page.
Il nous fait découvrir, au quotidien, la vie des paysans malgaches, avec leurs difficultés, leurs peines, mais aussi leurs richesses de cœur, leurs joies et leurs espoirs.
Les histoires courtes sont autant d'aventures tristes ou drôles, excitantes ou laborieuses, qui nous interpellent sur le problème du développement dans les pays pauvres. Dégageant page après page les couches du "mille-feuille" malgache, Véronique Lunven nous montre la complexité de cette société aussi moderne qu'archaïque.
Elle nous renvoie à notre propre schizophrénie d'occidentaux en quête de développement durable et d'épanouissement personnel.
http://www.veroniquelunven.org/index.html
EXTRAIT :
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Samedi 26 mars 2005 : PPU, projets participatifs urgents
Le samedi est normalement chômé par les bureaucrates et autres salariés des ONG que nous sommes. Mais aujourd'hui, le chef de la Région nous convie à une réunion exceptionnelle. En effet, il faut agir rapidement. Le Président de la République, également partie prenante de la plus grosse entreprise de produits laitiers du pays, a fait venir des vaches Holstein de Nouvelle-Zélande. Elles ont été stockées à moins de cent kilomètres de Tsiro en attendant d'être vendues à des éleveurs, notamment ceux des hautes terres, où l'élevage laitier est très répandu. Il en va de l'honneur de notre Région d'en acheter quelques-unes. Nous avons trois jours pour nous manifester, c'est-à-dire à peine le temps pour moi de prévenir les groupements paysans répartis à quatre-vingt kilomètres à la ronde sans accès au téléphone. La vache est vendue quinze millions de francs malgaches, soit environ mille deux cent euros ! Cela équivaut à cinq ans et demi de travail d'un journalier et au coût de sept vaches de race locale. D'après la fiche technique, la Holstein produit jusqu'à cinquante litres de lait par jour quand la vache de race locale n'en produit que deux ou trois. De plus, comme elle ne sait pas courir, elle ne sera pas volée … C'est intéressant ! Mais personne n'a lu la petite étoile en bas de la fiche technique qui précise les conditions d'alimentation, d'hygiène, de température, pour atteindre une production optimale. Même les éleveurs les plus expérimentés de Tsiro n'arrivent pas à réunir ces conditions. La mort assurée pour les vaches et la ruine des paysans crédules. D'une manière générale, la méconnaissance des réalités du terrain est une qualité très répandue parmi les dirigeants malgaches shootés au développement à l'européenne. Par ailleurs, écouler les excédents est une préoccupation logique des pays riches. Les universités européennes auraient donc tort d'enseigner autre chose aux futurs cadres des pays sous-développés !..... |
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