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Conseils de lecture - Le goût des Autres

 

LE GOÛT DES AUTRES

Récit d’une Bretonne à Madagascar
Véronique Lunven

 

Editions Les Portes du Large 

 

Originaire de la région brestoise et petite-fille de paysans bretons, Véronique Lunven a, comme beaucoup d'autres jeunes Bretons aujourd'hui, succombé à l'appel du large. Curieuse de découvrir un pays dit " pauvre" , elle s'est immergée dans une petite ville de l'intérieur de Madagascar, à Tsiroanomandidy.

Avec l'Afdi-Bretagne, une ONG créée et animée par des agriculteurs bretons, elle y a coordonné, pendant deux ans, un programme d'échanges et de formation. 

Ecrit d'une plume alerte, son récit nous captive de la première à la dernière page.

Il nous fait découvrir, au quotidien, la vie des paysans malgaches, avec leurs difficultés, leurs peines, mais aussi leurs richesses de cœur, leurs joies et leurs espoirs.

Les histoires courtes sont autant d'aventures tristes ou drôles, excitantes ou laborieuses, qui nous interpellent sur le problème du développement dans les pays pauvres. Dégageant page après page les couches du "mille-feuille"  malgache, Véronique Lunven nous montre la complexité de cette société aussi moderne qu'archaïque.

Elle nous renvoie à notre propre schizophrénie d'occidentaux en quête de développement durable et d'épanouissement personnel. 

 

http://www.veroniquelunven.org/index.html

 

EXTRAIT :

 


Samedi 26 mars 2005 : PPU, projets participatifs urgents

Le samedi est normalement chômé par les bureaucrates et autres salariés des ONG que nous sommes. Mais aujourd'hui, le chef de la Région nous convie à une réunion exceptionnelle. En effet, il faut agir rapidement. Le Président de la République, également partie prenante de la plus grosse entreprise de produits laitiers du pays, a fait venir des vaches Holstein de Nouvelle-Zélande. Elles ont été stockées à moins de cent kilomètres de Tsiro en attendant d'être vendues à des éleveurs, notamment ceux des hautes terres, où l'élevage laitier est très répandu. Il en va de l'honneur de notre Région d'en acheter quelques-unes. Nous avons trois jours pour nous manifester, c'est-à-dire à peine le temps pour moi de prévenir les groupements paysans répartis à quatre-vingt kilomètres à la ronde sans accès au téléphone. La vache est vendue quinze millions de francs malgaches, soit environ mille deux cent euros ! Cela équivaut à cinq ans et demi de travail d'un journalier et au coût de sept vaches de race locale. D'après la fiche technique, la Holstein produit jusqu'à cinquante litres de lait par jour quand la vache de race locale n'en produit que deux ou trois. De plus, comme elle ne sait pas courir, elle ne sera pas volée … C'est intéressant ! Mais personne n'a lu la petite étoile en bas de la fiche technique qui précise les conditions d'alimentation, d'hygiène, de température, pour atteindre une production optimale. Même les éleveurs les plus expérimentés de Tsiro n'arrivent pas à réunir ces conditions. La mort assurée pour les vaches et la ruine des paysans crédules. D'une manière générale, la méconnaissance des réalités du terrain est une qualité très répandue parmi les dirigeants malgaches shootés au développement à l'européenne. Par ailleurs, écouler les excédents est une préoccupation logique des pays riches. Les universités européennes auraient donc tort d'enseigner autre chose aux futurs cadres des pays sous-développés !.....

 



Publié à 04:35 le 29.07.2009 dans Livres Contes
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Conseils de lecture - La prédiction ou la vie de Rainilaiarivony

 

La Prédiction,

ou la vie de Rainilaiarivony

 

Annick Cohen-Bessy

1997

 

 

En 1828, naît à Madagascar un enfant dont les astrologues décident qu'il aura un destin tellement exceptionnel qu'il nuira à tout son entourage.Prédiction étonnante lorsque l'on sait que cet enfant deviendra Rainilaiarivony, Premier ministre de Madagascar pendant plus de trente ans. Il répudiera sa femme, épousera les trois reines de Madagascar et assistera impuissant à la colonisation de son pays. Exilé à Alger par le gouvernement français, il y mourra le 7 juillet 1896.

 

Un tel personnage semble tout droit sorti de l'imagination déréglée de quelque écrivain. Et pourtant il a bien existé. Tous les évènements surprenants qui ont scandé sa destinée ont bien eu lieu.  Tous les personnages, mis à part un ou deux ont existé. Tous les évènements sont réels.

En écrivant ce livre Annicl Cohen-Bessy, qui vit à Madagascar depuis 1983 et se passionne pour l'histoire de ce pays, a souhaité à travers la vie de Rainiliairivony qui s'étend sur la majeure partie du XIXè siècle, faire connaître cette époque.

 

 

 

   

Publié à 04:30 le 29.07.2009 dans Livres Contes
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Recettes, saveurs et culture alimentaire au pays des lémuriens

 14/08/2011

  

MA CUISINE DE MADAGASCAR

William Chan Tat Chuen
édition Jean-Paul Rocher  

 

 

Chan Tat Chuen a passé son enfance à Tamatave , et c'est entre souvenirs , recettes et culture alimentaire qu'il nous offre un itinéraire gourmand à travers son île.

 
«La mer est la limite de ma rizière» (ny ranomasina no valamparihiko) aurait dit le grand roi Andrianampoinimerina qui lança l’unification de l’île à la fin du XVIIIe siècle.
 
La cuisine malgache d’origine, avec le zébu, le riz et les brèdes, s’est enrichie pendant son histoire de plusieurs traditions culinaires telles: la chinoise, l’indienne, et la française.

Dans cet  ouvrage, William Chan Tat Chuen nous offre un itinéraire gourmand à travers les saveurs d’une île, qui lui rappellent à la fois son enfance, et des traditions culinaires qui marquent une identité malgache plurielle et ancestrale.
 
A la fois parcours anthropologique et gourmand son récit nous expose toute la richesse d’une île dont les spécialités ne manquent pas de piquant !
 
Des recettes de zébu, aux différentes variantes de rougails et d’achards, c’est toute une géographie gustative qui nous est dévoilée ici.
Mais aussi la cuisine malgache au-delà de la nécessité de répondre et de satisfaire la population est une cuisine qui accompagne les rituels de la vie :  les croyances, les interdits (les fadys), et nous laisse entrevoir une culture complexe et très influencée par les superstitions.

Avec de nombreuses recettes, l’auteur nous révèle les moeurs et l’histoire d’un pays aux multiples facettes, où l’on n’est pas étonné de déguster du foie gras, des nymphes frites, de nombreux poissons et où l’on trouve aussi du vin, une très bonne bière (thb) et où l’on a renoncé à manger de la tortue de mer puisqu’elle est devenue une espèce protégée. 


Un voyage culino-culturel pour découvrir ce qu'offre ce beau pays.




Publié à 04:25 le 29.07.2009 dans Livres Contes
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Conseils de lecture - Idées reçues

13/08/2011

 

IDEES RECUES

 

 

 Un livre de : Patricia Rajeriarison et Sylvain Urfer

Mars 2010

 

Patricia Rajeriarison, consultante spécialisée dans le développement, et le jésuite Sylvain Urfer ont sélectionné 20 idées reçues pour essayer d'éclaircir les idées sur Madagascar. "Idées reçues, Madagascar " est sorti fin mars aux éditions Le Cavalier Bleu.

De l'origine africaine des Malgaches à la pratique culturale sur brûlis en passant par la tradition orale, les auteurs ont apporté des éclaircissements aux lecteurs sur les idées reçues sur la Grande Ile. A travers le regard croisé d'une malgache et d'un français, cet ouvrage présente les multiples facettes d'un pays trop souvent réduit à sa flore, sa faune et à la gentilles de ses habitants.

 

Histoire et géographie


— « Madagascar est un pays africain. »
— « Madagascar est le pays des lémuriens. »
— « Ranavalona Ire fut une reine cruelle. »
— « Madagascar est une ancienne colonie française. »
— « 29 mars 1947 : événement ou insurrection ? »

Économie et politique


— « Madagascar est l’un des pays les plus pauvres du monde. »
— « Madagascar est le pays de la vanille. »
— « Madagascar est un pays de potentiel. »
— « Madagascar est un pays ingouvernable. »
— « À Madagascar, les Églises font de la politique. »

Culture


— « L’identité malgache est incertaine. »
— « Madagascar vit au rythme du moramora. »
— « La culture malgache est essentiellement orale. »
— « Le fihavanana est le fondement de la culture malgache. »
— « À Madagascar, on retourne les morts. »

Société


— « Il n’y a pas d’unité nationale à Madagascar. »
— « À Madagascar, on brûle les forêts. »
— « Les Malgaches sont francophones. »
— « Madagascar est une grande destination pour l’écotourisme. »
— « Les Malgaches sont un peuple non-violent. »

 

 



Publié à 04:22 le 29.07.2009 dans Livres Contes
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Conseils de lecture

6 août 2011

 

 NAPOLEON DE LASTELLE,

Prince de Madagascar

de  Michel Pruche de Lastelle

juin 2011

 

 

De Saint Malo à l'île Maurice, la Réunion, Madagascar, ce récit conte l'histoire véridique de Napoléon de Lastelle (1802 - 1856) qui fut dans cette région l'égal de son compatriote Mahé de la Bourdonnais. On y rencontre incidemment plusieurs familles implantées aux Mascareignes.

L'aventure diverse et constamment renouvelée s'étale de 1760 au début du XXe siècle : Saint Malo avant et pendant la Révolution, les Mascareignes et Madagascar à la même époque, l'arrivée de Napoléon de Lastelle dans la grande île en 1828, puis son parcours détaillé sur fond de rivalité franco-anglaise.

C'est la fameuse Ranavalona I, dite la « reine cruelle », qui le fit prince de la famille royale. Financé par le réunionnais Julien de Rontaunay, Napoléon de Lastelle aménagea un territoire de 300 km de long entre Tamatave et Mananjary. Il y édifia plusieurs usines, introduisit des plantes et animaux de toutes sortes, créa entre les îles un commerce qui employait des milliers de marins sur plus d'une centaine de bateaux.

Comme Mahé de la Bourdonnais, il dut affronter les jalousies et les calomnies de ses contemporains régionaux, ainsi que l'ingratitude et la lâcheté face aux Anglais des gouvernements de la France à qui il avait offert la conquête pacifique de Madagascar.

Napoléon de Lastelle bâtissait, plantait, commerçait avec l'ambition de créer des richesses, mais on se méprendrait en ignorant la mission civilisatrice dont, avec son associé Julien de Rontaunay, ils s'estimaient tout autant responsables.

 

 

LOIN SOUS LES RAVENALAS

 Annick de Comarmond

 GRAND PRIX GEO 2010

 

 

Jeune professeur dans le sud de la France, Hélène hérite d'un lointain grand-oncle d'une mine de graphite dans la grande forêt de l'est malgache. Elle ne connaît rien à cette île fabuleuse, ni à ce minerai obscur. D'abord résolue à vendre ce legs encombrant, elle tombe amoureuse de ce cadre époustouflant et de ses habitants.

Contre les éléments et les hommes, elle relève ce défi inouï, comme une chance de nouvelle vie. Elle se sait pas qu'en même temps que ce filon, elle hérite d'une histoire ancienne et douloureuse...

A Madagascar, au fil de terribles déconvenues et de petites victoires, Hélène va faire, d'une épreuve à l'autre, l'apprentissage d'un métier mais surtout d'un peuple énigmatique et d'une terre luxuriante. Ballottée mais curieuse, effrayée mais courageuse, rabrouée puis amoureuse, la jeune femme résiste à l'ombre de deux somptueux ravenales, les "arbres du voyageur", chargés de lourds souvenirs.

Un superbe roman de détente à savourer.

 

 



Publié à 03:40 le 28.07.2009 dans Livres Contes
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Guides

 

Guide Olizane Madagascar

La nature dans tous ses états

Edition 2010

 

  Ce guide offre une découverte classique et sérieuse sous l’angle culturel .

Sa maquette est judicieusement illustrée.

Les aspects culturels sont traités par thèmes : le pays aujourd'hui, sa géographie, tout comme des sujets peu touristiques et originaux pour mieux s'imprégner et comprendre la vie là-bas. On saura quels sont les grands noms à retenir et les plus beaux paysages à contempler. Grâce à ses cartes, une très bonne bibliographie et un peu de vocabulaire local, l'analyse est tellement précise qu'on a déjà le sentiment d'être parti.

Un beau "guide-livre" d'avant, pendant et d'après voyage.

 

   

Annick DESMONTS est journaliste.

Elle a longtemps partagé sa vie entre la France et l'océan Indien. Elle est l'auteur de plusieurs guides et articles consacrés à Madagascar.

Les contributions concernant la faune et la flore sont de Jean-Louis Guillaumet, directeur de recherches à l'ORSTOM, Charles Blanc, professeur à l'Université de Montpellier III, Bertrand von Arx et Laurent Gautier, du Conservatoire et Jardin Botanique de Genève. 

 

Extrait du livre

 

Comment pourrait-on réduire Madagascar à l'image d'une belle île tropicale dont on rentre bronzé, reposé et content ?

Cela signifierait qu'on est passé à côté de tout !

Non, de Madagascar, on revient (ou on n'en revient pas !) touché, bousculé.

Comme si cette superbe île de l'océan Indien vous remuait le coeur, l'âme, cette âme si prégnante dans la culture malgache. Madagascar touche là où on est le plus sensible, là, peut-être, où on s'y attend le moins.

Quelque chose d'indéfinissable nous gagne.

Est-ce la sérénité toute asiatique de ses rizières en terrasses, où les paysans, paisibles, sont penchés pieds dans l'eau ?

Les yeux rieurs des enfants qui sont loin de manger à leur faim ?

La douceur infinie des pirogues à balancier qui glissent sur l'océan Indien, la sève de ces extraordinaires forêts primaires qui partent en lambeaux et dénudent la terre rouge ?

Ou serait-ce la vue de tant de dénuement, qui incite à laisser sa valise de 25 kilos, pleine de superflu et d'idées préconçues.

Lorsque le taxi-brousse tombe en panne, tout le monde se précipite pour le réparer et le bricoler.

Si vous ouvrez une bouteille de rhum, pensez à laisser tomber par terre quelques petites gouttes pour les ancêtres.

La grande île de toute beauté nous ouvre peut-être, tout simplement, à davantage d'humanité, de simplicité.

 

 

 

Pour compléter le guide Olizane, je vous conseille le Petit Futé qui je trouve est très bien pour cette destination.

Il contient beaucoup d'adresses, de "bons plans" et conseils astucieux. 

L'édition 2010 est sortie !!!

 

 

 

 

Extrait : 

 

On pourrait évoquer les fascinants jeux de couleurs, ces camaïeux de pourpre, de vermillon, de cobalt, d’ébène, d’opale, d’émeraude et de jade, tant d’aquarelles vivantes qui enchantent le regard…

Madagasikara est plus encore.

Chaque voyage est différent, c’est pour cela que l’on revient sans cesse, comme affamé de beautés nouvelles, comme enivré d’arômes plus puissants encore que les encens des forêts mystérieuses.

Il y a comme une urgence à découvrir ce merveilleux pays, où tout est possible en étant improbable.

L’ère moderne, lentement, étend son ombre triste sur ces pétillements de vie.

Les villes changent, l’argent y fait commerce.

 

 

Mais l’âme malgache, si riche de croyances et de cérémonies, bat toujours avec la même vigueur, avec le même amour, sur les hautes terres ou le long des côtes.

Ne nous leurrons pas : c’est l’un des pays les plus pauvres au monde.

Pourtant, que de sourires partout offerts à l’étranger, que de joie prodiguée sans retenue ni fausse pudeur !

Madagascar se donne et ne se reprend pas.

Ne venez donc pas y chercher ce que vous ne pourrez y trouver : l’aventure est partout, à chaque instant.

C’est ce qui fait le prix d’une rencontre insolite, d’un rendez-vous avec les morts et nos cousins les lémuriens.

Ayez les yeux ouverts, la main tendue, l’esprit plein d’enchantement à partager.

Partez libres et sans préjugés :

ceux-ci nourrissent l’ignorance et perpétuent l’exclusion.

Heureux comme celui qui rêve d’un long voyage, car les journées, ici, durent une éternité !

 

 


Publié à 03:39 le 28.07.2009 dans Livres Contes
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Livres photographiques

 

 MADAGASCAR

LE GRAND LIVRE DES PETITS METIERS

 

 

Des photos belles et touchantes pour parler avec émotion mais réalisme de ce qui semble être amené à disparaître, à Madagascar comme dans le reste des pays du Sud : les petits métiers que les locaux pratiquent à leur compte avec fierté et dignité malgré la précarité qu’ils impliquent.

Ce livre nous plonge donc dans le quotidien des brodeuses, repasseuses, réparateurs de parapluies, cultivateurs et biens d’autres au travers des biographies de chacun qui viennent accompagner les photos, nous rappelant le péril que représente notre économie mondialisée pour ces métiers et ces populations.

Ce livre a été conçu par Stefaan De Wolf,  avec des photos de Yves Rolland Rakotoarisoa,  des textes de Laurence Vanpaeschen et un préface de Bekoto, membre du groupe de musique malgache « Mahaleo » et spécialiste dans la défense des droits des paysans.

 

 



Publié à 03:38 le 28.07.2009 dans Livres Contes
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Nouvelles

 LES ORANGES SAUVAGES

Nouvelles de Madagascar

 

 

Troisième plus grande île de la planète, sculptée de terre rouge ou par les gestes des peuples venus d'Asie, d'Afrique et d'ailleurs, longtemps escale obligée de l'Océan Indien, Madagascar souffre aujourd'hui de tous les poncifs accumulés.


Pourtant, malgré le temps, aux rebords de ses rizières et de ses forêts dévastées, pétrie des limons des fleuves en crue, elle survit, fière et métissée.


L'actualité récente ajoute cette note dramatique qui devrait révolter nos consciences :

Mada, l'île refoulée au bout du monde, s'impose comme une leçon d'histoire et de vie accrochée à nos mémoires et dont bien peu ont le courage de parler.


Des hauts plateaux au canal du Mozambique, le long de pistes défoncées, de Tana à Antsirabé, de Mahajunga ou de Tamatave à Tuléar, un peuple entier marche sans relâche comme pour mieux tisser ses espoirs...


Ramenées de plusieurs voyages dans le pays, les nouvelles proposées par Marie-Elisabeth Crépin sont un hommage à tous les Malgaches :

Maheno, joueur de tambour croisé sur la place d'un marché villageois, Albert le gendarme de Tana, François le jardinier, Tantély, l'enfant abandonné, Volona la brodeuse d'Andravoahangy et tous les autres...


D'un texte à l'autre, enfin débarrassé des clichés, le lecteur rejoint le Tropique du Capricorne, sa moiteur et ses parfums violents :

son âme en reviendra-t-elle totalement indemne ?



Publié à 03:37 le 28.07.2009 dans Livres Contes
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Livres de J.P Hammer

 

DESTINATION MADAGASCAR

Saumur- Paris-Tananarive , Des coulisses du PC au grand soleil de Madagascar

 

 

 Appelé par le poète Robert Mallet, alors doyen de la faculté des lettres de Tananarive, Guy, le personnage principal, a, dès son arrivée, le coup de foudre pour les Malgaches, pour la Grande Ile et ses paysages, ainsi que pour les arts locaux.

Les comportements néocoloniaux sont décrits, non pas d’en haut et de façon abstraite, mais d’en bas et très concrètement.

On rencontre aussi une étonnante galerie de personnages : proviseurs de lycée, enseignants et étudiants de tous bords, vignerons, officiers de cavalerie, riziculteurs, une potière, un prince, des devins-guérisseurs, Marcel Manville, l’avocat martiniquais, deux présidents malgaches... Sans oublier l’historien Charles Ravoajanahary et sa femme bretonne Madeleine, artiste peintre.

Tous campés avec humour, tels que l’auteur les a côtoyés.

 

Jean-Pierre Hammer vous  fera  partager sa passion pour la Grande Ile en évoquant grâce à ce regard d'en bas et photos à l'appui.

En dépit d'obstacles inattendus, il va œuvrer pour Madagascar qu'il continue de considérer comme une seconde patrie.  Un cahier couleur de 48 pages illustre ce récit au style pétillant et plein d'imprévus grâce aux photographies prises par l'auteur et ses amis, Robert Mallet et Gaston Maufay.

Avec quelques aperçus sur l'univers malgache si attachant.

 

 

 

 

 RAVAO,  POTIERE DES HAUTES TERRES DE MADAGASCAR

 

 

Après son livre Destination Madagascar, Jean-Pierre Hammer nous présente Ravao, potière malgache des Hauts Plateaux.

C'est une plongée dans la vie quotidienne d'un petit village aux maisons en briques de latérite, cette terre rouge qui a donné son surnom à la Grande Ile de l'Océan Indien.
Un livre chaleureux, fraternel et pittoresque riche en photos surprenantes, pour tous ceux qui désirent découvrir, loin des clichés touristiques, un coin de vie et d'artisanat authentiques à Madagascar...

 

 

 


A MADAGASCAR, CHEZ LES ZAFIMANIRY

 

 

  C’est une  double approche des hommes et des objets traditionnels que nous invite l'ouvrage de Jean-Pierre Hammer : voyage au pays des Zafimaniry et découverte de leur art.

Jean-Pierre Hammer nous raconte ce premier voyage scientifique effectué en avril 1964 avec Pierre Vérin, qui lui, nous livre une étude ethnographique sur ce peuple forestier et sur sa tradition esthétique.

Parmi les œuvres de l’artisanat malgache, les bois sculptés et gravés par les Zafimaniry présentent une réelle originalité. Ils proposent le plus souvent des sculptures géométriques, réalisées dans un bloc de bois massif, avec un grand luxe de motifs.

Pour comprendre l’esthétique si recherchée de ces objets utilitaires proposés aujourd’hui aux touristes, il faut remonter à la source, c’est-à-dire dans les villages zafimaniry.

On y découvre les objets quotidiens de ce peuple de la forêt : boîtes à miel, boîtes à briquet, ustensiles, panneaux…

L’art du bois des Zafimaniry a été reconnu par l’Unesco qui l’a inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité.



Publié à 03:34 le 28.07.2009 dans Livres Contes
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Roman historique

MADAGASCAR

LES LARMES DU ROI RADAME

 

 

L'épopée précoloniale brossée par Bernard Ucla, qui enseigna neuf ans à Madagascar, est un beau succès dans le genre des «factions» à l'américaine, mi-romans, mi-chroniques historiques.

Sur les traces de son grand-père, disparu dans l'île que gouverne la cruelle reine Ranavalo, Mathias échappe à la mort par sagaie, décollation ou précipitation dans l'abîme,réservée aux chrétiens.

La rumeur d'un «homme cheval» sorti de la mer est un signe infaillible d'un proche débarquement des Blancs. Mathias survit au «tanguin», épreuve de vérité par le poison, se mêle aux intrigues de palais, lie, un temps, son sort à celui de Radame, fils éclairé de la reine. Et, surtout, renoue avec ses rêves d'enfant.

 



Publié à 03:33 le 28.07.2009 dans Livres Contes
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Roman historique

 

VOYAGE DANS L'INTERIEUR DE MADAGASCAR

ET A LA CAPITALE DU ROI RADAMA 1er

 

 

 

Un peintre découvre la Grande Île: 1825-1846

Ce livre d'André Copalle  reprend le texte du "Voyage dans l'intérieur de Madagascar et à la capitale du roi Radame" pendant les années 1825  à 1846, publiédans les bulletins VII (1909) et VIII(1910) de l'Académie Malgache.

Extrait :

 

Le voyageur s'avance jusqu'au pied des monts qu'il doit gravir et dont la hauteur étonne son courage. Cependant la nécessité lui défend d'hésiter. Il grimpe péniblement et non sans danger, sur ces roches énormes où de faibles arbrisseaux rassurent sa main tremblante plutôt qu'ils ne la soutiennent. Les pierres qui s'échappent de sous ses pas, et roulent avec fracas dans l'abîme, l'avertissent à chaque moment du choix qu'il doit faire du lieu où va reposer son pied. Parfois les eaux d'une source, filtrant au travers des rochers, rendent les passages si difficiles et si glissants que les voyageurs sont obligés de former entre eux une chaîne afin de s'aider mutuellement. Enfin l'on arrive aux sommets. On s'enfonce dans la forêt qui couvre ces plateaux humides. On contemple avec surprise la hauteur prodigieuse de ces arbres d'où pendent une multitude de lianes et de plantes parasites de diverses espèces. Là règne un profond silence qui n'est interrompu que pour quelques instants par la voix bruyante du baba-cote, et le cri perçant du varikioundah, épouvantés à l'aspect de l'homme. Là se fait sentir une fraîcheur vive et pénétrante, qui, aux approches de la nuit, devient un froid d'autant plus piquant qu'on y est moins habitué 

 

 

 

 



Publié à 03:32 le 28.07.2009 dans Livres Contes
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Livres photographiques

 

MADAGASCAR, LA GRANDE ILE SECRETE

Ce livre nous livre le double regard ethnographique d'un auteur Françoise Raison-Jourde et d'un photographe Pierrot Men

 

Ile discrète, voire secrète, Madagascar fait quelques brèves apparitions dans notre actualité... surtout ces derniers temps !!!

 

 On  l' évoque pour   sa nature séduisante, étrange, à l'écart des grands chemins du tourisme, ou pour découvrir une capitale submergée par quelques manifestants. On évoque alors la pauvreté, le besoin crucial de ses  paysans et du  petit peuple urbain d'être aidés.

 

Puis l'île s'absente à nouveau.

 

C'est au détour de certains lieux que la Grande Ile se laisse voir. Une diversité biologique rare, mais très menacée, des pierres précieuses exportées sans contrôle vers l'étranger. Restent deux permanences,  le mariage du riz et de l'eau sur les terrasses où se joue le réel, une capitale peu tropicale, lieu de mémoire d'une monarchie et d'une colonisation, où chacun pense rang et honneur familial.

 

Réserve, intuition du temps lent, sensibilité aux liens entre humains sont la marque des 70 pages de photographies  rassemblées ici, qui ont le talent rare de nous introduire à l'imaginaire malgache.


 



Publié à 03:30 le 28.07.2009 dans Livres Contes
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Livres conseils santé

 

 DE L'OR EN BOUTEILLE

Les huiles essentielles de Madagascar

 

 

Un petit guide pratique qui deviendra vite indispensable

tant aux novices qu’à ceux pour qui les huiles essentielles n’ont aucun secret. 

Il explique clairement, en quelques lignes comment soigner petits maux et gros bobos avec les huiles essentielles. 

  Véritable éden écologique, Madagascar, que l'on appelle le 7e continent, est un terroir d'exception pour les plantes médicinales dont la plupart sont endémiques et poussent sur l'île depuis des millions d'années.

De tout temps, les Malgaches utilisent pour se soigner les qualités exceptionnelles des plantes qui les entourent, des plantes dont ils extraient des huiles essentielles aux propriétés thérapeutiques confirmées et expliquées par des publications scientifiques et médicales récentes.

 

Au fil des pages, ce livre écrit par le Dr Lionnel Michat (médecin cardiologue) , dévoile les secrets ancestraux des huiles essentielles de l'île rouge.

Elles peuvent être utilisées seules, mais leur efficacité est démultipliée lorsqu'elles sont mélangées.

Depuis des générations, les tradi-praticiens malgaches concoctent des formules connues d'eux seuls. Certaines d'entre elles vous sont d'ailleurs révélées dans ce livre pour vous permettre une utilisation simple mais optimale de l'aromathérapie familiale au quotidien.

Accessible et complet, cet ouvrage est facile à consulter grâce à son classement à double entrée : par plante et par type d'utilisation en santé, forme et bien-être.

Ce livre est né de la rencontre de l'auteur avec un authentique tradi-thérapeute malgache et docteur en psychologie Jean Claude RATSIMIVONY et d’un coup de foudre pour l’île et ses habitants qui méritent d’être aidés et qui peuvent apporter au reste du monde ces trésors que la nature leur a donnés et qu’ils avaient si bien su utiliser depuis des générations mais qu’ils sont en train de perdre.

Il est possible de les soutenir tout en bénéficiant des bienfaits des huiles essentielles de qualité qu’ils savent produire. » 

 

 

 

Extrait  :

 

 

De par sa composition et sa structure physico-chimique chaque huile essentielle a plusieurs propriétés thérapeutiques. Il est donc intéressant de les associer afin d'obtenir une synergie et une potentialisation de l'effet recherché, sans dépasser 3 ou 4 HE pour ne pas risquer de provoquer des antagonismes. Sous le nom de «complexes» sont vendues des associations d'HE dont les formules sont issues de la tradition malgache.


Deux grandes indications dominent :


- l'effet de type antibiotique, facilement mesurable par l'aromatogramme, principe équivalent à l'antibiogramme qui mesure l'action du produit sur la destruction des germes (effet lytique) ou l'arrêt de leur multiplication (effet statique);


- l'effet neurologique permettant une action large sur l'ensemble des symptômes depuis la réduction de l'anxiété et des troubles du sommeil jusqu'à la stimulation de la vigilance et de la mémoire.


Pour obtenir des résultats, il est important que les huiles essentielles soient pures, naturelles et biologiques avec une traçabilité de type pharmaceutique, elles doivent être chémotypées, avec la certification botanique (le genre et l'espèce de la plante), l'origine géographique qui caractérise sa composition biochimique particulière, le mode de culture, l'organe distillé et le mode d'extraction.
Trop de produits sont commercialisés sans grande précision sur la qualité et la provenance, ces huiles de moindre qualité ne peuvent convenir à une véritable aromathérapie quotidienne efficace ou peuvent présenter des risques.
L'obtention d'une huile essentielle de qualité thérapeutique est un processus délicat car elle doit répondre à différents critères de qualité.

 

 

 

 



Publié à 03:29 le 28.07.2009 dans Livres Contes
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Roman

 

 La varangue

PRIX DU LIVRE INSULAIRE 2010

 

 

De ses expériences lointaines, HENRI MAHE  nous livre ici, une oeuvre forte et poignante, dont il est difficile de se détacher, sur les incompréhensions de l’enfance face aux tragédies de l’Histoire  coloniale, en la circonstance  et de l’incurie ordinaire de ses conséquences. 

 

En 1960, Madagascar recouvre son indépendance et sa souveraineté nationale, après de nombreuses décennies passées sous le joug du colonialisme français.


Une date figée de l'Histoire ne peut toutefois, d'un claquement au vent du drapeau national, effacer les rancœurs accumulées par une population locale excessivement et durement exploitée au bénéfice des structures colonisatrices.

C'est dans ce contexte qu'un petit garçon français va vivre avec sa sensibilité et ses incompréhensions le déchirement du départ forcé de son pays de naissance, puis les déceptions de l'exil dans son pays d'origine, la France.
Son esprit, à défaut de son corps, sera finalement sauvé par l'enseignement mystique reçu à Madagascar.

A travers l'histoire bouleversante de ce petit garçon sont bien sûr évoqués les thèmes de l'attachement à la terre natale et du déracinement, comme ceux de l'intolérance et de l'ostracisme qu'ont pu subir des Français nés outre-mer, dans la France serni-rurale des années 60. 



Publié à 03:28 le 28.07.2009 dans Livres Contes
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Contes

 

Histoire de SOKAKE (la tortue)
SOKAKE (soukaké)
 

 

IL ETAIT UNE FOIS..(.Indray andro hono)

il y a bien longtemps, un jeune homme appelé SOKAKE ( soukaké ) qui habitait un vaste pays lointain où le soleil brille toujours dans un ciel de couleur bleu profond., un pays appelé Madagascar et où la nature offre de paysages variés :

- de forêt dense toujours verte avec de grands arbres qui déploient leurs grandes feuilles vertes.

- de forêt sèche avec de grands palmiers ou de grands arbres bouteilles appelés Baobabs

     - de forêt d'épineux avec des cactus de toutes les formes…

Et c'est là... dans le Sud Malgache,  domaine de la "forêt d'épineux" appelée aussi "Bush" que s'est déroulée l'histoire de  Sobaké.
 
Sobaké  aimait bien faire la fête et, le soir venu partait avec ses amis danser de villages en villages.
Dans la journée, il devait travailler avec son père.
Comme tous les paysans du sud malgache, Sokaké était bouvier : il gardait dans les prairies un troupeau de zébus, des vaches à bosses et à cornes.

Mais fatigué de sa tournée nocturne, Sokaké tardait souvent à se réveiller…

Un jour... Il y eut un deuil dans le village. Comme tous les habitants se connaissaient, chacun avait un devoir de visite et de veillée pour le réconfort et le soutien des parents du défunt.
Les parents de Sokake partirent alors accomplir leur devoir envers leurs voisins. Et tout le village passa la nuit à veiller. Puis le lendemain, vint le moment de l'enterrement.

Mais Sokake était toujours absent. Où était-il ? Que faisait-il ?

Sokake s'amusait comme à l'accoutumée dans les villages environnants.
Il ne vit pas passer le temps!

Le village mit donc le défunt en terre. Sur le chemin du retour pour son village, Sokake croisait du monde…
C'étaient les paysans qui revenaient de l'enterrement.
Ils ne lui disaient rien mais leurs regards lui lançaient des reproches:

"O QUELLE HORREUR ! Sokake avait complètement oublié son devoir envers son village !

Quelle honte pour un jeune homme en âge de prendre une épouse !
Il aurait pu au moins rendre visite aux parents du défunt !
Ses amusements habituels l'avaient retenu et il avait tout oublié ! ... "
Et à chaque fois que des regards se posaient sur Sokake, il devenait de plus en plus petit… changeait de couleurs et …

SOKAKE FINIT PAR DEVENIR UNE TORTUE !

La carapace de la tortue cachait la honte du jeune homme.

Et c'est ainsi que les tortues s'appellent aujourd'hui SOKAKE dans le sud de l'île.

Dans le sud de Madagascar où tout le monde connaît cette histoire, il y est interdit de tuer et de manger une tortue.
Quand on y rencontre une tortue, il est de coutume de la cacher avec une branche de feuilles vertes ou
Et c'est ainsi que les Malgaches ont pu préserver les belles tortues de l'île, ces créatures uniques au monde.
Comme tous les contes malgaches, celui-ci se termine par :

"ANGANO, ANGANO
ARIRA, ARIRA !
IZAHO MPAMAKY…
NY VAOTAVO !
IANAREO MPIHAINO"


Prononcez :
[ angaN angaN
ariR ariR
izaH MpamaC
n vouataV
ianaré MpiHaïN ]



"contes, contes
balivernes et balivernes !
A moi, de casser la calebasse …
Censée contenir les bonnes paroles !
A vous, d'en retenir l'essentiel"


A RETENIR :

1 - Nous avons chacun des libertés et des droits mais aussi et surtout des devoirs envers nos prochains.

2 - Au sein des sociétés de TRADITION ORALE, les INTERDITS tiennent une place importante dans l'éducation.

A Madagascar, NE PAS TUER LA TORTUE revient à LA PROTEGER puis à PROTEGER SON MILIEU, bref à PROTEGER LA NATURE.

le geste rituel associant la tortue et les feuilles vertes nous rappelle aussi que LA FAUNE et LA FLORE DOIVENT TOUJOURS ALLER ENSEMBLE

 



Publié à 02:30 le 28.07.2009 dans Livres Contes
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Conte et tradition orale

À Madagascar,

les légendes des anciens racontent l'histoire de l'île.

Les contes, "c'est l'héritage des oreilles"...

 

 

 

 

Les Angano ou contes font partie du trésor culturel malagasy,

c'est un patrimoine culturel.

Ils ont un pouvoir merveilleux et une vertu magique qui attire tous les enfants.

Leur réciter un conte étaient pour les parents

un des moyens de les éduquer et

de leurs transmettre des leçons.

Ainsi toute la famille

se réunissait habituellement après le repas du soir.

Nombreux sont les Contes que les Ancêtres (Razanas) ont laissés.

 

J'ai eu la chance, lors de mon dernier voyage à Madagascar,

de faire une trés belle rencontre.

J'ai rencontré un homme,

le Gardien de la Pointe Mahela, petit sanctuaire préservé de la côte Est de Madagascar

qui a eu l'idée lumineuse de mettre par écrit les contes de cette jolie Baie.

Je vous invite donc à un voyage à travers les contes et les légendes de la Baie de Tintingue, un périple entre le réel et l'imaginaire.

Une vision teintée d'humour et de tendresse qui prend le parti de la tradition orale pour raconter et découvrir la Culture Malgache.

 

Vous êtes bien installés ???
Alors écoutons la Gardien de la Pointe mahela et
en route pour les contes de la Baie de Tintingue.
Auteur Pascal Bouër

Tonga soa,

 

C’est par cette formule malgache de bienvenue que je vous invite à pénétrer le monde magique du pays des ancêtres.

Et plus particulièrement un petit coin de paradis situé à quelques encablures de l’île Sainte- Marie, la baie de Tintingue.

Mon grand-père, N’guéta Paul, dans son village de Manompana, était le détenteur des secrets des plantes qui guérissent.

Il était celui qui communique avec les Razanas, les esprits des personnes du clan qui continuent à vivre après leur mort auprès de Zanahary, le créateur.

Un créateur omniprésent, chaleureux et toujours enclin à pardonner à ses enfants leurs multiples erreurs et écarts de conduite.

N’guéta Paul connaissait aussi l’origine des Fadys,

les interdits qui jalonnent les rapports des gens entre-eux.

J’aimai aller le voir dans sa petite case de falafa et de ravimpotsy, qui sont les tiges et les feuilles du Ravinala, l’arbre du voyageur.

Il vivait simplement, entouré de quelques poules, attendant qu’on vienne le consulter.

Il jetait alors sur une natte des graines, polies par l’usage,

et indiquait ce qu’il convenait de faire ou ne pas faire.

Garant de l’unité du groupe il pouvait résoudre tous les conflits par des cérémonies sacrificatoires, avec lui rien qui ne soit insoluble.

Selon la gravité du problème l’animal expiatoire allait du poulet au zébu.

Je vous parle en connaissance de cause, car pour lever un fady dans ma famille cela me coûta deux zébus !

J’aimai aller le voir pour le faire parler, car c’était un conteur magnifique.

Après chaque visite, je me disais qu’il faudrait l’enregistrer, son âge avancé pouvant faire craindre que ses histoires ne disparaissent avec lui.

Car, si la vie est encore la même qu’il y a mille ans dans les petits villages de brousse,

les mentalités commencent à changer et

il n’avait, malheureusement, pas trouvé quelqu’un à qui transmettre son savoir.

 

Et, un jour j’appris la triste nouvelle, mon vieux grand-père préféré était parti rejoindre les Razanas de la tribu.

Un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle !

C’est pourquoi j’ai décidé de mettre par écrit, et de mémoire, les histoires qu’il me racontait.

Je vous demande d’être indulgents car je ne saurai retranscrire la mélodie de ses phrases ni le rythme de ses intonations,

mais j’ai fait tout mon possible pour que l’essence même des histoires soit intacte.

Je me suis peut-être permis quelques rajouts personnels, mais n’est-ce pas là le privilège du conteur !

Pour le plaisir de l’oreille il faut que je précise que le (o) se prononce (ou) en malgache et que la dernière syllabe est souvent élidée, ainsi Manompana doit s’entendre Manoumpane.

Kakolahy se prononce Kakoula.

Kakolahy veut dire grand-père en malgache,

alors laissons parler Kakolahy Paul !




Publié à 08:00 le 2.06.2008 dans Livres Contes
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Au commencement il n’y avait que le Aina, le souffle de vie.

Il n’y avait pas de jour, seulement la nuit.

Une nuit sans étoiles, froide et inhospitalière.

Le Aina prit conscience de son existence et devint Zanahary.

Zanahary, le créateur, car il commença à remplir le vide.

Son premier cri engendra une boule de feu qui illumina les ténèbres.

C’était le soleil et son rayonnement était aussi Aina, souffle de vie.

Le créateur frappa dans ses mains et il y eut la terre ainsi qu’une entité pour l’habiter : Rakotovoana la déesse.

 

Rakotovoana était seule,

il n’y avait aucun être vivant autour d’elle et elle s’ennuyait.

 

Elle, qui habitait les entrailles brûlantes de la terre,
sortit à l’air libre pour tromper son ennui.

 

Il n’y avait rien d’autre que de la terre, alors pour s’occuper, elle prit de l’argile rouge et fabriqua des petites figurines avec un corps, une tête et quatre membres.

 

Puis elle monta au sommet de la plus haute des montagnes pour les faire sécher.

C’est là qu’elle fut surprise par Zanahary !

 

Zanahary était masculin, et Rakotovoana était féminin.

 

Le masculin, dans sa fougueuse vitalité, voulut se mélanger avec le féminin.

 

Il lui dit :

« Je suis Zanahary le créateur de toute vie, viens avec moi et unissons-nous ! »

 

Mais Rakotovoana ne l’entendait pas ainsi,

elle voulait avoir la preuve de ce qu’il avançait.

 

Aussi lui répondit-elle : « Si tu es celui que tu prétends être, donne la vie à mes figurines, qu’elles se mettent debout et qu’elles parlent ! »

 

Zanahary s’exécuta.

 

Il prit les figurines une par une dans sa main et leur souffla dans le nez, c’est ainsi que le flux vital fut donné aux êtres humains.

 

Ensuite il humecta leurs lèvres de sa salive et
c’est ainsi que nous fûmes dotés de la parole.

 

Ensuite il sépara les êtres humains en deux parties égales et donna à une partie l’énergie masculine et à l’autre l’énergie féminine,
c’est ainsi qu’il y eu des hommes et des femmes.

 

Puis, pour éveiller le désir de Rakotovoana il permit que l’union des hommes et des femmes donne la vie à d’autres êtres humains.

 

Rakotovoana fut émerveillée de ce prodige et convaincu de la véracité des dires de Zanahary quant à ce qu’il était.

 

Ils s’unirent dans une danse voluptueuse et de cette union jaillirent les multiples formes de la vie.

 

Chaque pas de cette danse effrénée donnait naissance à un être vivant.

 

Il y eut ainsi les arbres et les végétaux, puis les poissons et les animaux et aussi les insectes et les oiseaux…

Lorsque leur danse prit fin, la terre était entièrement peuplée.

 

Tous ses habitants vivaient en parfaite harmonie, il n’y avait qu’un langage et chacun existait dans l’amour des autres.

 

Épuisé par cette danse qui avait duré des milliers d’années, Zanahary prit congé de Rakotovoana en lui disant :

 

-« Prend soin de tout ce qui vit sur terre car c’est ton royaume, veille sur tes sujets et surtout ne te révèle jamais à eux car ils doivent ignorer ton existence ! »

 

Rakotovoana acquiesça et Zanahary s’en fut prendre un repos bien mérité.

 

Maintenant la déesse de la terre n’était plus seule et regardait avec bienveillance tout son monde vivre.

 

Le temps passa sans heurts ni malheurs, rythmé par les révolutions du soleil qui engendraient les saisons.
Seule la nuit restait froide et ténébreuse car nulle étoile n’illuminait le ciel.

 

Le temps passa et vint le moment où Rakotovoana se sentit seule de nouveau, alors, oubliant la promesse faite à Zanahary elle se fit connaître aux hommes.

 

Elle leur révéla le secret du divin et leur enseigna le moyen de communiquer avec elle par l’intermédiaire des joros, les cérémonies par lesquelles ont fait appel de nos jours encore à Zanahary.

 

Les hommes, dans leur ferveur, invoquèrent si fort leur mère Rakotovoana que Zanahary entendit leurs prières.

 

Il entra dans une colère terrible et vint demander à Rakotovoana la raison pour laquelle elle avait trahit sa promesse.

 

Celle-ci lui répondit que la solitude était bien trop difficile à supporter et que les prières des hommes étaient douces à ses oreilles.

Zanahary ne voulut point comprendre ses raisons, tant il était blessé d’avoir été trompé.

 

Il cria sa rage et celle-ci se matérialisa en un énorme rocher, ny vato, qui vint frapper la terre d’une force prodigieuse.

 

Le choc fut si terrible qu’un morceau de terre fut arraché et projeté dans le vide.

Ainsi naquit la lune.

 

Issue de la colère jalouse de Zanahary, elle fut dotée d’une entité féminine : Volanasoa.

 

Pendant que les êtres humains ainsi que tout ce qui vivait sur terre subissaient les ravages de la prodigieuse collision, Zanahary s’unit dans une nouvelle danse avec Volanasoa.

 

Et chaque pas de cette danse engendra une étoile.

 

Bientôt le vide en fut rempli et la nuit fut illuminée de milliers de scintillements.

 

Ainsi les étoiles que vous pouvez regarder dans le ciel sont les enfants de Volanasoa et de Zanahary.
 

 

Le créateur, après cette grande dépense d’énergie, s’en fut se reposer au calme.

 

Mais les deux sœurs, Rakotovoana et Volanasoa,

jalouses l’une de l’autre ne cessaient de se quereller.

L’une jalouse de l’autre car elle avait été la première épouse de Zanahary, et la seconde ne supportant pas qu’il y ait eu une autre avant elle.

 

Ces querelles étaient si fortes qu’elles finirent par importuner Zanahary.

 

Il dut venir pour arbitrer le litige.

 

Chacune d’entre elle revendiquait l’héritage divin pour ses enfants.

 

Rakotovoana disait que les êtres humains étaient seuls fils de Zanahary et Volanasoa criait que les étoiles étaient aussi ses enfants.

 

Pour mettre fin à tout ce tapage, le créateur leur dit :

 

-« Toutes les deux vous êtes mes épouses, égales dans mon cœur et devant l’éternité. Vos enfants sont les miens, différents mais tous issus de mon amour. Cessez vos querelles et venez rejoindre ma demeure. Les êtres qui peuplent la terre et qui se mélangent pour donner la vie seront mortels. Quant aux étoiles qui peuplent le ciel, elles seront immortelles mais ne pourront donner la vie. Et que cessent ces cris incessants qui troublent l’harmonie céleste ! »

 

Rakotovoana et Volanasoa acceptèrent cet arrangement et
rejoignirent Zanahary dans sa demeure.

 

C’est ainsi que la terre fut abandonnée aux êtres humains et qu’ils en sont responsables devant Zanahary.

 

C’est aussi la raison pour laquelle nous devons tous mourir un jour, car le Aina, le souffle vital de Zanahary ne nous est donné que pour un temps.

 

Mais il nous reste le pouvoir de donner la vie lorsque nous nous unissons, quand nous accordons le masculin avec le féminin et que nous devenons créateur pour un instant.

Un instant si bref, mais qui nous donne notre dimension dans l’éternité…

Voilà, vous savez maintenant comment est apparut la vie !

 

Et la musique, vous avez une idée de son origine ?
vous le saurez bientôt avec la leçon de Valiha mais ce sera pour une prochaine fois, à suivre.....très prochainement !!!!
 

 




Publié à 07:55 le 2.06.2008 dans Livres Contes
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La leçon de Valiha

La leçon de Valiha





Il était une fois, il y a très longtemps, au doux pays de Madagascar, un vieux
musicien, si vieux que sa barbe s’enroulait autour de ses pieds et qu’il lui
fallait faire attention pour ne pas tomber quand il se déplaçait.

Ce vieil homme était connu de tout le pays, car il détenait le secret des
mélodies.

Lui seul, savait faire vibrer les cordes de son instrument afin que celui-ci
transporte à travers les airs les secrets de fées, d’elfes, de farfadets, de
licornes magiques, de trolls et de lutins, sans oublier les magiciens des
terres lointaines.

A cette époque ou nul ne connaissait encore les secrets de la musique, les portes
des demeures les mieux gardées s’ouvraient d’elles-mêmes lorsqu’il effleurait
les cordes de son valiha.

Ce valiha était unique, car il l’avait reçu en cadeau de Zanahary, le créateur de
toute chose, qui avait eu pitié de son infirmité.

Car il faut savoir que ce vieil homme était né aveugle, et qu’il avait grandi seul,
sans amis de son âge, abandonné de tous.

On lui donnait des filets à réparer et il passait ses journées courbé sur sa
tâche, triste et malheureux.

Sa seule distraction était de siffler avec les oiseaux, et il était devenu si doué
dans cet art qu’un jour Zanahary l’entendit et voulu connaître son histoire.

Car, même si le créateur est censé tout savoir, parfois il est nécessaire de lui
expliquer les petits ennuis des pauvres mortels de ce bas monde.

Enfin, ému par le triste sort du vieil homme, Zanahary décida de lui faire un cadeau
afin qu’il puisse faire vivre les mélodies qui avaient été oubliées dans un des
recoins de son palais entièrement construit dans du cristal d’étoiles.



Il créa un instrument à la mesure de l’homme, et ce fut le Valiha.





C’était un Valiha fait dans de la pierre de lune, et les cordes en avaient été tressées
dans les cheveux des filles de Zanahary lui-même.

Quand le créateur, dans son infini bonté, déposa l’instrument dans ses bras, il lui
souffla dans l’oreille le secret pour faire vivre les mélodies.

Car elles étaient si fragiles et si capricieuses, qu’à la moindre fausse note elles
couraient se cacher dans leur refuge de cristal.

Et il fallait des jours de patience au musicien qui faisait vibrer les cordes sans
relâche, avant qu’elles ne daignent revenir se montrer.

Mais, quand elles étaient là, c’était un ravissement sans fin de les entendre
virevolter dans l’espace dans des ballets toujours réinventés.


Lorsque les mélodies se sentaient en sécurité, elles pouvaient danser autour du
musicien des jours durant, et c’était lui qui demandait grâce quand ses doigts,
de fatigue, ne pouvaient plus se mouvoir.




Les hommes ne pouvaient voir les mélodies, et tous croyaient que ce qu’ils
entendaient venait du Valiha.

Ainsi, sa vie durant, le musicien aveugle fit danser les mélodies.

Il les fit danser pour les rois et les reines, les puissants seigneurs, les riches
commerçants, mais pour les pauvres aussi.

Car les mélodies se donnaient en cadeau pour tous les hommes, sans préjugés de
quelque sorte.

Hélas, le musicien se faisait vieux, déjà ses doigts commençaient à le trahir, et
maintenant il n’était pas rare de voir plusieurs jours passer sans visite des
mélodies.

Alors, un jour il demanda à l’une d’elles ( car les mélodies sont des messagères
privilégiées) de demander l’autorisation à Zanahary de transmettre son savoir à
quelqu’un de plus jeune que lui afin que point ne se perde le secret de la
musique.

Zanahary vint lui répondre en personne qu’il acceptait sa requête, mais qu’il y mettait
quelques conditions.

D’abord, l’élève du musicien devrait avoir le cœur pur comme l’eau de la source, devrait –être aussi généreux que son professeur, et surtout, être capable de faire vibrer, dès la première fois et harmonieusement les cheveux d’anges.

Ces conditions paraissaient quelque peu difficiles à remplir, mais devant la
volonté de Zanahary, le musicien ne pouvait que s’incliner.

Et, dès ce moment, commença sa longue quête pour trouver celui ou celle qui lui
succèderait.

Tant qu’il eut assez de forces pour voyager, dans chaque village de chaque région il
scruta les visages et les âmes de ceux qu’il rencontrait.



Mais aucun d’entre eux n’était digne d’apprendre son art.

Vint le temps ou ses jambes ne le portèrent plus, alors il s’installa dans un petit
village au bord de la mer, car il aimait se faire bercer par le bruit des
vagues jouant avec le sable et le bruissement du vent dans les feuilles de
cocotiers.

Il jouait chaque jour à l’heure où la nuit réclame son règne, pour tous ceux qui
voulaient l’écouter et disait doucement qu’il cherchait quelqu’un pour
transmettre son savoir.

Bientôt, de tout le pays des gens vinrent, éperdus de l’envie d’être choisis.


Mais parmi eux, aucun n’avait les qualités requises.

Alors, on vit des embarcations aux lignes nouvelles mouiller devant le village, et ce
fut un défilé de tous les pays, de tous les continents.

Chaque nation était représentée, depuis les rivages de la Méditerranée jusqu’au
confins de l’Asie, en passant par l’Afrique et les Amériques.

C’était un véritable émerveillement de voir toutes les modes vestimentaires de tous ces
pays réunies en un seul endroit.

Car pour venir d’aussi loin, et connaissant les frais de transport de l’époque,
seuls les fils et filles de rois ou de riches marchands pouvaient se permettre
de faire le déplacement.

On vit des princes africains noirs comme l’ébène à la démarche fière et aux
muscles imposants, d’autres plus petits aux traits aigus qui venaient d’Arabie,
des blonds aux cheveux bouclés vêtus de peaux de bêtes, d’autres avec des yeux
bridés et habillés de soie, des hommes à la peau rouge et à la tête emplumée et
c’était tous les peuples de la terre qui défilaient.

Mais parmi tout ce beau monde personne ne trouva grâce aux yeux du musicien, car
pour percer les âmes il n’est point besoin de voir !

Et chaque jour nouveau voyait le vieil homme de plus en plus affaibli.

Il y eut encore des arrivants, notamment le fils du roi des terres perpétuellement
glacées et une princesse des îles vêtue de fleurs parfumées, mais aucun d’eux
ne réunissait les qualités par Zanahary demandées.

Le vieil homme se désespérait, car ses mains tremblaient tellement qu’il lui était
devenu presque impossible d’appeler les mélodies, et à force de ne plus être
éveillées elles risquaient de se réendormir d’un profond sommeil qui pourrait
durer des siècles, voire des millénaires, car le compte du temps n’est pas le
même pour tout ce qui touche au divin.


Presque toutes les nations avaient envoyé un représentant de leur élite, et parmi tous
ces gens pas un seul ne méritait d’obtenir le secret des mélodies.

Le musicien était quasiment résigné à emporter son secret avec lui dans l’au-delà,
quand, un soir, juste avant de s’endormir, il entendit une petite voix qui
chantonnait.

Et, à travers cette voix, il sut qu’il avait enfin trouvé la perle rare.

Il appela immédiatement son logeur afin d’obtenir l’identité de cette enfant.

Car c’était une voix de petite fille qu’il avait entendu, une petite fille qui ne
devait pas avoir plus de huit ans, et d’après sa voix elle devait être très
belle aussi.

Quand le propriétaire des lieux fut arrivé il lui demanda :

-« Dites-moi qui est cette petite fille que j’entends chantonner dans la maison ? Car
je crois que c’est la personne que je recherche depuis longtemps déjà. »

-« Vous devez faire erreur, noble musicien. Lui répondit l’homme. Celle que vous
entendez n’est qu’une petite souillon, que j’ai recueillie et qui s’occupe du
ménage dans la maison.

-Peu m’importe ce que vous pensez.. » Rétorqua sèchement l’aveugle. «
Faites la venir près de moi dans l’instant. »

L’homme sortit de la chambre en se disant que cela serait bien dommage que cette petite fille, qui s’occupait de toutes les corvées de la maison en échange d’un peu de
riz et de grains, fut choisie par le musicien alors qu’il avait une fille du
même âge.

C’est pourquoi, au lieu de lui amener celle qui faisait office d’employée à peu de
frais, il revint dans la chambre du musicien accompagné de sa propre fille.

-« Voilà celle que vous cherchez. » Lui dit-il d’un air qui se voulait dégagé.

-« Approche mon enfant. » Dit le vieil homme. « Approche, et chante-moi cette
petite chansonnette que j’ai entendue tout à l’heure. »

La fillette, qui connaissait la chanson pour l’avoir souvent entendue, se mit à chanter.

Il faut préciser que la fille du logeur était dénuée de tout sens moral et que le
mensonge était pour elle tout à fait naturel.

Mais on ne pouvait lui en tenir rigueur, car elle ne faisait que reproduire
l’exemple que ses parents lui avaient donné.

Elle était méchante aussi, et passait son temps à ennuyer Vololo, car c’était le nom de la petite bonne qui chantait si bien.

Enfin, inutile de vous dire que dès qu’elle eut commencé à chanter, le musicien se
rendit compte qu’elle n’était pas celle qu’il avait entendue !.

-« Ne me prenez pas pour un idiot. » Gronda le vieil homme. « Et faites
venir l’enfant à la jolie voix avant que ma patience ne soit à bout. »

Le logeur ne se le laissa pas dire deux fois, car il savait que le musicien avait
ses entrées parmi les plus grands du pays, et qu’il lui serait certainement
préjudiciable de se le mettre à dos.

Aussi partit-il chercher Vololo et dit à sa fille de quitter la chambre.

Le propriétaire se rendit dans la petite pièce toute sombre qui servait de chambre
à Vololo et lui tint ce propos :

-« Ecoute-moi bien petite souillon, le musicien te demande car il pense faire de toi son
élève, c’est une grande chance qui t’attend, profites-en et ne parle jamais à
personne de ce que tu as vécu ici ! »

Car il faut savoir que la pauvre petite avait subi un véritable martyr de la part
de toute la famille du propriétaire, non seulement elle devait s’occuper de
toutes les corvées les plus ingrates, mais de surcroît elle n’avait
pratiquement jamais assez à manger.

Sans parler de ses vêtements, si on peut parler d’habits d’ailleurs, elle ne
possédait en effet qu’une pauvre robe faite dans un goni.

Quant à son coucher, il consistait en une simple natte jetée sur la terre battue.

Enfin, la petite jure au logeur de taire les conditions de son triste sort, et se
rendit en sa compagnie dans la chambre du musicien.

-« Voici la petite chanteuse ! » Annonça le méchant homme.

-« Très bien, vous pouvez vous retirer. Répondit le vieillard. Je n’ai
plus besoin de vous. »

Le propriétaire se retira en grommelant, et Vololo se retrouva toute seule face à
l’aveugle qui l’impressionnait beaucoup.

-« Assieds-toi sur la chaise. » Lui dit-il. « Et fais moi écouter cette chanson que
tu fredonnais tout à l’heure. »

Vololo s’exécuta malgré son appréhension, car elle était quand même flattée que le
musicien lui porta un tel intérêt, c’était d’ailleurs la première fois que
quelqu’un se préoccupait d’elle.

Et c’était vrai que sa voix était belle et bien posée, c’était un pur ravissement
que de l’entendre.

Le musicien l’écouta attentivement, car au delà des sons c’était son âme qu’il
pénétrait.

Et ce qu’il ressenti lui convint tout à fait.



Le temps qu’elle exécute sa petite chanson, il sut tout de son histoire, toutes ses peines et ses souffrances, et ses aspirations aussi.

Et tout cela le conforta dans l’idée que sa longue quête était enfin terminée.

Quand elle s’arrêta, il resta un long moment sans rien dire, Vololo était persuadée
qu’elle avait déplut, mais en fait le vieux musicien laissait les notes
cristallines lentement disparaître dans l’espace comme on garde en bouche le
goût d’un mets exquis.

Puis il brisa le silence d’une voix qui se fit la plus douce possible, comme s’il
voulait atténuer le grave de sa voix pour apprivoiser l’enfant.

-« Je pense que tu es l’élève que j’ai longtemps cherchée, si tu le veux nous allons
partir d’ici sans plus tarder car il m’est impossible de te transmettre mon
savoir en ce lieu. »

Vololo fut d’abord trop étonnée pour répondre, puis elle se remémora les années
qu’elle venait de passer aux ordres de cette méchante famille et se rapprocha
du vieux musicien pour lui dire qu’elle était prête à partir sur-le-champ.

-« Je suis heureux de la promptitude de ton engagement. Lui répondit-il. Et je pense
pouvoir te garantir un sort beaucoup plus enviable que celui qui était le tien
jusqu’alors !

Mais avant tout, il faut que je règle certains détails avec ton ancien patron,
dis-lui de venir me rejoindre s’il te plait. »

Bien sûr que cela lui plaisait, échapper à cette vie de perpétuelles corvées et de
remontrances était ce qu’elle souhaitait le plus.

Aussi, courut-elle comme une jeune gazelle prévenir le vilain logeur du désir de son
nouveau maître… de musique cette fois-ci !

Le propriétaire fut quelque peu récalcitrant, voir s’en aller cette bonne à tout
faire n’était pas sans lui déplaire, mais le vieil homme avait beaucoup de
poids dans le pays et pour finir il ne put que s’incliner.

Le vieux musicien et la petite fille s’en allèrent par la route du Nord, la main de la petite serrant fort celle du vieux, c’était pour elle le début d’une vie nouvelle.

L’aveugle allait sans se soucier où le menaient ses pas car il savait que Zanahary le
guidait.




Publié à 07:50 le 2.06.2008 dans Livres Contes
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Bientôt ils furent en vue d’une demeure imposante dotée d’une cheminée gigantesque qui semblait vouloir toucher le soleil.

-« Maître, je vois une grande maison au loin, est-ce là que nous nous
rendons ? » Demanda Vololo.

-« Si tu me poses la question c’est certainement parce que c’est notre
destination ! » Lui répondit le vieil homme.

Et les voici à la porte de ce qui s’avéra être une véritable habitation de
seigneur, deux gardes magnifiques en protégeant l’entrée.

La petite fille impressionnée marqua un temps d’arrêt et le musicien lui en
demanda la raison :

-« Pourquoi t’arrêtes-tu ainsi mon enfant ? »

-« C’est qu’il y a deux soldats en armes qui nous barrent le chemin. »

-« Aucun mortel n’empêche d’entrer celui qui est envoyé par le créateur, demande-leur de nous laisser passer. »

-« Messieurs les soldats voulez-vous nous laisser passer s’il vous plaît ? »

Et aussitôt les gardes s’écartèrent pour leur céder le passage.

Les deux battants de l’impressionnante porte en bois d’ébène finement sculptée
s’ouvrirent sans un bruit et découvrirent aux yeux émerveillés de vololo
l’intérieur grandiose et éblouissant de l’endroit.

Tout semblait être perfection et harmonie dans l’architecture du lieu.

Il n’était pas un détail pour troubler l’impression de pureté qui s’en dégageait
et Vololo ne put retenir un petit cri d’admiration.

-« Que se passe-t-il ? » Demanda le musicien.

-« Rien, maître, si ce n’est que tout est si beau ! »

Pendant que Vololo prononçait ces mots apparut le maître des lieux.

Superbe et majestueux, d’une belle stature et de grande prestance, le blanc de sa
chevelure éclatant sur le pourpre de son habit, symbole vivant d’autorité et
imposant le respect.

Du haut des hautes marches du perron de marbre, il souhaita la bienvenue à nos
deux amis :

-« Qui que vous soyez, soyez les bienvenus, car je vous ai vus dans mes rêves et une
petite voix me disait de vous accueillir avec tous les honneurs ! »

-« Nous sommes au service de la musique et cherchons un endroit calme et tranquille
pour que je transmette mon savoir à cette enfant avant que Zanahary ne me
rappelle auprès de lui. » Lui répondit le vieil homme.

-« Et bien vous avez frappé à la bonne porte, cette demeure sera la votre tant qu’il
vous plaira, entrez donc et venez vous restaurer car vous semblez avoir fait
une longue route. »

Ils entrèrent dans la salle richement décorée au milieu de laquelle était dressée
une table massive chargée de victuailles.

-« J’avais fait préparer ceci car je sais que les rêves sont des guides ! »
Déclara le roi en invitant d’un geste de la main ses hôtes à s’asseoir.

Vololo n’avait jamais eu l’occasion de manger des choses aussi bonnes et c’est
sans retenue qu’elle se délecta jusqu’à plus faim.

Ensuite, écrasée de fatigue et repue, elle s’allongea sur un divan et s’endormit sans
plus attendre.

Le seigneur fit appeler des serviteurs qui l’emportèrent dans une chambre toute
décorée en rose et la déposèrent délicatement sur un lit paré de fins draps de
soie.

Pendant ce temps le vieux musicien et le roi devisaient tranquillement.

Car j’ai oublié de vous dire que leur hôte était un roi, un grand roi même
puisqu’il était le roi des Betsimisarakas.
Ce qui peut se traduire par : (les nombreux qui ne se séparent jamais).

Les deux hommes devisaient donc :

-« Ô grand roi, je te remercie de ton accueil et de tout ce que tu nous offres, mais
dis-moi quel mal étrange ronge ton cœur. Car si je suis aveugle, je ne suis
point sourd aux détresses des hommes et je sens que ce lieu fut autrefois égayé
d’éclats de rire et de fêtes grandioses, qu’est-il arrivé pour qu’aujourd’hui
cela ne soit plus ?

- Ah vieux musicien, tu ravives au plus profond de mon cœur une blessure cruelle.
Comme tu le dis si bien, il n’y a pas si longtemps de cela ce château était
empli des rires et des cris de mes enfants, ils étaient la lumière de ma vie le
soleil de mon existence. Nous les regardions, ma tendre épouse et moi
tendrement enlacés, s’ébattre et jouer et cela suffisait à notre bonheur.
Hélas, trois fois hélas, un jour maudit entre les jours mauvais, lors d’une
promenade dans la forêt, le monstre maléfique qui l’habite, celui que l’on
nomme Kakabe, s’empara de ma famille et depuis les retient prisonniers.

J’ai tout essayé pour les libérer, j’ai envoyé les plus forts de mes soldats, les
plus habiles de mes archers, mes meilleurs chasseurs, les plus rusés
braconniers et tout ce que compte comme hommes braves dans mon royaume.

Mais aucun d’eux ne revint, et le Kakabe dans son repaire se rit de ma douleur.

On ne peut l’affronter qu’une seule fois dans l’année, le jour où le soleil est au
Zénith de sa révolution, le reste du temps il est invisible à nos yeux.

Voilà, musicien, les raisons de ma tristesse. »

Le vieux musicien resta quelque temps songeur à la suite de ce récit et finit par
dire :

-« Grand roi, je ne sais pour quel dessein le créateur a guidé nos pas jusqu’ici mais je
prierai chaque jour pour que ta famille te soit rendue.

- Je t’en remercie musicien, accepterai-tu de jouer pour moi de ton
instrument ?

-Bien sûr, avec joie ! »

Le musicien fit courir ses doigts sur le Valiha, et aussitôt les mélodies
accoururent et se mirent à danser au-dessus du roi. Celui-ci ne pouvait les
voir bien évidemment, mais cela lui faisait du bien et lui faisait oublier pour
quelques instants sa profonde douleur.

C’est ainsi que le musicien prit l’habitude de jouer pour le roi chaque soir après le
dîner, les mélodies étaient toujours présentes au rendez-vous, comme si elles
partageaient la douleur du roi et cherchaient à l’apaiser.

En ce qui concerne Vololo, elle fut bientôt adoptée par tous les habitants du
château ainsi que du roi lui-même, grâce à sa gentillesse et son désir d’être
agréable à tous.

Comme elle était du même âge que la fille du roi, on lui donna des habits de
princesse et tous les bijoux qui vont avec, et c’était un régal pour les yeux
de la voir déambuler dans le palais ainsi vêtue.

Car le conteur a peut-être oublié de vous dire que Vololo était très belle, avec de
longs cheveux noirs et des yeux noisette, ainsi qu’un grain de peau des plus
satiné.

Elle avait aussi une grâce naturelle dans ses mouvements qui pouvait faire croire
qu’elle avait toujours vécu dans une atmosphère raffinée.

Ce qui n’était pas le cas, si vous vous rappelez bien le début de
l’histoire !

Elleapprenait avec le vieux musicien le secret des mélodies, mais cela prenait
beaucoup de temps et demandait énormément d’attention et de travail.

Chaque matin, après le petit-déjeuner, ils s’installaient tous les deux dans le jardin
royal et la leçon commençait :

-« Ecoute le chant de cet oiseau ! » Lui disait le musicien. « Ecoute son
chant et pénètre-toi de la pureté de ses notes, entends-tu comment il s’arrête
sur un seul son ? »

Vololo écoutait de toute son âme et de tout son cœur.

-« Tu dois essayer de faire vibrer les cordes du valiha de la même façon que coulent
les notes de la gorge de cet oiseau, chaque mouvement doit se terminer sur une
seule note comme l’oiseau sait si bien le faire. »



Et inlassablement, jusqu’à l’heure du déjeuner, Vololo essayait de reproduire le
chant de l’oiseau.

Mais c’était si difficile que parfois elle se décourageait et se disait que jamais
elle n’arriverait à autant de pureté.

Alors elle reposait le valiha, se prenait la tête entre les mains et s’efforçait de
ne pas pleurer.

C’était beaucoup demander à une petite fille de son âge, mais l’enchantement des
mélodies était à ce prix.

Un jour qu’elle était vraiment déprimée de ne pas arriver à reproduire ce qu’elle
ressentait intérieurement le vieil homme lui dit :

-« Crois-tu que la beauté sublime et la pureté soient des choses faciles à obtenir ?
Crois-tu que transcender son être est à la portée de tous ? Pour arriver à
faire ce que tu désires le plus il te faut toujours beaucoup travailler, mais
ce travail lui-même est déjà un résultat en soi. Personne ne t’obligera à
chercher à atteindre ce qu’il y a de meilleur en toi, il n’y a que toi qui en
es capable.

C’est un choix qui t’appartient, si tu veux t’arrêter maintenant personne ne te
grondera, tu es libre de continuer à souffrir pour arriver à ton but ou bien
abandonner et retourner à la médiocrité, car ce qui est médiocre n’est pas forcément
mal, cela dépend des possibilités de chacun et peut-être du destin aussi. Mais
tout le monde ne croit pas en la destinée, il y en a qui disent que nous même
faisons notre destin. »

Vololo écoutait ce que lui disait le musicien mais ne comprenait pas tout, c’était un
peu difficile pour une fille de huit ans. Ce qu’elle savait c’est que son cœur
lui disait de persévérer dans la recherche de la pureté des sons, même si cela
était parfois décourageant de difficulté.



Publié à 07:45 le 2.06.2008 dans Livres Contes
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Pendant qu’ils travaillaient le temps passait et vint le temps du zénith de l’astre
flamboyant et son cortège de courageux combattant qui remplirent le palais de
leurs cris de guerre.

Ils étaient beaux, ils sentaient le sable chaud, ils partirent joyeux pleins
d’ardeur conquérante, et ne revinrent point.

Le Kakabe les avaient mangés !

L’abattement
succéda à l’espoir que toutes ces ardeurs viriles avaient suscité dans
le cœur du roi et le triste décompte des jours reprit son cours.

Les leçons se faisaient de plus en plus difficiles mais Vololo ne se rendait pas
compte de ses progrès, le vieux musicien souriait de plaisir dans sa barbe et
sentait que bientôt sa protégée pourrait faire danser les mélodies.



Mais il fallait encore travailler.

Une année passa encore et vint le jour bruyant des guerriers. Mais ceux-ci étaient
moins nombreux que la fois précédente, la peur commençait à étendre ses sombres
ailes sur la région.

Cette fois là encore aucun d’eux ne revint, et l’abattement du roi devint dramatique.

Il resta un mois sans se lever, sans se laver, et il fallait lui faire boire de
force du bouillon de poulet avec beaucoup de gingembre de peur qu’il ne meure.

Il revint à la vie grâce aux mélodies qui firent des prouesses pour le tirer de sa
léthargie.

Mais il n’était plus que l’ombre de ce qu’il avait été, un grand roi aimé et
respecté pour son équité et sa bonté.

Cela faisait trop longtemps qu’il était séparé de ceux qu’il aimait, il lui manquait
la présence de sa tendre épouse et de ses enfants chéris.

Vololo, quant à elle, était devenue une très belle jeune fille, et son travail
quotidien en avait fait une musicienne de première qualité. Il ne lui manquait
encore qu’un peu de pratique pour que les mélodies acceptent de danser sur sa
musique.

Mais ce qu’elle avait en plus c’était son chant, car depuis le début elle
accompagnait de sa voix les cordes de son instrument. Le roi lui-même venait
l’écouter faire ses gammes, et l’on pouvait entendre les oiseaux reprendre ses
phrases musicales comme s’ils voulaient communiquer.

Cela faisait longtemps maintenant que le vieux musicien n’avait plus joué de son
instrument, ses doigts étaient devenus trop raides et le jour de rejoindre le
créateur n’était plus très loin.

Le solstice d’été revint et personne ne se présenta pour combattre le kakabe.

C’était pitié de voir le roi scruter l’horizon désespérément vide.

Alors, sans que personne ne la voie, Vololo prit le valiha sous son bras et prit la
direction de la forêt.

Elle était guidée par une force qui la dépassait, et marchait sans peur vers le
monstre qui avait dévoré depuis des années la fine fleur des combattants les
plus téméraires et les plus aguerris.

Elle marcha longtemps, traversant les rizières de plaine qui donnent le riz pour
l’année puis les rizières de collines qui sont cultivées par ceux qui
sont plus pauvres, puis arriva à la limite des terres cultivées où commence la
forêt sombre et magnifique, domaine du Kakabe.

Là, il faut dire qu’elle hésita un peu, car la forêt de l’est est très
impressionnante et même les plus braves frissonnent en s’y engageant.

Mais elle était décidée à aller jusqu’au bout et sans plus attendre elle s’enfonça
dans la forêt mystérieuse.

Il ne fallu pas plus de quelques minutes pour qu’elle soit complètement engloutie
par la végétation exubérante et sauvage et perde tout sens d’orientation.

Elle marcha encore droit devant sans se poser de questions quand elle se trouva
soudain devant une grotte comme surgit du néant.

Un rugissement terrible et effrayant s’en éleva et le monstre carnivore se dressa
devant elle.

Immense, terrifiant, abominable, féroce, impressionnant de force mauvaise et exhalant
une odeur épouvantable de fauve.

Vraiment, de quoi faire mourir de peur le plus brave des braves sans que l’on puisse
l’accuser de lâcheté.

Et bien, Vololo n’eut pas peur, elle s’assit tranquillement devant l’ignoble bête
et sans trembler se mit à jouer de son instrument.

Alors le miracle s’accomplit, les mélodies se mirent à virevolter dans les airs
au-dessus du kakabe et celui-ci les regardait avec ravissement.

Car la beauté de la musique n’est pas réservée qu’aux êtres humains et même la bête
la plus féroce peut se laisser charmer par les mélodies.

Le kakabe se mit à dodeliner de la tête, puis c’est tout son corps qui se mit à
bouger, et c’était incroyable de le voir se mettre à danser avec les mélodies.

Car, vous pouvez peut-être ne pas me croire, mais le Kakabe dansait de la plus belle
manière qu’il soit et il souriait aussi. Il faisait des pirouettes dans les
airs et la terre tremblait lorsqu’il retombait tellement il était gigantesque.
Et
Vololo continuait à faire vibrer les cordes du valiha, encore et
encore, des heures durant, jusqu’à ce que le Kakabe tombe épuisé de
fatigue et s’endorme profondément.

Alors, elle s’avança vers la grotte qui s’ouvrit pour laisser le passage à la Reine au
Prince et à la Princesse qui attendaient depuis si longtemps.

Quelle joie et quelle surprise lorsqu’ils revinrent au château !

Ce furent des retrouvailles magnifiques, des embrassades à n’en plus finir, des
câlins et des bisous.



Comme par enchantement, la nouvelle se propagea dans tout le pays et le peuple
heureux de la bonne nouvelle vint crier sa liesse.

Ce fut une fête mémorable qui dura sept jours et sept nuits, les plus beaux zébus
du
Roi furent offerts en remerciement du dénouement heureux de l’histoire,
toute la cave fut bue et ce ne fut que chants, danses et rires,
vraiment une belle fête !

C’est pendant les réjouissances que le vieux musicien se décida à tirer sa révérence.

Après un dernier verre de rhum il s’affaissa doucement sur sa chaise et son âme
s’envola vers le créateur.

-« Alors musicien, content de ton élève ? » Lui demanda le créateur.

-« Oui Zanahary je te remercie d’avoir exaucé mon vœu ! »

-« Je t’en accorde un autre, car tu as eu une vie exemplaire toujours tournée vers le
bien de tes semblables et cela me plaît, demande ce que tu veux cela te sera
accordé ! »

-« Ce que je désire c’est que la musique soit donnée pour toujours à tous les êtres humains ! »

-« Ah, je reconnais bien là ta gentillesse, comme je te l’ai promis je ne peux que te
l’accorder
bien qu’ils ne le méritent pas. Mais n’est-il pas écrit quelque part
dans mon grand livre qu’il suffit d’un homme de bien pour racheter
l’humanité ?

Enfin, je t’accorde ton vœu, que la musique soit accessible aux hommes, mais ils ne
pourront pas voir les mélodies qui sont divines et par la même
inaccessibles ! »

C’est donc grâce au vieux musicien altruiste que la musique fut donné aux hommes, et
même si les mélodies sont invisibles il suffit parfois de fermer les yeux en
écoutant une belle musique pour les voir danser leurs ballets éthérés.

Pour
ce qui est de Vololo, elle fut un peu triste d’avoir perdu son maître
de musique mais elle se vit consolée par le prince qui lui apprit à
jouer d’autres
gammes.

Ils devinrent très proches et ce qui devait arriver arriva :

Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, très beaux et très gentils, et tous
vécurent longtemps dans le bonheur et la joie.
 

Me croirez-vous si je vous disais qu’ils furent tous musiciens ?
 


Je vous laisse un temps de respiration, on dit un
soupir en langage musical, pour que s’évanouissent les dernières vibrations mélodiques!

Vous êtes toujours là !

Bien, alors dans l’histoire qui suit vous découvrirez des thèmes chers au cœur des
malgaches, le partage, la loyauté et les liens d’amitiés, si forts chez
nous qu’ils finissent par enrichir notre vocabulaire.


Publié à 07:40 le 2.06.2008 dans Livres Contes
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Conte N°3

Vous êtes toujours là !

Bien, alors dans l’histoire qui suit vous découvrirez des thèmes chers au cœur des malgaches, le partage, la loyauté et les liens d’amitiés, si forts chez nous qu’ils
finissent par enrichir notre vocabulaire.

Vous y rencontrerez le terme de Fokonolona qui se traduit par : groupe
communal. Mais peut aussi se comprendre comme : conseil des villageois.

Il faut savoir que jusqu’à aujourd’hui rien ne peut se faire d’important, dans les
villages de brousse, sans la réunion et l’aval du fokonolona.

On parlera aussi du Sikidy, qui est un art divinatoire malgache encore couramment
employé, et vous seriez étonné de la pertinence du résultat de sa consultation !



Il sera question du Lolobe, les lolos sont les esprits des eaux à ne pas confondre
avec les Razanas qui sont les esprits protecteurs de la tribu.



Cette histoire est importante car elle est censée être à l’origine du Fihavanana, un
mot qui a largement dépassé son sens littéral (bonnes relations) pour devenir
un véritable lien sacré qui unit tous les Malgaches.
Rasoa et Mahéla







Il était une fois,
dans des temps très reculés, un petit village situé sur la côte est de Madagascar.
Personne ne se rappelle plus le nom de ce village, car des années et des siècles se sont écoulés depuis l’histoire que je vais vous raconter, et les noms viennent et puis s’en vont comme les hommes et tout ce qui vit.

Mais ce dont on se souvient c’est qu’il était situé face à une île, bien protégé au
cœur d’une large baie.
C’est pour cela que je pense que ce pourrait bien être le village actuel de
Manompana, mais bien malin celui qui pourrait l’assurer.

De toute façon un peu de mystère ne nuit point quand l’on raconte une histoire.

Sachez qu’en ce village vivait un homme grand et fort que tout le monde respectait.

Grâce à sa force et son courage nul ennemi n’osait venir troubler la quiétude de la
petite communauté.

Malheureusement, cet homme n’était pas juste et abusait de son statut pour profiter du travail des autres villageois. Il demandait une partie de toutes les récoltes en échange de sa protection, ainsi qu’un tribut sur les prises des pêcheurs et sur les animaux d’élevage.

Rapidement il devint l’homme le plus riche du village, et posséda tant de riz qu’il dut
faire construire un grand grenier pour l’entreposer. Il dut même obliger quelques personnes à soigner ses animaux, tant ils étaient nombreux.
Avec le temps il devint si riche qu’il acheta toutes les terres qui entouraient le village.

Si bien qu’un jour il se déclara Roi et il ne se trouva personne pour contester.
 
Il épousa ensuite la plus belle jeune-fille du village et de leur union naquit un
fils, Joana, et une fille, Rasoa.





Le fils, qui était Prince, avait hérité de la force et de la vaillance de son père
ainsi que la beauté de sa mère.

Dès son tout jeune âge il rivalisait d’adresse avec les autres enfants et aucun
d’entre eux ne pouvait l’égaler.

Cela faisait la grande fierté de son père qui voyait en lui son digne successeur.

Mais Joana, avait hérité de sa mère un caractère généreux et serviable.

Autant il mettait de fougue à batailler, autant il était toujours prêt à rendre
service et à aider ceux qui en avaient besoin.

Cela ne faisait pas du tout plaisir à son père, qui considérait ces penchants
généreux comme des défauts, et il faisait des scènes à sa femme pour qu’elle
use de son influence auprès de son fils afin qu’il change.


Celle-ci disait oui, mais au fond de son cœur elle était très contente que son fils soit
différent de son père, et elle ne l’en aimait que plus.

Rasoa, elle aussi, avait hérité du caractère généreux de sa mère et était d’une beauté
telle que même les oiseaux s’arrêtaient de chanter pour l’admirer lorsqu’elle
se promenait.

Elle avait une camarade de jeux qu’elle affectionnait plus que toutes les autres, Mahéla.

Celle-ci était d’une gentillesse telle que tout le monde tombait sous son charme.

En fait quand vous en voyiez une vous pouviez être sûr que l’autre n’était pas loin.

Les années passant cette amitié ne fit que grandir.

Cela ne faisait pas du tout plaisir au roi car l’amie en question était la fille d’un pauvre pêcheur.



Le roi pensait qu’une telle amitié ne servait à rien et qu’il fallait que sa fille
prenne de la distance avec son amie.

Il avait essayé mainte et maintes fois de les séparer, mais à chaque fois ses
tentatives avaient échoué.

Rasoa et Mahéla étaient véritablement inséparables.

Leur amitié était telle qu’un jour elles décidèrent de faire fatidra, c’est à dire
devenir sœurs en mêlant leur sang.

Un lien indissoluble qui les unirait pour la vie.

Quand le Roi apprit leur intention il fut pris d’une grande colère !

Comment son enfant pouvait-elle mélanger son sang avec celui d’une simple fille de
pêcheur ?

 

Il trouva une bonne raison en disant que ce fatidra était impossible car Mahéla
était beaucoup trop pauvre.

Rasoa était très peinée de cela et vint en parler à sa mère.


Celle-ci, qui était très maligne et généreuse, trouva la solution :

-« Puisque ton père a décidé que c’était la richesse qui empêchait ce fatidra ce ne sera pas difficile d’arranger les choses ! »

Elle fit prélever dans le grenier royal cent grands sacs de riz et dit à sa fille:

-« Donne ces sacs à ton amie, qu’elle demande à tous ceux de sa famille d’en planter les grains cette année et le problème sera résolu ! »

Alors toute la famille de Mahéla se mit au travail, et le riz fut planté.


Cela demanda beaucoup de travail car personne n’avait jamais planté autant de riz,
mais quand vint le temps de la récolte ils furent bien récompensés.



Il fallut demander de l’aide dans les villages voisins pour venir couper le riz
tant il y en avait.

Cela fit beaucoup de bruit dans la région et le roi s’en étonna.

Comment la famille de Mahéla avait-elle pu avoir autant de semences ?

Il interrogea le gardien du grenier et celui-ci lui donna l’explication.

Le roi se mit dans une belle fureur, cria, hurla, tapa dans les chaises, mais dut
s’incliner devant le fait accompli, plus rien ne s’opposait à ce que les deux filles fissent fatidra.

Ce fut une belle cérémonie, tout le village était présent et tous appréciaient
beaucoup les deux jeunes filles.



Le roi, en apparence, semblait accepter sa défaite mais dans le fond de son cœur
il vouait une haine terrible envers Mahéla. Il ne pouvait imaginer des
sentiments qui n’existaient pas dans son cœur et il pensait que Mahéla n’était
amie avec sa fille que par intérêt.

Il convoqua le plus méchant de tous les sorciers et lui demanda de jeter un sort
sur la pauvre Mahéla.

Le sorcier, après avoir consulté ses graines de Sikidy, lui fit cette
réponse :




-« Oh grand roi, un sort sur cette fille je ne peux jeter, si grande est la force de
leur serment, seule une épreuve je peux tenter ! »

Le roi acquiesça, et c’est ainsi que Mahéla fut confrontée au maléfice !

Cela se produisit lors d’un retour de la pêche. Mahéla possédait une belle pirogue
et les deux filles avaient beaucoup de plaisir à partir pêcher dans la baie de
temps en temps.

Ce jour-là la pirogue était remplie de poisson, vraiment une belle pêche.



Les deux amies avaient installé la petite voile et se laissaient porter par la
brise de mer du matin qui ramène les pêcheurs à la maison. Rasoa à l’avant,
s’était assoupi et Mahéla tenait le gouvernail en rêvassant.

Soudain, l’eau se mit à bouillonner autour de la pirogue et un monstre prodigieux sortit
de la mer. Une tête énorme, mi-homme mi-poisson, aux yeux globuleux et
hypnotiques s’adressa en ces termes à Mahéla :

-« Ho, jeune demoiselle, écoute-bien ce que je vais te dire !

Celle qui dort là, celle que tu appelles ta sœur, si elle mange un seul de ces
poissons elle mourra !

Et si tu la préviens c’est toi qui trépasseras ! »

Et avant que Mahéla n’ait le temps de dire quoi que ce soit, le monstre disparu
dans un dernier remous.

Que dire, que faire ? Mahéla chercha désespérément la solution à ce
casse-tête.
Si elle ne disait rien, sa sœur mourait, si elle la prévenait c’est elle que la
mort prendrait !
La seule solution était de se débarrasser des poissons, Mahéla les jeta tous par
dessus-bord.
Mais quel dommage de perdre une si belle pêche !

Enfin, ce qui comptait c’était que sa sœur ne risquât plus rien.

Quand la pirogue toucha le rivage, Mahéla réveilla Rasoa et lui dit :

-« Hé quoi ! Nous sommes attaqués par une bande de gens belliqueux, ils me
menacent, ils prennent tous nos poissons et toi tu ne te réveilles
pas ! »

La princesse était toute éberluée de ce que lui disait sa sœur, des gens qui vous
attaquent pour vous prendre votre poisson cela ne s’était jamais vu !

Mais elle ne douta pas un instant de la véracité de ses dires et la rassura en lui
disant :

-« Ho ma sœur, je suis désolée d’avoir dormi pendant que tout cela arrivait, mais ne
t’inquiète pas pour les poissons ce qui compte c’est que tu n’aies pas été
blessée ! »

Mahéla avait réussi à déjouer le monstre et sa sœur était saine et sauve.

Mais ce n’était pas fini pour autant.

Quelques jours plus tard les deux amies partirent chercher des patsy. (Des petites
crevettes!)
Elles partirent tôt le matin et en attrapèrent beaucoup.



 

Cela leur avait prit toute la matinée et leur avait ouvert l’appétit.

Après avoir déjeuné d’un peu de manioc bouilli et de bananes frites qu’elles avaient
emporté, elles décidèrent de faire une petite sieste avant de redescendre au
village.

La princesse fut prise aussitôt d’un sommeil profond, mais Mahéla n’eut pas le
temps de s’endormir.

Surgissant de nulle-part, un monstre effrayant, mi-homme mi-sanglier lui tint ces
propos :

-« Ho, jeune demoiselle, écoute-bien ce que je vais te dire !

Celle qui dort là, celle que tu appelles ta sœur, si elle mange une seule de ces
patsy elle mourra !

Et si tu la préviens c’est toi qui trépasseras ! »

Que dire, que faire, quel embarras !

Mahéla réfléchit longuement, et ne trouva d’autre solution que se débarrasser des
patsy.

Elle se leva doucement, ramassa le panier rempli des petites crevettes et s’en alla
le jeter au loin.

Ensuite elle réveilla Rasoa et lui dit :

-« Hé quoi ! Nous sommes attaqués par une bande de gens méchants, ils me
menacent, ils prennent nos patsy et toi tu ne te réveilles pas ! »

La princesse était toute éberluée de ce que lui disait sa sœur, des gens qui vous
attaquent pour vous prendre vos patsy cela ne s’était jamais vu !

Maiselle n’avait aucune raison de douter de la véracité des dires de sa sœur et
elle lui répondit :

-« Ho ma sœur, tout cela est bien étrange, mais je suis contente qu’il ne te soit rien arrivé.

Rentrons, je vais avertir mon père de ce qui se passe, il faut mettre un terme à tout
cela ! »

Mahéla était bien embêtée, elle savait que le père de sa fidèle amie ne l’aimait pas
et elle redoutait sa réaction.

Dès qu’elles furent rentrées au village Rasoa alla voir le roi son père et lui raconta toute l’histoire.

Bien évidemment celui-ci fit l’étonné, et sans mettre véritablement en doute la
parole de Mahéla il fit remarquer qu’à chaque fois Rasoa était endormie et que
Mahéla était le seul témoin.

Néanmoins il promit de faire patrouiller des hommes afin qu’ils recueillent d’éventuels
témoignages sur les agissements d’une bande de voleurs dans la région.

Inutile de vous dire que ceux-ci revinrent bredouilles, et que personne n’avait vu ou
entendu parler d’une bande de voleurs dans les environs.

L’affaire en resta là et rien ne se passa pendant quelques jours jusqu’à ce que les deux
amies aillent dans la forêt chercher du miel.

Il faut savoir chercher et ne pas se faire piquer par les abeilles, mais les deux
amies étaient très adroites et bientôt leurs pots d’argile cuite furent pleins
de rayons savoureux.



Comme elles étaient gourmandes elles s’arrêtèrent sur le chemin du retour pour en
déguster !

Une fois rassasiées, elles décidèrent de se reposer un peu et la princesse
s’endormit aussitôt.

Avant que Mahéla n’en fasse autant un monstre terrible, mi-homme mi-lémurien, d’une
taille gigantesque surgit devant elle et lui dit :

-« Ho, jeune demoiselle, écoute-bien ce que je vais te dire !

Celle qui dort là, celle que tu appelles ta sœur, si elle rapporte un seul de ces
rayons de miel au village, elle mourra !

Et si tu la préviens c’est toi qui trépasseras ! »

Que dire, que faire, c’était très embarrassant.

Mahéla réfléchit longuement et ne trouva d’autre solution que de jeter le miel au
loin.

Ensuite elle réveilla sa sœur et lui dit :

-« Hé quoi ! Nous sommes attaqués par une bande de gredins itinérants, ils me menacent, ils prennent notre miel et toi tu ne te réveilles pas ! »

La princesse, une fois de plus, fut toute éberluée de ce que lui disait sa sœur, des gredins qui vous attaquent pour vous prendre votre miel cela ne s’était jamais vu !

Même si elle avait entière confiance en son amie elle commençait à trouver tout cela
bien étrange et dit :

-« Ho ma sœur, toutes ces attaques pendant que je dors cela m’inquiète, heureusement qu’il ne t’est rien arrivé. Rentrons au village, je ne me sens plus en sécurité dans cette forêt ! »



Les deux amies redescendirent au village et Mahéla sentit que Rasoa commençait à
douter d’elle, cela l’attrista beaucoup mais elle ne pouvait rien dire !

Une fois rendues au village la princesse rentra chez-elle sans souhaiter bonne nuit
à son amie, c’était la première fois que cela arrivait. Mahéla en était toute
chagrinée et se rendit au bord de la mer pour se consoler en regardant les
vagues.

C’est alors que l’horrible monstre, mi-homme mi-poisson, surgit des flots et
dit :

-« Ho, jeune demoiselle, écoute-bien ce que je vais te dire !

Ce soir, quand la lune sera haute, je viendrai prendre la vie de ta sœur.



Si tu la préviens, ou si tu racontes cela à qui que ce soit, c’est toi qui
mourras ! »

Et Avant que Mahéla n’ait le temps de répondre le monstre disparut dans les flots.

Que dire, que faire, quel cruel dilemme !

Si Mahéla prévenait sa sœur du danger qui la guettait elle mourrait.

Si elle ne disait rien c’est la princesse qui trépasserait.

Mahéla réfléchit longuement, la tête entre les mains, puis se leva et rentra chez-elle.

Elle prit son meilleur sabre, et passa et repassa la pierre à affûter sans relâche
sur la lame jusqu’à ce qu’elle devint une arme mortelle.

Dès qu’elle eut finit elle se rendit au bord de la mer.

Puisque le monstre ne lui laissait pas d’autre solution elle l’affronterait cette
nuit !

Elle ne manquait pas de courage, ni d’adresse non plus, et l’intensité de son lien
de sang était tel qu’elle donnerait sa vie pour sauver celle de sa sœur s’il le
fallait !

Quand la lune fut haute dans le ciel étoilé, l’eau bouillonna et en surgit le monstre
gigantesque et effrayant : il était haut comme trois hommes, sa tête
couverte d’écailles abritait une gueule énorme remplie de dents acérées, de
chaque côté de son corps aussi dur que la peau du requin s’agitaient trois
tentacules qui fouettaient l’air de la nuit sauvagement.

Pour se déplacer il possèdait quatre jambes courtes et velues qui lui donnaient une vitesse incroyable.

Tout cela avait de quoi glacer le sang du plus téméraire des guerriers, mais mahéla
ne se laissa pas impressionner.

Dès que le monstre posa la première patte sur le rivage elle se jeta à l’attaque et
donna sans relâche des coups de son sabre patiemment aiguisé.

Mais dès qu’elle coupait un membre celui-ci repoussait aussitôt. Elle coupait une
patte, elle repoussait, elle coupait un tentacule, il repoussait…

Mahéla ne se décourageait pas et frappait sans cesse, bientôt le rivage fut couvert
des morceaux ensanglantés de la bête.

Alors que les forces de notre amie commençaient à décliner, sur un dernier coup de
sabre le monstre roula sur le sable et Mahéla, sans perdre un instant, lui
trancha la tête.



Elle releva encore son arme, prêt à frapper de nouveau, mais rien ne se passa.

Le monstre avait été vaincu, Mahéla avait été la plus forte. La tête ne pouvait
repousser et la bête ne reviendrait plus.

Mais il restait maintenant à nettoyer le rivage afin de le débarrasser de toute
trace de bataille, il en allait de la vie de la princesse. Si quelqu’un voyait
cela, comment Mahéla pourrait-elle s’expliquer ?

Elle ramassa un à un les membres du monstre et les chargea dans sa pirogue.

Elle s’éloigna loin de la côte et restitua à l’océan la bête qui en était issue.

Lorsqu’elle eut enfin terminé, alors que le jour se levait et qu’elle allait rentrer
chez-elle, le roi vint à passer et découvrit Mahéla son sabre à la main.

-« Hé, que fais- tu à cette heure à roder près du village un sabre à la main ? »

Mahéla ne pouvait répondre, sinon sa sœur mourrait.

-« Répond donc, mauvaise fille, toi qui as fait fatidra avec ma fille pour voler ses
richesses.

Explique ta présence près du village alors que tu n’as rien à y faire à cette heure ! »

Mais Mahéla ne pouvait rien dire, et son silence était pour le roi un aveu de ses
mauvaises intentions.

Alors, le roi réveilla le village de sa voix tonitruante et demanda que le Fokonolona
soit réuni sur le champ afin de débattre du cas de Mahéla.

Le conseil du village fut vite réuni, le roi prit la parole :

-« Hé, vous tous, membres de ce village, vous êtes réunis aujourd’hui pour juger cette
scélérate de Mahéla. Je l’ai surprise ce matin, le jour se levait à peine, alors qu’elle rodait animée de mauvaises intentions armée d’un sabre. Elle était venu pour voler, pour tuer peut-être, cela nous ne le saurons jamais car elle ne veut pas répondre à mes questions !

-Ho, répondit Mahéla, c’est vrai que j’étais là cette nuit, mais je n’étais pas
venue pour faire du mal, ça c’est vous qui le dites ! De toute façon tout
le monde sait que vous me haïssez, faites moi juger si tel est votre désir mais
moi je n’ai rien à me reprocher ! »

Le roi fulminait, son cœur était rempli de haine et il demanda au fokonolona de la
condamner à mort.

Entendant cela, Rasoa, interpella son père et lui dit :

-« Père, tu ne peux demander la mort de Mahéla, elle est ma sœur!

-Je ne veux pas le savoir, c’est une mauvaise fille, elle mérite le châtiment des
voleurs et des assassins. Sinon qu’elle s’explique sur ce qu’elle faisait cette
nuit ! »

Mais Mahéla ne voulait toujours rien dire, elle regardait son amie et ses yeux
l’imploraient.

-« Si Mahéla doit mourir, alors je mourrais avec elle ! » Dit la princesse.

-« Tu es ma fille, tu feras ce que je te dirai, ne te mêle pas de cela ! » Répondit le roi.

Et, animé soudain d’une rage incontrôlable, il saisit un couteau et se jeta sur
Mahéla.

Alors, devant la foule médusée, Mahéla prit ses jambes à son cou et se jeta dans la
mer.

Elle nagea de toutes ses forces et alors que l’ensemble du village s’était levé à sa
poursuite elle disparut soudain dans les flots.

Rasoa resta pétrifiée de ce qu’elle venait de voir, sa sœur s’était noyée sous ses
yeux !

Sa sœur était morte, son amie la plus chère avec laquelle elle partageait tout,
son double, sa confidente !

Une grande douleur monta en son cœur et sans se soucier de l’assemblée réunie elle
se mit à pleurer.

Son père lui demanda de ne pas montrer sa peine mais elle n’écoutait plus, un
ressort caché venait de se briser en elle et une grande lassitude succéda aux
pleurs.

Rentrée chez-elle, la princesse s’alita et bientôt plus aucune nourriture ne passait à
travers ses lèvres.

Au bout de quelques jours sa faiblesse était si grande que sa mère s’alarma, sa
fille était son plus cher trésor et elle redoutait de la voir périr.

Elle s’en fut consulter un sorcier qui était bien connu pour faire le bien et lui
demanda conseil.

Celui-ci consulta ses graines de sikidy et répondit :

-« Hé, noble reine, la maladie de ta fille vient de son lien de fatidra , seul le
retour de son amie Mahéla pourrait la faire revenir aux joies de la vie !

-Comment faire pour faire revenir celle que la mer a engloutie ?

-Il faut que amènes ta fille ici, ensuite elle et moi irons en un lieu secret
demander au lolobé, le grand esprit des eaux, ce qu’il faut faire. Mais sache,
noble reine, que l’on ne dérange pas le lolobé sans risque. Peut-être ne
reviendrons-nous pas de cette entrevue ! »


La reine réfléchit un moment, il fallait qu’elle prenne une décision importante,
la vie de son enfant était en jeu.

Mais elle savait que si rien n’était tenté sa fille mourrait bientôt, aussi
accepta-t-elle et partit chercher la princesse.

Il fallut une chaise avec des porteurs pour emmener Rasoa jusqu’au sorcier.
Ensuite, grâce à une potion d’herbes, la princesse eut assez de forces pour
accompagner le vieux guérisseur jusqu’au repaire du lolobé.( C’était la petite
île qui se trouve dans la baie de Manompana, mais il ne faut le dire à personne
car c’est un secret !)

Celui-ci n’appréciait pas d’être dérangé par des humains et la terre trembla lorsqu’il
frappa le sol de son pied.

-« Comment osez-vous venir troubler ma quiétude ? » Hurla-t-il de sa voix
caverneuse.

-« Nous sommes venus interroger le plus instruit des êtres des eaux ! »
Répondit le vieux sorcier qui était un fin diplomate.

En effet le lolobé adorait qu’on le flatte, c’était son seul point faible.

Les paroles du sorcier étaient du miel à ses oreilles et cela eut pour effet de
l’apaiser.

-« Et de quel conseil avez-vous besoin ? » Demanda-t-il d’une voix
plus tempérée.

Alors ils lui expliquèrent toute l’histoire, depuis le commencement.

Lelolobé resta silencieux un long moment et finit par répondre :

-« Dans cette affaire des forces magiques ont été employées, c’est un de tes pareils
qui est la cause de tout cela ! » Dit-il en regardant le vieux sorcier.

Puis s’adressant à Rasoa :

-« Ta sœur n’est pas morte, c’est la force de votre fatidra qui la maintien en vie.
Si tu veux qu’elle revienne parmi les humains il te faudra subir une épreuve,
mais attention, si tu échoues vous périrez toutes les deux!

Es-tu prêt à risquer ta vie pour ta soeur ? »

La princesse, sans hésiter, répondit par l’affirmative.

-« Très bien. Dit le lolobé. Pour commencer, je te demanderai de me donner toutes les
richesses que tu dois hériter de ton père, tout, sans exception ! »

Rasoa accepta de tout donner.

Le lolobé était un peu surpris, il ne pensait pas que la princesse accepterait de
donner toutes ses richesses, aussi demanda-t-il encore plus :

-« Je veux que tu me donnes tout ce qu’il te sera possible de gagner par la suite,
tout, sans rien oublier ! »


Publié à 07:35 le 2.06.2008 dans Livres Contes
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suite

Et encore une fois Rasoa accepta les conditions du roi des lolos.

Son amour pour sa sœur était plus fort que toutes les richesses imaginables, aucun
bien terrestre ne saurait l’en détourner.

Alors, bien contre son gré, le lolobé dut faire revenir Mahéla auprès de sa sœur car
au royaume de la magie et des sortilèges l’amour est roi.

C’est le seul sentiment qui peut tout balayer, aucune force mauvaise ne peut l’écraser.

Mahéla réapparut soudainement auprès de Rasoa, elles se jetèrent dans les bras l’une
de l’autre et s’embrassèrent chaleureusement.

Leur joie était si grande qu’elle émut le lolobé lui-même qui, dans un élan de
générosité qu’on ne lui connaissait pas, rendit à la princesse toutes ses promesses.

Rasoa n’aurait donc pas à lui donner toutes les richesses de son père, ni toutes
celles qu’elle pourrait gagner, Mahéla et elle pouvaient rentrer tranquillement
au village.

Quelle fête quand elles apparurent main dans la main.

Il y eut sept jours de festivités, car chacun savait qu’il fallait rendre grâce aux esprits d’un aussi beau dénouement.

Et ce n’était pas fini :

Après la mort du roi les choses changèrent :

Les terres furent rendues à ceux qui la travaillaient.

Les richesses furent partagées entre tous.

Et l’harmonie se fit dans le village.

Tant et si bien qu’il fallut trouver un mot pour exprimer cela.

Le mot on l’emploie encore, c’est :

FIHAVANANA !

 

 

Vous vous-êtes laissé
emporter par ces histoires ?


Je l’espère, car un de vos sourires
sera mon seul salaire, le seul qu’un véritable conteur n’accepte !

Mon grand-père, N’guéta Paul, avait besoin d’un peu de bière :
 
« Pour que les mots glissent mieux ! » Me disait-il.

C’est pourquoi je n’oubliai jamais d’emporter quelques bouteilles
afin de lui faciliter la tâche.






A SUIVRE .....



Publié à 07:30 le 2.06.2008 dans Livres Contes
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Conte N°4

Le conte qui suit me fut raconté par Kakolahy Paul après qu’il m’ait demandé del’aider à faire respecter un tabou auprès de jeunes pêcheurs qui ne s’en
souciaient plus guère.

Il fallut beaucoup argumenter avant qu’ils ne daignent écouter le grand-père,
quand ils furent finalement décidé N’guéta Paul s’assit doucement sur le sable,
regarda un long moment la mer et nous raconta cette histoire :

 

Le Fady de N’Guisa
Fady (Tabou)
Il était une fois, il y a très longtemps déjà.
Du temps de l’arrière arrière grand-père du trisaïeul de mon grand-père, c’est pour vous dire si cela fait vraiment longtemps !

A cette époque là donc, vivait un pêcheur magnifique.



Il s’appelait N’guisa et habitait tout au bout de la Pointe Tintingue dans une petite cabane en falafa qu’il avait construite de ses mains.



Oh, il aurait pu vivre dans une maison beaucoup plus confortable car
il avait eu sept fils et sept filles qui tous étaient maintenant mariés et chacun d’eux lui avait déjà offert de venir vivre dans leur maison.
Mais non, N’guisa était tout à fait heureux dans sa petite cabane
avec pour seuls voisins la mer et le vent.
Car dans ces temps reculés la presqu’île de Mahéla était inhabitée,
c’était un endroit réservé aux Razanas qui venaient parfois se rappeler le temps
où ils étaient vivants et qu’ils se promenaient le long de la plage.
S’ils acceptaient que N’guisa habite là c’est qu’il faisait office de gardien
afin que nul ne vint souiller les lieux.



Car il faut toujours prendre soin des endroits privilégiés des Razanas.




N’guisa était un pêcheur réputé dans toute la région
car il ramenait toujours les plus beaux poissons au village.
Il n’avait pourtant qu’une vieille pirogue toute rafistolée, une vieille ligne usée et un hameçon tout rouillé.



Beaucoup de jeunes pêcheurs bien mieux équipés
que lui se demandaient quel était son secret !
Comment un vieil homme fatigué par les ans pouvait-il ramener chaque jour
les plus beaux poissons ?




C’était vraiment un grand mystère !
Bien évidemment N’guisa avait un secret.
C’était arrivé au moment où ses forces d’homme mûr commençaient à décliner.

Un soir qu’il écoutait le doux bruit du ressac avant de s’endormir
il entendit une petite voix qui lui parlait :




« N’guisa, toi le gardien de notre terre sacrée
écoute attentivement ce que nous avons à te confier.
Tes forces faiblissent et bientôt tu ne pourras plus pêcher,
or qui gardera notre terre si tu dois partir vivre chez un de tes fils ?

Nous voulons que tu restes ici et nous allons t’en donner les moyens.

Il te suffira de prendre la mer chaque jour avec ta pirogue et de t’éloigner des autres pêcheurs, ensuite tu mettras ta ligne à l’eau en prononçant cette formule magique :

"Par le bon vouloir de Zanahary notre créateur,
et l’aide de tous mes Razanas toi le gros poisson viens croquer mon hameçon !"

Et tu auras la plus belle prise de la journée.
Mais il faudra que tu gardes le secret et ne révèle à personne la phrase magique. »

C’est ainsi que N’guisa devint le pêcheur le plus réputé de Manompana,
puis de toute la région.

C’était bien pratique pour lui, il ramenait le poisson au village, en prenait une petite portion pour lui et échangeait le reste contre ce qui lui était nécessaire.




Un peu de riz, un peu d’huile, quelques brèdes et de temps en temps un petit peu de rhum quand il faisait frais. Ainsi allait la vie, tranquille et sans histoire.

Un jour, son dernier fils vint lui rendre visite pour lui annoncer la naissance de son premier enfant. C’était une grande joie pour N’guisa qui voyait s’agrandir encore sa nombreuse descendance. Il félicita son fils et lui dit qu’il viendrait le voir le lendemain et qu’il apporterait un beau et gros poisson pour régaler la maman et toute la famille.

N’guisa se leva très tôt le lendemain, bien avant les premiers rayons du soleil, pressé de prendre une belle prise et d’aller voir l’enfant nouveau-né.

Hélas, trois fois hélas, dans la nuit la tempête était venue
et la mer s’était déchaînée sous les assauts répétés du vent.

La mer était toute blanche d’écume et bien évidemment aucune pirogue n’avait quitté le rivage. Les pêcheurs étaient assez sages pour attendre un jour plus propice.
Mais N’guisa ce jour là ne voulait point être sage,
ce qu’il voulait c’était un gros poisson comme il l’avait promis à son fils.
Alors, malgré les rafales de vent qui faisaient gémir les cocotiers, malgré la violence des vagues qui montaient haut sur le rivage il mit sa pirogue à la mer.


Oh, ce n’était pas pour aller très loin, il lui suffirait de s’éloigner un peu et puis l’histoire serait dite, il reviendrait avec un beau gros poisson.

Malheureusement, N’guisa avait sous-estimé la violence des éléments, aveuglé par son désir de ramener un poisson il n’avait pas écouté son instinct d’homme de la mer, et en un instant il fut emmené au large par un courant d’une force prodigieuse.
Il ne pouvait absolument pas lutter contre cette puissance incroyable il ne pouvait que stabiliser la pirogue du mieux qu’il pouvait pour qu’elle ne chavire point.
Les vagues frappaient la coque avec fracas et les embruns lui giflaient le visage.
Jamais sa pirogue n’avait glissé aussi vite sur la mer, elle filait, filait comme pour l’emporter à l’autre bout du monde !

Cette fois N’guisa eut peur car il ne contrôlait plus rien et bientôt il fut au large de l’île Sainte-Marie. Un instant plus tard il était si loin qu’il ne voyait plus aucune terre derrière lui, la tempête l’emmenait toujours plus loin, toujours plus vite, et la pirogue qui se remplissait d’eau !
N’guisa comprit qu’il allait peut être finir noyé, noyé sans avoir vu son dernier petit-fils, tout cela parce qu’il avait été imprudent.
Notre vieil ancêtre n’était pas peureux ni pleurnichard, bien au contraire, tout au long de sa vie il avait su faire preuve de courage et de ténacité, mais ce jour là il se mit à pleurer.
Pleurs de rage et de désespoir de ne pouvoir rien faire sinon tenir bon sa rame pour que la pirogue ne chavire pas.
La fatigue commençait à engourdir les muscles de ses bras, il aurait suffit qu’il puisse relâcher son effort ne serait-ce qu’un instant pour qu’il soit capable de se battre contre la puissance de la tempête.
Mais aucun répit ne lui était accordé, dès qu’il ne maintiendrait plus la pirogue dans le sens du courant elle se retournerait en un éclair et s’en serait fini de lui.
N’guisa sentait que ses bras allaient le trahir, il n’avait tenu bon jusque là que par l’unique force de la volonté. Ses doigts commençaient à s’engourdir et doucement la rame glissait de ses mains. Le vieux pêcheur sentait déjà la pirogue qui se mettait à vibrer de plus en plus fort.
Il alla chercher dans le plus profond de ses ressources l’énergie nécessaire pour retenir encore un peu la rame, mais le sort en était jeté.

Il était dit que N’guisa payerait de sa vie son imprudence.

Alors, devant l’issue inéluctable et fatidique de cette aventure, N’guisa adressa une dernière prière à Zanahary :

« Oh Zanahary, toi qui vois tout et entends tout, toi qui sais les misères et les joies des hommes je m’adresse à toi. Si je dois rejoindre les Razanas en ce jour, fais que ma famille ne soit pas triste de ma perte et qu’elle puisse accomplir les rites sacrés avec mon corps.
Ne laisse pas les poissons se régaler de moi et fait échouer mon corps sur le doux rivage de la pointe Tintingue ! »

Zanahary entendit son message, ainsi que tous les Razanas de la tribu qui suivaient de près l’aventure de N’guisa.

L’un d’entre eux s’adressa à Zanahary :

-« Oh Zanahary, toi le créateur de toutes choses, vois l’abnégation de notre fils qui à l’heure de sa mort ne pense qu’à la douleur des siens, ne pourrais tu intervenir en sa faveur ?

-Oui, renchérit un autre, sauve notre fils, sinon, qui gardera notre terre sacrée ?

Car il n’a point encore de successeur. »

Et tous les Razanas de la tribu crièrent en cœur :

« Oh Zanahary, notre guide et notre père, prends pitié de notre fils, sauve-le des eaux ! »

Alors, Zanahary, (qui est toujours sensible aux requêtes des Razanas), dit :

« Bon, pour vous être agréable je vais sauver N’guisa des flots, mais il faut que cette aventure lui serve de leçon et par la suite serve à ses enfants et ses petits-enfants et à toute sa descendance.

Je vais demander à la reine des tortues de venir le prendre sur son dos et de le ramener ainsi jusqu’au village de Manompana. En contrepartie et en remerciement ni lui, ni aucun membre de sa famille ainsi que toute sa descendance à venir ne devront jamais prendre la vie d’une tortue, ni en manger. C’est le fady que j’impose en échange de sa vie. Si par hasard une tortue devait se prendre dans les filets d’un des membres de la famille de N’guisa il faudra lui rendre la liberté.
La famille de N’guisa devient dès ce jour protectrice de toutes les tortues ! »

Tous les Razanas applaudirent les paroles de Zanahary qui montrait une fois de plus qu’il était le plus sage des sages et que sa réputation n’était pas usurpée.
Pendant que Zanahary et les Razanas discutaient de son cas, le pauvre N’guisa à bout de forces avait fini par lâcher sa rame et
en un instant la pirogue s’était mis en travers du courant et avait coulé à pic.

N’guisa était un bon nageur, dans sa jeunesse il avait été le meilleur plongeur de la région et malgré la violence des vagues il parvenait à se maintenir à la surface des flots.
Quelle ne fut pas sa surprise de voir surgir des flots une tortue gigantesque, (c’était la reine des tortues), une tortue tellement grande que la plus grande des pirogues de la baie paraissait minuscule en comparaison.




Et sa surprise fut bien plus grande encore lorsque s’avançant vers lui elle lui dit :

« Grimpe sur mon dos N’guisa,
c’est Zanahary notre dieu qui m’envoie à ton secours !
Grimpe sur mon dos que je puisse te ramener sur la terre ferme. »

N’guisa ne fit pas de façon et s’installa sur le dos de la tortue qui prit aussitôt la direction de la baie de Tintingue.

Comme la tempête avait emmené N’guisa très loin au large,
le voyage de retour pris un certain temps.

N’guisa en profita pour poser quelques questions à la tortue :

-« Dis-moi, tortue salvatrice, comment se fait-il que tu parles ma langue ?

-C’est Zanahary qui l’a voulu, car si je te sauve la vie aujourd’hui en retour tu devras, toi et toute ta descendance, protéger la mienne, c’est à dire toutes les tortues et ne jamais leur faire de mal ni les manger.

-Je te le promets, je fais le serment devant toi, Zanahary et tous les Razanas que jamais un membre de ma famille ne fera jamais de mal à une tortue ! »

Pendant que la reine des tortues ramenait N’guisa au village, son fils inquiet de ne pas le voir venir comme il l’avait promis se rendit à son domicile.




Quand il vit la case vide et l’absence de la pirogue il comprit qu’un malheur était arrivé.
Il regarda aussitôt sur la mer, mais il ne vit que les crêtes écumantes des vagues.
Il scruta l’horizon le cœur serré d’angoisse,
il y avait peu d’espoir de survivre à une telle tempête.
Il s’en retourna tête basse au village, lui qui se faisait une joie de montrer son enfant à N’guisa maintenant il lui fallait annoncer la triste nouvelle à la famille.

L’histoire se répandit comme une traînée de poudre dans le village et tous les habitants se réunirent pour apporter un peu de réconfort à la famille du disparu.



C’était une grande perte pour la population,
car N’guisa en plus d’être le gardien de Mahéla était aussi celui qui connaissait le secret des plantes qui guérissent et des prières qui soulagent.
Il n’était point de famille dans le village qui n’avait eu recours au vieux pêcheur au moins une fois et tous étaient conscients de l’importance de la perte d’un homme comme lui.




Tout à coup, alors que déjà l’on encensait la mémoire de N’guisa,
de grands cris se firent entendre.
Les clameurs venaient du rivage et tout le monde courut dans leur direction.

Alors, devant les centaines de personnes rassemblées N’guisa apparu, juché sur la tortue magnifique, les bras levés vers le ciel en hommage à Zanahary.

Le silence se fit devant l’apparition magique et personne ne dit mot lorsque la tortue monta sur le sable devant eux.

N’guisa descendit de son dos et la remercia :

« Merci, Reine des tortues, je n’oublierai pas mon devoir envers les vôtres et vous pourrez vivre en paix dans notre baie jusqu’à la fin des temps ! »

La reine des tortues ne dit rien et s’en retourna tranquillement de là où elle était venue.

Une fois la stupeur passée tout le village vint congratuler N’guisa de sa bonne fortune et demanda des explications.

Alors N’guisa raconta toute son histoire.

Ensuite une grande fête fut organisée, car l’événement était exceptionnel
et il devait être fêté comme il se doit.



Il y eut des chants, des danses, du rhum et du Betsa, plein de cris et beaucoup de joie,
enfin tous les ingrédients nécessaires pour que cela reste dans les souvenirs des jeunes et des vieux.



La fête dura trois jours, puis Nguisa retourna à Mahéla pour reprendre sa place et garder cette terre de tout intrus.

Il avait tiré une leçon de son aventure :

Il ne faut jamais prendre la mer lorsqu’elle est mauvaise.
Même si l’on est le meilleur piroguier, le meilleur nageur ou le meilleur plongeur la mer sera toujours la plus forte.
C’est pour cela que les habitants de Manompana ne prennent pas la mer quand le temps n’est pas beau, ils se souviennent du vieux N’guisa et savent qu’il faut attendre que l’océan se calme.

Le vieux pêcheur avait aussi appris autre chose,
c’est que dans la vie il faut parfois faire preuve de patience :

on ne peut pas toujours avoir ce que l’on veut au moment où on le veut.

Que ne pas écouter la voix de la raison peut avoir des conséquences dramatiques.


Alors, pour ceux qui sont les descendants de N’guisa, rappelez-vous bien de cette leçon et sachez que vous êtes par devoir défenseurs du peuple des tortues, et si dans votre famille certains l’ont oublié vous pouvez leur raconter cette histoire !

 

 

C

 

ette histoire peut paraître un peu puérile, mais elle met en scène N’guisa qui est le grand esprit protecteur de notre groupe. 

Il est bien dommage que vous n’ayez jamais vu le vieux Kakolahy Paul invoquer cet esprit lors de la cérémonie que l’on appelle tromba.

Il n’est plus question de croire, ou ne pas croire, mais d’assister à la métamorphose du visage lors de la prise de possession du corps vivant par l’esprit et de frissonner en entendant les intonations nouvelles qui imposent le respect.

 

On n’invoque N’guisa que lorsque le cas est vraiment grave, souvent un malade que nul remède ne soulage.

Généralement N’guisa trouve la cause du mal !

Cette histoire est aussi intéressante car on y trouve l’origine d’un des hauts lieux spirituels de notre région, l’extrémité de la pointe Tintingue.

Un espace si sacré, qu’aujourd’hui encore, nul n’oserait souiller l’endroit.

Un poteau sacrificiel s’y dresse, orné de bucranes de zébus, il s’y tient des réunions entre sorciers des fokonolonas de toute la région !

Mais je ne saurai vous dire ce qu’ils y font !

  Le conte qui suit avait été raconté spécialement pour ma fille et je garde encore en mémoire l’image de son visage attentif à chaque parole de Kakolahy Paul.

                    Un conte pour les enfants ? 

                                      Certes ! 

             Mais ne le sommes-nous pas tous resté quelque part ?

 

  



Publié à 07:25 le 2.06.2008 dans Livres Contes
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Conte n°5

Le petit moulin

Il était une fois, dans les temps anciens, il y a très longtemps déjà,

un homme qui s’appelait Randria.


Il habitait une petite maison près de l’embouchure de la rivière d’Anove, à quelques kilomètres au nord de Manompana.

Cet homme était très pauvre et avait beaucoup de mal à nourrir sa famille.

Pourtant, Randria n’était pas paresseux, il était très courageux au contraire et ne ménageait pas ses forces lorsqu’il s’occupait de sa terre.

Mais à cette époque là, les cyclones venaient régulièrement détruire les cultures et bientôt vint le moment où il ne put remplir la marmite familiale.

 

 

 

 

 

 

C’était pour lui très cruel de voir ses enfants qu’il aimait tant (il en avait sept), maigrir de jours en jours, sans se plaindre. (Ils étaient bien éduqués !)

 

 

 

 

 

Randria décida alors de se mettre en quête d’un moyen de gagner de quoi subvenir aux besoins de son foyer.

Il prit la route du nord et demanda à toutes les personnes qu’il rencontrait s’il n’y avait pas du travail.

Hélas, il rencontrait toujours la même réponse :

« Désolé, mais pour nous aussi les temps sont difficiles ! »

Il marcha longtemps et quand il fut bien fourbu il se reposa un instant au bord de la mer.

 

 

Il regardait au loin, l’esprit vagabondant sur la crête des vagues, lorsqu’il entendit une petite voix qui l’appelait :

« Randria, Randria, écoute-moi ! »

Cela était très étrange car il était seul sur la plage, aucune âme qui vive aux alentours.

Peut-être est-ce la faim qui me fait entendre des voix, se dit-il.

Et il repartit dans sa méditation.

Mais la voix l’appelait encore :

« Randria, Randria, écoute-moi ! »

Quel était ce mystère et d’où venait cette voix ?

Randria se mit à regarder attentivement autour de lui sur le sable car la petite voix semblait venir de là.

Mais il n’y avait personne, à part un coquillage étrange, aux formes biscornues, qu’il n’avait jamais vu auparavant.

 

 

Randria le ramassa et la voix se fit de nouveau entendre :

« Randria, Randria, écoute-moi ! »

La voix venait bien du coquillage !

Randria le colla tout contre son oreille et entendit ceci :

-« Randria, Zanahary a eut pitié de ta grande détresse et m’autorise à te donner une chance de te sortir de la misère qui est tienne actuellement ! »

C’était la voix de l’ancêtre protecteur de la famille de Randria qui parlait à travers le coquillage !

Randria écouta donc avec le plus grand intérêt la suite du message :

-« Je vais te donner la possibilité d’influer positivement sur ton destin. Mais cela ne sera pas facile, il te faudra beaucoup de courage et d’abnégation pour aboutir.

Il faudra que tu ailles très loin dans la forêt, en marchant toujours vers l’ouest, au bout d’une semaine de marche tu arriveras dans une clairière au centre de laquelle se trouvera une maison.

 

 

Une maison de bois, toute faite de rondins d’ébène, la plus solide des maisons de bois qu’il puisse se trouver.

C’est la demeure du Kakabe. Ce n’est pas un homme, c’est un monstre plein de poils, qui mesure au moins trois mètres et qui peut t’avaler d’une seule bouchée.

Il est le gardien des secrets de la forêt et la mort attend ceux qui osent pénétrer son territoire.

Mais, si ton cœur est pur et que ton désir de nourrir ta famille est plus grand que ta peur, alors tu frapperas à la porte du Kakabe.

Tes mains trembleront sans doute très fort à ce moment, mais il faudra te maîtriser, car le secret de cet affrontement est dans la maîtrise de soi.

Le Kakabe t’ouvrira et te demandera ce que tu viens faire, surtout ne montre pas ta peur lorsque tu le verras, reste impassible comme si c’était un humain comme toi.

Tu lui diras que tu es venu pour chercher de quoi nourrir ta famille, mais il ne te croira pas, alors il te fera souffrir mille tortures qu’il te faudra supporter sans une plainte, sans un cri.

A

u moindre gémissement, au moindre pleur, il te tuera sans pitié, mais si tu arrives à surmonter cette épreuve en silence, alors il te fera un présent qui te permettra d’être à l’abri du besoin jusqu’à la fin de tes jours.

Voilà, maintenant tu dois faire ton choix, tu connais ce qui t’attend, c’est à toi de décider de ton destin ! »

Randria ne savait que penser de cette histoire, l’idée de souffrir mille tortures ne l’enchantait guère, mais d’un autre côté, l’occasion de trouver un moyen de nourrir sa famille ne se représenterait sans doute pas de sitôt.

Alors, il se décida et sans plus tarder s’enfonça dans la forêt en direction de l’ouest.

 

 

(Il faut savoir qu’à cette époque la forêt était beaucoup plus dense qu’elle ne l’est actuellement et qu’il fallait du courage pour s’y aventurer.)

Notre ami marcha longtemps, il dut se frayer continuellement son chemin à coups de sabre et c’était très fatigant.

Il ne s’arrêta qu’à la nuit tombée, grignota quelques fruits glanés ici et là, et essaya de dormir malgré la fraîcheur de la nuit et les bruits inquiétants de la forêt.

Cela dura sept jours et sept nuits, avant qu’il ne découvre la clairière où se dressait la maison du Kakabe.

Tout le temps de la marche, Randria s’était préparé à la rencontre avec le monstre de la forêt, mais en cet instant les doutes l’assaillirent et il se demanda ce qu’il est venu faire ici.

Il resta ainsi à la lisière de la clairière un bon moment, avant de se décider à venir frapper à la porte du Kakabe.

Toc toc toc !

-« Qui est là! » Gronda une voix forte et impressionnante.

-« C’est moi, Randria ! » Articula-t-il avec peine d’une petite voix apeurée.

-« Et que veux-tu pour venir me déranger chez moi ? » Gronda à nouveau la voix de stentor.

-« Je viens chercher un moyen de nourrir ma famille ! » Répondit notre ami avec un peu plus d’assurance.

-« Ah, tu viens pour cela, alors entre si tu en as le courage ! » Dit le Kakabe.

Randria ouvrit la porte et pénètra dans l’antre du monstre.

Dès qu’il eut franchi le pas de la porte, Kakabe se saisit de lui et lui donna un grand coup de poing sur la tête, il va sans dire que notre pauvre ami tomba aussitôt sans connaissance.

Quand il se réveilla, ses pieds et ses mains étaient solidement attachées et il ne pouvait plus bouger.

Le voyant réveillé Kakabe le prit dans ses bras puissants et le déposa sur le salaze, (vous savez, la grille que l’on met au-dessus de la cheminée pour faire fumer la viande et le poisson ! C’était un salaze de Kakabe, sur lequel tiendrait facilement une demi-douzaine de personnes).

Il le déposa donc sur le salaze et lui dit :

-« Alors, comme cela tu es venu pour trouver un moyen de nourrir ta famille ?

Nous allons bien voir si tu dis la vérité !

Et prestement il alluma un grand feu sous les fesses de Randria !

On ne peut pas dire que cette situation soit enviable, c’est d’ailleurs de là que vient l’expression : « avoir chaud aux fesses ! »

Randria, malgré la chaleur grandissante, ne dit rien.

Le kakabe lui demanda encore :

-« Dis-moi pourquoi tu es venu, sinon je remets du bois sur le feu ! »

Mais notre ami lui répondait toujours qu’il était venu pour trouver un moyen de nourrir sa famille.

Alors Kakabe mit une grande brassée de bois sec et souffla de sa large poitrine velue sur le feu.

Aussitôt de longues flammes vinrent lécher les parties charnues de notre pauvre ami saucissonné sur le salaze.

La douleur était grande et une vilaine odeur de cochon grillé emplissait la maison, mais Randria serra les lèvres et ne dit rien, pas un cri, pas une plainte, même pas le plus petit gémissement.

Avant lui, nombreux furent les hommes qui vinrent chercher une solution à leurs problèmes, mais aucun d’entre eux n’avait su taire sa douleur et tous avaient été tués.

Kakabe fit durer le supplice encore un bon moment, mais quand il vit que cet homme là ne proférait pas une plainte, il l’enleva de sur le salaze et mit fin à ses tourments.

Il lui passa un onguent de sa préparation sur les fesses et aussitôt toute douleur cessa.

Il lui dit alors :

-« Beaucoup d’hommes sont venus avant toi pour la même raison, mais aucun ne sut endurer la douleur en silence, ils ont tous payé de leur vie leur échec. Toi seul a su taire ta souffrance et pour prix de cet exploit je te remets ce petit moulin.


Ce petit moulin sera ta plus grande richesse, en apparence il ne diffère pas des autres petits moulins qui servent à moudre le café, mais avec celui-ci tu obtiendras ce que tu voudras.

Car c’est un petit moulin magique, il te suffira de lui ordonner au nom de Kakabe de te donner ce que tu désires, et aussitôt tu l’auras.

Il faudra dire :

-« Petit moulin, petit moulin,

Présent du destin,

Donne-moi…

Et ce que tu auras demandé tu obtiendras. »

Randria est tout étonné de ce que lui dit Kakabe, et regarde avec circonspection ce petit moulin qui semble ordinaire.

Il demande à Kakabe :

-« Je peux faire un essai ?

Bien sûr, essaye le maintenant. »

Et Randria prononce la formule magique :

-« Petit moulin, petit moulin,

Présent du destin,

Donne-moi du riz à manger »

Et aussitôt le petit moulin se met à tourner et du riz déjà cuit s’en échappe, du bon riz bien rouge et bien assaisonné !

 

 

-« Quand tu veux faire arrêter le moulin, dit Kakabe, il faut dire :

Balimbalobozoko.

Très bien, dit Randria, il dit Balimbalobozoko et aussitôt le petit moulin s’arrêta. »

Notre ami, transporté de joie de posséder un moulin magique, remercia chaleureusement le Kakabe et ne lui tint pas rancune pour les souffrances passées.

Il était maintenant très pressé de montrer son acquisition à sa femme et courut de toute la vitesse de ses jambes dans la forêt en tenant le petit moulin serré contre son cœur.

Mais, s’il lui fallut une semaine pour faire le chemin à l’aller il mit quand même quelques jours pour s’en retourner.

Il est vrai que la joie de pouvoir satisfaire les besoins de sa famille lui donnait des ailes, et qu’il ne manquait de rien lorsqu’il s’arrêtait pour manger, car il lui suffisait de faire tourner le petit moulin pour avoir ce qu’il désirait dans l’instant.

Il arriva enfin chez lui, tout essoufflé mais rayonnant.

Il vit sa femme et ses enfants encore plus maigres que lorsqu’il les avait quittés, et son cœur se serra quand il croisa leur regard plein d’espoir.

-« Bienvenue dans ta maison ! » Lui dit sa femme en lui déroulant la natte pour qu’il s’installe.

-« As-tu trouvé quelque chose pour donner à manger aux enfants ? » Demanda t-elle d’une voix inquiète, ne le voyant rien rapporter si ce n’est un petit moulin.

-« Ne t’inquiète plus de rien ma chérie, j’ai la solution à tous nos problèmes, dorénavant nous ne manquerons plus jamais de rien.

-Que dis-tu mon mari, ne te joues pas de moi car je ne vois rien dans tes bras si ce n’est un petit moulin à café !

-C’est lui-même qui subviendra désormais à tous nos besoins.

-Que dis-tu mon mari, serais-tu devenu fou, comment veux-tu que ce petit moulin nous nourrisse ?

-Attends de voir, je vais te faire une démonstration ! »

Et sans plus tarder il mit le petit moulin au milieu de la natte et prononça la phrase magique :

-« Petit moulin, petit moulin,

Présent du destin,

Donne-moi du riz à manger. »

Et voilà le petit moulin qui se met en marche et le riz tout cuit se répand sur la natte.

 

 

La femme resta bouche-bée devant un tel prodige, mais les enfants ne se préoccupèrent pas de cela et se précipitèrent pour manger, les yeux pétillants de joie.

 

 

Quand le riz eut rempli toute la natte, Randria dit :

Balimbalobozoko, et le moulin s’arrêta.

-« Maintenant il faut un bon mets pour accompagner tout ce riz, qu’est ce qui vous ferait plaisir les enfants ! » Demanda Randria.

-« Du poulet en sauce ! Répondirent-ils en chœur. Oui, c’est du poulet en sauce que nous voulons ! »

Alors encore une fois Randria prononça la formule magique :

-« Petit moulin, petit moulin,

Présent du destin,

Donne-moi du poulet en sauce ! »

Et aussitôt du bon poulet bien cuit avec une sauce savoureuse se déversa sur le riz.

 

 

Les enfants battaient des mains, cela faisait tellement longtemps qu’ils n’avaient pas mangé à leur faim !

Les voilà maintenant avec plus de poulet qu’ils ne pourront en manger.

Voyant qu’il y a suffisamment de mets pour toute la famille, Randria dit :

Balimbalobozoko, et le moulin s’arrêta.

Toute la famille se régalait du bon repas, et on n’entendait plus un bruit, si ce n’est les mâchoires qui mastiquaient et les os de poulet qui craquaient sous les dents.

Une fois le repas terminé, tout le monde s’allongea pour faire la sieste, et bientôt les enfants s’endormirent avec des sourires sur leurs visages.

C’était le plus beau des spectacles pour notre héros, et il ne regrettait pas les souffrances endurées.

Sa femme se blottit près de lui et lui demanda :

-« Cher mari, ce moulin magique donne t-il seulement à manger, ou bien peut-il donner d’autres choses ?

-Dis-moi ce que tu désires, et je te l’obtiendrai. Répondit Randria.

-Alors, ce que je voudrai c’est une belle maison pour remplacer notre pauvre masure ! »

Aussitôt, notre ami prononça la formule magique :

-« Petit moulin, petit moulin,

Présent du destin,

Donne-moi une belle maison ! »

Et voilà qu’une magnifique maison sort du petit moulin sous les yeux médusés de l’épouse.

 

 

-« Ah!, vraiment, c’est une belle acquisition que ce petit moulin, est-ce que l’on pourrait avoir quelques poules et quelques canards pour égayer la cour ? » Demanda-t-elle encore.

Aussitôt dit, aussitôt fait :

-« Petit moulin, petit moulin,

Présent du destin,

Donne-moi des canards et des poules ! »

 

 

Et voilà que des volailles sortirent du petit moulin, il fallut d’ailleurs bientôt l’arrêter avant qu’il n’y en ait trop :

Balimbalobozoko et le petit moulin s’arrêta.

-« Il faudrait aussi une paire de zébus pour aider dans les champs ! » Demanda encore l’épouse.

Randria s’exécuta :

-« Petit moulin, petit moulin,

Présent du destin,

Donne-moi des zébus ! »

Et aussitôt apparurent des zébus magnifiques, les plus beaux, les zébus sacrés.

Un zébu, deux zébus, trois zébus….

Il y en avait maintenant tout un troupeau !

 

 

Bimbalobozoko ! Et le petit moulin s’arrêta.

Toute la journée, les uns et les autres demandèrent ce qu’ils voulaient et Randria exauça leurs vœux par l’intermédiaire du cadeau de Kakabe.

Quand la nuit s‘annonça, ils possédaient tous les biens terrestres qu’une famille riche peut espérer.

.../...à suivre


Publié à 07:15 le 2.06.2008 dans Livres Contes
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Suite....

Vous pensez bien que tous ces changements ne passèrent pas inaperçu dans le village.

Comment cette famille avait-elle pu en une seule journée obtenir tous ces biens ?

Les mauvaises langues ne tardèrent pas à parler de sorcellerie et bientôt tout le village ne parla plus que de cela !

Tant et si bien que le chef du village rassembla tout les notables :

-« Chers amis et voisins, si je vous ai réunis aujourd’hui c’est qu’il se passe quelque chose de bizarre dans la famille de Randria. Lui qui était le plus misérable de la région, voilà qu’il possède la plus belle maison, les plus belles oies, les plus beaux canards.

Ce matin même, son fils aîné est parti faire paître un troupeau de trente zébus, et des plus beaux, tous noirs avec l’œil tacheté de blanc. Vraiment, tout cela est vraiment trop étrange, il faut absolument connaître la raison d’un tel enrichissement, aussi je propose que nous allions lui en demander l’explication ! »

 

Tous les notables furent d’accord avec le chef, et se mirent en route pour se rendre au foyer de Randria, le chef en tête avec sa canne au pommeau d’argent.

Arrivés au seuil de la demeure de notre ami, ils hélèrent les occupants et demandèrent l’autorisation de rentrer.

 

 

Randria vint lui-même les inviter à pénétrer dans sa demeure et tous sont ébahis devant la magnificence des lieux.

Une fois l’étonnement passé, le chef s’adressa à Randria :

-« Voilà, si nous sommes venus à toi en telle délégation c’est que ta nouvelle situation intrigue tout le monde dans le village, aussi pour faire taire les rumeurs nous avons préféré venir te demander directement le pourquoi du comment de tout ceci ! »

Randria, qui n’avait rien à cacher, leur raconta toute son histoire.

Quand il eut fini, les regards dubitatifs que l’assemblée jetait sur lui donnaient à comprendre qu’il ne les avait pas convaincus.

Aussi décida-t-il de leur faire une démonstration.

Il demanda à son épouse de sortir la natte d’honneur pour ses invités, installa tout ce petit monde autour et déposa le petit moulin au milieu.

 

 

Puis il prononça la fameuse formule :

-« Petit moulin, petit moulin,

Présent du destin,

Donne-moi du rhum ! »

A peine avait-il fini de parler que les bouteilles de rhum sortirent du petit moulin, dix bouteilles, vingt bouteilles, cent bouteilles…

Balimbalobozoko ! Le petit moulin s’arrêta de fabriquer des bouteilles de rhum.

Difficile de vous dépeindre la stupéfaction sur les visages des notables assis autour de la natte.

Mais une fois la stupeur passée, tous, comme un seul homme, applaudirent au miracle dont ils venaient d’être témoins.

 

 

On ouvrit les bouteilles, tout le monde but, et bientôt ce fut une véritable petite fête qui se tint chez Randria, avec des chants, des blagues et bien sûr des toasts pour féliciter l’heureux propriétaire d’un tel extraordinaire petit moulin.

 

 

Après cela, tout le monde rentra chez soi et raconta à sa famille, ses proches, ses voisins, l’incroyable histoire de Randria.

Ce qui fait que bientôt, dans le village, on ne trouva pas un seul habitant qui ne soit jaloux de lui.

Car dans la cour de Randria il y avait plein de belles volailles appétissantes, alors que chez les autres il n’y en avait que très peu, et encore, de vilaines volailles avec seulement la peau et les os.

Un de ses voisins, moins timide que les autres, vint lui demander s’il n’était pas possible qu’il lui procure quelques poules pour avoir des œufs.

Randria, d’un naturel généreux, lui donna ce qu’il voulait.

Le lendemain, tout le monde se présenta à son domicile pour en avoir autant.

Randria fit tourner le petit moulin toute la journée pour satisfaire tout le monde, car il pensait qu’entre membres d’un même village il faut s’entraider.

A la tombée de la nuit tous les villageois possédaient une basse-cour considérable.

Le lendemain, le chef du village devait faire piétiner sa rizière, or il faut beaucoup de riz pour nourrir les nombreuses personnes qui viennent donner leur aide en cette occasion.

 

 

Aussi vint-il demander à Randria s’il était possible qu’il lui prête le petit moulin pour la journée.

Pas de problème ! Lui répondit Randria. Ce cadeau de Kakabe est pour tous, autant pour moi que pour ceux qui en ont besoin, voilà les mots qu’il faut prononcer pour le faire fonctionner :

-« Petit moulin, petit moulin,

Présent du destin,

Donne-moi … »

Tout ce que tu lui demanderas il te le donnera !

Et pour le faire s’arrêter, il faut dire : Balimbalobozoko !

Le chef prend le petit moulin et s’en va s’occuper de faire piétiner sa rizière qui était située à quelques kilomètres du village.

Quand il arriva, il posa le petit moulin au milieu d’une grande feuille de bananier et lui demanda de donner le riz du petit-déjeuner, celui que l’on mange avec du sucre et que l’on appelle sosoa :

-« Petit moulin, petit moulin,

Présent du destin,

Donne-moi du sosoa ! »

Et aussitôt le petit moulin se mit à tourner et déversa le sosoa dans la feuille de bananier.

Bientôt il y eut trop de riz, ça débordait de partout, il fallait arrêter le petit moulin !

Mais le chef ne se rappellait plus le mot magique ! C’est comment déjà ?

-Bombobabobarako !

Non, ce n’était pas ça, et le riz continuait à sortir du petit moulin.

-Bombolikobarabo !

Mais ce n’était pas ça encore, et maintenant le sosoa envahissait la rizière ! Vite il fallut envoyer quelqu’un pour demander à Randria le mot magique !

On demanda au coureur le plus rapide des hommes présents d’y aller !

Il courut, il courut à perdre haleine, de toute la vitesse de ses jambes et arriva enfin tout essoufflé et haletant au portail de la maison de Randria.

-« Nous ne connaissons plus le mot magique pour arrêter le moulin ! » Arriva t-il à dire.

-« Le riz envahit tout, vite dit-moi le mot pour que cela cesse ! » Ajouta t-il encore.

-Balimbalobozoko !

Le coureur répéta plusieurs fois le mot et repartit pour la rizière.

Quand il arriva toute la rizière du chef était submergée par le sosoa, on aurait dit un petit déjeuner de géant !

Le coureur prononça la formule :

-Balimbalobozoko !

Et aussitôt le petit moulin s’arrêta.

Mais quels dégâts dans la rizière du chef, il faudrait au moins une semaine de travail pour enlever tout cela !

Le chef ramena le petit moulin à son propriétaire, et jura aux grands dieux qu’il ne viendrait plus l’emprunter, car cela lui avait posé beaucoup trop de problèmes !

Un autre jour, ce furent les habitants d’Andrangazaha, le village au sud de Manompana, qui vinrent demander le petit moulin pour avoir du kitay, le bois sec pour faire cuire à manger. Car autour de leur village il n’y avait plus d’arbres, tout avait été coupé sans que personne ne pense à replanter.

 

 

Randria leur prêta de bon cœur, et leur en expliqua le fonctionnement.

Dès qu’ils arrivèrent dans leur village, ils rassemblèrent toute la population pour voir le moulin magique fonctionner et se partager le bois.

-« Petit moulin, petit moulin,

Présent du destin,

Donne-nous du kitay ! »

Et tout de suite du bon bois bien sec, qui ne fume pas sortit du petit moulin.

Les habitants battaient des mains, et commencèrent à se servir. Chacun prit le maximum qu’il pouvait porter, on en ramassa un peu partout dans le village, mais le bois continuait de sortir du petit moulin, il n’y avait maintenant plus de place il fallait l’arrêter !

On demanda au responsable de la stopper, mais celui-ci avait oublié le mot magique. Il en essaya un de mémoire :

-Bombibabobododo !

Mais ce n’était pas ça, un autre alors :

-Bomtitobololo !

Mais ce n’était toujours pas le bon mot, et le bois commençait à écraser les maisons du village tellement il y en avait.

Vite, il fallut envoyer quelqu’un demander le mot au propriétaire.

Heureusement dans le village il y avait un coureur très rapide, c’était un gars qui chassait les pintades en les coursant et en les épuisant de cette manière.

Il s’élança aussitôt, et en un temps record arriva au domicile de Randria.

-« Nous ne connaissons plus le mot pour arrêter le petit moulin, et le bois écrase toutes les maisons du village ! » Lui dit-il tout effaré.

-Balimbolobozoko ! Randria répéta plusieurs fois le mot et le chasseur aux longues jambes repartit vers son village.

Quand il arriva enfin pour stopper le petit moulin, les dégâts étaient importants dans le village, presque toutes les maisons avaient été ensevelies sous les morceaux de bois sec.

Il y en avait tellement que l’on ne reconnaissait plus rien !

-Balimbalobozoko ! Dès qu’il eut prononcé le mot le petit moulin s’arrêta.

L’emprunteur vint rendre le petit moulin à son propriétaire, et lui aussi jura aux grands dieux qu’il ne viendrait plus le demander.

Malgré ces déboires, la renommée du petit moulin traversa les mers et un jour un grand bateau vint mouiller à l’embouchure de l’Anové. (une dizaine de kilomètres au nord de Manompana)

 

 

 

Des étrangers débarquèrent et se rendirent en grande pompe au domicile de Randria.

-« Bonjour, qu’est-ce qui vous amène ? » Demanda notre ami.

-« Salutations à toi, noble possesseur du petit moulin ! » Lui répondit celui qui semblait être le chef des étrangers.

-« Nous venons de loin, de par les mers, car nous avons entendu des voyageurs parler du petit moulin que tu détiens, ainsi que de ce dont il est capable.

Dans notre pays nous manquons de sel, et nous aimerions, si cela te sied, emprunter le petit moulin afin de nous faire une réserve.

-Si vous le ramenez une fois utilisé, je ne vois pas d’inconvénient à vous le prêter, mais avant tout il faut que je demande l’avis du conseil du village.

Randria alla voir le chef, accompagné de la délégation des étrangers, et on réunit le conseil.

 

 

(Il faut vous dire que les palabres durèrent quelques jours, car la chose était nouvelle, pouvait-on croire en la parole des étrangers ?)

 

 

Le petit moulin était, au-delà même du village, un patrimoine collectif !

Finalement, la gentillesse et la générosité des villageois prirent le pas sur les hésitations. Après avoir demander aux étrangers qu’ils s’engagent sur l’honneur à restituer le petit moulin après utilisation, celui-ci leur fut confié.

-« Rappelez-vous bien les mots magiques ! » Leur dit Randria avant qu’ils n’embarquent.

Et après une salve de remerciement, le bateau disparut bientôt à l’horizon.

C’était un grand bateau, beaucoup plus grand que les plus grandes pirogues de tout Madagascar, avec trois grands mats et des voilures immenses, un navire taillé pour transporter beaucoup de marchandises.

 

Le voyage de retour dura plusieurs mois, quand les marins furent à quelques kilomètres de leur port d’attache le capitaine décida de remplir les cales de sel afin de vendre la cargaison à son arrivée avant que la population ne soit avertie de la présence du petit moulin.

Hé oui, il y a toujours des gens qui ne pensent qu’au profit !

Aussi descendit-il dans la cale et y déposa le petit moulin :

-« Petit moulin, petit moulin,

Présent du destin,

Donne-moi du sel ! »

Et aussitôt le petit moulin commença à déverser du sel dans la cale du navire.

Le capitaine exultait, quels bénéfices en perspective !

Il ne put s’empêcher de danser de joie devant le prodige qui s’accomplissait sous ses yeux.

Et le petit moulin continuait à produire du sel, maintenant la cale était presque pleine et il fallait penser à l’arrêter.

C’était quoi déjà le mot magique ?

-Bombobobobololo !

Mais ce n’était pas ça, et le sel continuait à s’accumuler.

-Bombarakabalala !

Toujours pas ça, le capitaine commençait à s’inquiéter :

-Bombikikobombilo !

Mais ce n’était pas le mot qui convenait, et la situation devenait critique, le second vint prévenir le capitaine que le bateau était près de couler, il y avait trop de poids.

Le capitaine essaya encore une fois :

-Bombiboloboroko !

 Mais il n’y avait rien à faire, il n’arrivait plus à se rappeler mot magique, et le moulin continuait inexorablement à fabriquer du sel, le poids était tellement important que l’eau menaçait maintenant de submerger le bateau !

Le capitaine dit au second d’appeler tous les hommes pour jeter le sel à la mer.

Tous les marins se mirent au travail, ils formèrent une chaîne et jetaient le sel par-dessus bord.Mais plus ils en jetaient, plus le petit moulin en fabriquait.

Cela dura un bon moment, puis les forces des hommes diminuant le petit moulin fabriquait plus de sel qu’ils n’en jetaient.

Alors, la mort dans l’âme, le capitaine fut obligé de se résigner à jeter le petit moulin à la mer sous peine d’aller rejoindre les poissons avec tout son équipage.

ILs purent rentrer sain et sauf au port avec leur cargaison, mais le petit moulin était perdu.

Et comme personne n’avait prononcé le mot magique, il continua à fabriquer du sel au fond de la mer. Et il continue encore jusqu’à maintenant.

C’est à cause du petit moulin que la mer est si salée !

Si jamais, lorsque vous vous promenez au bord de la mer, vous voyez un petit moulin qui fabrique du sel, souvenez-vous du mot magique pour l’arrêter :

Balimbolobozoko !

Ce n’est pas si difficile pourtant !

 

..../.... A SUIVRE 



Publié à 07:10 le 2.06.2008 dans Livres Contes
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Conte n°6 la Vovo Magique


Mais on rencontre d’autres choses magiques dans ces histoires, qui sont toutes vraies je vous le rappelle,

écoutez par exemple :

 

 

LA VOVO MAGIQUE

 

 

Vovo (Nasse à poisson)

 

 

I

l était une fois, il y a longtemps de cela, très longtemps même car du temps du père de mon grand-père cela faisait longtemps déjà !

Dans ces temps lointains, il y avait du côté de Vatobe ( un peu au nord de Manompana) un homme qui était très riche.

Ses richesses se comptaient en rizières, zébus, pirogues qui donnaient du poisson, en terrains plantés de bananiers, de soanambos, de cocotiers et tant et tant d’autres choses que le conteur finirait par assécher sa bouche s’il devait toutes les décrire.

Cet homme avait sept fils et sept filles, le chiffre magique que seul un homme béni de dieu peut espérer. Ces enfants savaient eux aussi produire des richesses et faisaient augmenter le patrimoine chaque jour que Zanahary fait.

Tous ses enfants sauf un, car le dernier né de cet homme comblé, n’était pas capable de ramener un ariary à la maison.

Pire encore, on l’avait vu maintes fois perdre des œufs qu’il emmenait vendre au village, ou bien des poulets, voire des canards, se faire voler sur la vente du riz familial, et on raconte même qu’une fois, il avait égaré un zébu !!!

Quand le père vint à mourir, Rakoto (c’était son nom !), en regard de son incompétence, fut mis à l’écart par le reste de la famille, et devint petit à petit plus pauvre que le dernier des pauvres.

Il vivait dans une vieille case de falafa qui ne le protégeait plus des intempéries, et dépendait des dons de ses frères pour sa nourriture quotidienne.

Ceux-ci, ayant perdu le sens de la famille à force de compter leur argent, furent bientôt las de ce fardeau et décidèrent de rejeter l’incapable aussi loin d’eux qu’il était possible.

Pour cela ils payèrent à l’ombiasa (devin), (qui lui aussi aimait les richesses), le prix des cérémonies nécessaires à un tel acte. (Car ce n’était pas quelque chose de bien, et il fallait faire en sorte de se protéger d’une éventuelle malédiction !).

D

ès que le rituel fut accompli, ils le chassèrent dans la forêt et ainsi étaient-ils désormais débarrassés de lui.

Rakoto, triste et pleurnichant, s’en fut comme ils le désiraient, sans prononcer une seule parole de reproche.

Il marcha longtemps, aussi longtemps que ses petites jambes le portèrent.

Quand il fut à bout de forces, il avisa un grand arbre et s’assit le dos contre son tronc.

Comme il était très fatigué, il ne tarda pas à s’endormir.

Pendant son sommeil il fit un rêve étrange où une voix forte et rassurante lui disait de ne pas s’inquiéter, qu’il lui suffirait de mettre sa vovo tous les soirs dans la rivière, et qu’au petit matin lorsqu’il la retirerait tout ce dont il avait besoin y serait présent.

Quand le froid du petit matin le réveilla, qu’elle ne fut pas sa surprise de trouver près de lui une vovo toute neuve, et tressée dans une écorce qu’il ne connaissait pas. Peut-être que les Razanas, les esprits protecteurs de ses ancêtres avaient eu pitié de lui et lui avaient fait ce présent ?

Il lui tardait d’être le soir afin d’essayer cette vovo qui était peut-être magique.

En attendant, ce rêve lui avait redonné du courage, et il trouva la force de se construire une petite cabane de branchages près de la rivière, ainsi que de ramasser des fruits afin d’apaiser sa faim. Tout ceci l’occupa toute la journée, et le crépuscule le surprit sans qu’il sache ce qu’il désirait le plus, aussi s’assit-il un instant sur la berge, sa vovo tendrement serrée dans ses bras et se mit à réfléchir.

Finalement il se dit que ce dont il avait le plus besoin c’était d’une marmite, avec laquelle il pourrait se préparer à manger.

Aussi mit-il la vovo à l’eau, en prononçant cette phrase :

- « Oh, vovo qui est mienne, donne-moi une marmite ! »

Le lendemain, dès que le soleil fut levé, il remonta la vovo et y trouva la marmite demandée.

Sa joie fut bien grande, lui qui n’avait jamais rien réussi, voilà qu’il lui suffisait de mettre sa vovo à l’eau et son souhait était réalisé.

La journée passa bien vite, et à la tombée du jour il remit sa vovo à l’eau en demandant :

- « Oh, vovo qui est mienne, donne-moi du riz ! »

Et le lendemain, lorsqu’il remonta la vovo, elle était pleine de riz.

Le jour suivant il demanda une natte, puis après un bol, et encore une cuillère, et bientôt sa petite cabane fut entièrement équipée.

E

nsuite il demanda une poule et la vovo la lui apporta. Le lendemain ce fut un coq, le surlendemain un canard, et après une oie, et même un zébu.

À chaque fois la vovo lui donnait ce qu’il avait demandé.

Au bout de quelque temps il se sentit seul et un jour tout tremblant il mit sa vovo à l’eau en disant :

- « Oh, vovo qui est mienne, donne-moi une femme qui soit gentille et qui m’aime ! »

Et le lendemain, lorsqu’il remonta sa vovo, une adorable jeune femme lui prit la main et lui dit qu’elle l’aimait.

C’était vraiment une vovo magique qui était capable d’exaucer tous les vœux qu’il soit possible de formuler.

Ensuite, il demanda à la vovo des amis pour partager son bonheur, et bientôt ce fut un village entier qui se construisit près de la rivière.

Et c’était lui, Rakoto l’incapable, qui en était le chef.

La richesse de ce village devint bientôt connue dans toute la région, et lorsque ses frères et ses sœurs apprirent qui en était le chef, ils décidèrent de venir lui rendre visite.

Quand sa femme apprit la nouvelle de la visite de sa famille, elle s’empressa de le prendre en aparté et de lui dire ceci :

- « Oh toi mon aimé, ne révèle jamais à quiconque que c’est ta vovo qui m’a fait venir ici. C’est un secret, un tabou qu’il ne faut pas transgresser sinon je disparaîtrai à jamais ! »

Rakoto lui promit de ne rien dire, et il tiendrait parole car il ne souhaitait pas voir sa tendre épouse disparaître.

Vint le jour de la visite de ses frères et de ses sœurs, qui arrivèrent plein de joie pour faire la fête. Ils avaient apporté du betsa-betsa ainsi que du rhum, et burent tous ensemble dans une atmosphère de joie et de retrouvailles. Rakoto était très content de revoir ses frères et sœurs et ne leur tenait pas rancune de la conduite qu’ils avaient eue auparavant.

Quand ceux-ci le virent joyeux et un peu saoul, ils le questionnèrent mine de rien :

- « Hé, dis-nous petit frère, comment as-tu acquis toutes ces richesses. Ces volailles si nombreuses qu’il est impossible de les compter, ces immenses champs de riz qui croissent à perte de vue, ces magnifiques zébus si gras et forts ?

- « Ah mes frères, en vérité, c’est Zanahary qui me l’a donné ! » Répondit-il sans dévoiler son secret.



Publié à 07:05 le 2.06.2008 dans Livres Contes
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Suite....

S

es frères et sœurs furent quelque peu dépités de la réponse mais n’insistèrent pas afin de ne point éveiller de soupçons dans l’esprit de leur benjamin.

Ils s’en retournèrent dans leurs demeures respectives après force démonstration d’affection envers leur frère.

Mais, sur le chemin du retour, ils discutaient entre-eux et se disaient qu’il devait fatalement posséder quelque chose de magique qui l’avait aidé à se procurer toutes ces richesses !

Aussi, décidèrent-ils de revenir le voir et d’essayer par tous les moyens de lui tirer les vers du nez. Ils se donnèrent rendez-vous pour le dimanche suivant et rentrèrent chez-eux.

Quand le dimanche fut arrivé, Rakoto vit revenir ses frères et ses sœurs qui le saoulèrent allègrement, car cette fois-ci ils avaient apporté deux fois plus de rhum et de betsa que lors de la première visite.

Quand ils le virent bien gai, chantant à travers le village, ils l’interrogèrent de nouveau :

- « Hé, petit frère, dis-nous comment tu as pu construire autant de cases si belles, nous n’en avions jamais vu de pareilles auparavant ? »

- « Ah, mes frères, en vérité vous pouvez me croire, c’est Zanahary, qui m’a fait cadeau de tout cela ! »

Une fois de plus, Rakoto avait su garder le secret, malgré les vapeurs d’alcool qui embrumaient son esprit.

Ses frères et sœurs s’en retournèrent encore une fois déçus, mais ne se tinrent point pour perdants définitivement et se donnèrent rendez-vous pour le dimanche suivant.

Cette-fois, ils emmèneraient un groupe de musiciens, les meilleurs de la région, pour que la fête soit plus grande encore, et aussi beaucoup plus de boisson.

C’est ainsi que le dimanche venu, petit frère vit de nouveau sa famille arriver en fanfare.

Ils n’avaient pas lésiné sur la boisson, on parle de six bidons de betsa, de cent litres de rhum et encore deux ou trois caisses de vin.

De quoi saouler tout le village !

Quand la fête fut à son paroxysme, ils interrogèrent de nouveau Rakoto :

- « Hé Petit frère, dis-nous comment tu as pu meubler ta case de toutes ces belles choses, jamais auparavant nous n’avions vu tant de nattes moelleuses, de chaises confortables et de tables finement sculptées ! »

Et Rakoto répondit :

- « En vérité mes chers frères, tout cela, c’est Zanahary qui me l’a donné ! »

Encore une fois, Rakoto avait su tenir sa langue, ses frères et ses sœurs s’en retournèrent plus dépités que jamais, surtout que toutes ces libations coûtaient cher !

Aussi, sur le chemin du retour, décidèrent-ils de tenter une dernière fois leur chance le dimanche suivant, cette fois ils feraient en sorte de le faire parler.

Et pour ce faire, ils firent les choses en grand, ce n’est pas moins de deux cents litres de rhum, mille litres de betsa et trois barriques de vin qui furent acheminé à dos d’homme jusqu’au village de Rakoto.

Ce fut vraiment une fête mémorable, durant trois jours et trois nuits ce ne fut que chants et danses, car les musiciens n’avaient pas été oubliés.

Au petit matin du quatrième jour, lorsque le raisonnement du benjamin fut complètement occulté par l’alcool, ses frères et sœurs lui demandèrent :

- «Hé, Petit frère, dis-nous d’où te viennent toutes ces marmites qui trônent dans ta cuisine, elles brillent tant que l’on dirait de l’or ! »

Et pour son grand malheur, ne se contrôlant plus, le petit dernier leur répondit :

- « En vérité je vous le dis, c’est une vovo magique qui m’a donné tout cela, le soir je la mets dans la rivière et le lendemain lorsque je la retire, elle contient ce que j’ai demandé ! »

Pauvre Rakoto, il avait tant bu qu’il venait de dévoiler son secret sans s’en rendre compte.

Ensuite, vaincu par l’alcool, il s’endormit comme une masse.

Dès qu’il fut endormi, ses frères et sœurs s’emparèrent de la vovo et l’emmenèrent avec eux.

Tout cela pour rien d’ailleurs, car la vovo n’était magique que pour leur petit frère, mais cela ils ne le savaient pas. Ils eurent beau la plonger mainte et maintes fois dans la rivière qui traversait leur village, jamais elle ne leur donna le moindre petit cadeau.

Quant à Rakoto, à son réveil, tout avait disparu, plus de village, plus d’amis, plus de volailles et de zébus, et surtout plus de femme aimante et tendre.

Les oiseaux perchés en haut des arbres virent le triste spectacle de notre ami errant comme une âme en peine au milieu de ce qui avait été un village prospère et heureux et qui n’était plus maintenant qu’un espace désert de terre battue.

S

on hébétude fut grande et dura longtemps, quel choc de se retrouver de nouveau sans rien, plus pauvre que le dernier des pauvres, quand on a connu l’opulence et le bonheur de la présence d’une épouse attentionnée. Ce n’est que plusieurs jours plus tard, lorsque survint une forte pluie, que Rakoto sortit de sa torpeur.

Il s’abrita sous un arbre aux larges feuilles et réfléchit à ce qui venait de lui arriver. Il comprit qu’en révélant le secret à sa famille il avait rompu le charme et se rappela ce que sa femme lui avait dit : Qu’elle disparaîtrait à jamais !

Il ne pouvait accepter de vivre le restant de ses jours sans la douce présence de son aimée à ses côtés et décida d’aller demander conseil au sorcier de son ancien village.

C’était un vieil homme dont personne ne connaissait l’âge car même les plus anciens l’avaient toujours connu vieux. Il habitait dans une modeste maison à la lisière de la forêt et connaissait le secret des plantes qui guérissent. Il était aussi capable de lire l’avenir et communiquait parfois avec les esprits.

Il était sûrement le seul qui pourrait faire quelque chose si cela était encore possible !

Rakoto se mit aussitôt en route, il espérait de tout son cœur que le vieux sorcier puisse lui faire retrouver son épouse ! Tout le reste lui importait peu, il trouverait le courage de tout reconstruire, de tout replanter si celle qu’il aimait était à ses côtés !

Arrivé au seuil de la maison du vieil homme, il appela doucement :

- « Hé, grand-père êtes- vous là ?

- Oui, je suis là, et qui me demande ?

- C‘est Rakoto, et j’ai grand besoin d’aide !

- Alors entre mon enfant, et raconte-moi tes malheurs ! »

Rakoto lui raconta toute son histoire.

Le vieux sorcier le laissa terminer, mais il la connaissait déjà, car les Razanas lui avaient tout raconté.

-« Rakoto, tout n’est pas perdu ! Lui dit-il.

- Je sais où se trouve ta femme en ce moment, et si tu veux bien suivre les conseils que je vais te donner, tu peux encore la retrouver ! »

Rakoto ouvrit grand ses oreilles et écouta ce que lui disait le vieux sorcier :

-« Tu vas prendre ce sentier qui va vers l’ouest, et sans jamais le quitter tu marcheras jusqu’à ce que tu rencontres une rivière. Cette rivière est pleine de crocodiles qui n’attendent que l’imprudent pour en faire leur déjeuner. Pour traverser cette rivière il y a deux pirogues.

L

’une d’elle est toute neuve, grande et spacieuse, munie de belles pagaies. L’autre est toute petite, mal taillée et pleine de fissures, un morceau de branche de cocotier fait office de pagaie. Il faudra que tu emprunte la petite pour traverser la rivière. Soit bien attentif à ce que je te dis, tu traverseras la rivière sans te préoccuper des crocodiles qui viendront nager près de toi, tant que tu feras ce que je t’explique maintenant rien de mal ne pourra t’arriver. Et n’oublies pas de prendre de quoi écoper car cette embarcation fuit de toutes parts, tu as bien compris ? Bon, une fois la rivière franchie, tu continueras ta route en suivant le sentier. Il sera bordé d’arbres magnifiques chargés des plus beaux fruits que l’on puisse imaginer, des mangues, des letchis, des oranges, des goyaves ainsi que des bananes et des ananas à profusion. Tous ces fruits seront mûrs à souhait sauf quelques-uns uns qui seront à moitié verts. Si tu as faim ce sont les moitié verts que tu dois manger, écoutes-bien ce que je te dis car c’est très important: ce que tu recherches est un bien très précieux c’est pour cela que l’on attend de toi obéissance et contrition.

Un peu plus loin, le sentier passera à travers un champ rempli de zébus impressionnants de force qui te sembleront prêts à te piétiner sauvagement. Il ne faudra pas contourner cet obstacle, il te faudra traverser le champ en marchant d’un pas tranquille, sans courir. Si tu fais ce que je t’indique rien de mauvais ne pourra t’arriver. On te demande d’avoir une confiance absolue et de dominer ta peur !

Un peu plus loin le sentier s’engouffrera dans la forêt, elle sera si dense que tu auras l’impression d’étouffer.

Les arbres immenses sembleront murmurer autour de toi et tu ne verras plus la lumière du soleil. Il faudra continuer à marcher droit devant toi en regardant tes pieds et rien de mauvais ne pourra t’arriver. Dans l’obscurité de la forêt c’est la force de ton amour qui illuminera ta route !

Au bout du sentier il y aura une clairière, au milieu de laquelle tu verras quelques maisons. Tu seras près de ton but mais une horde de chiens enragés bondira à ta rencontre. Il ne faudra pas céder à la panique sinon ils te dévoreront, tu resteras immobile au milieu du chemin et lorsqu’ils seront devant toi tu leur diras seulement : « couchés, les chiens, couchés ! » Et ils te laisseront passer. Encore une fois on fera appel à ta maîtrise de soi, car l’objet de ta quête est très important et demande beaucoup de courage !

Ensuite tu suivras les chiens qui t’emmèneront à une maison.

La porte sera ouverte, tu y entreras.

S

ept personnes seront assises autour d’une grande table chargée des mets les plus fins qu’il soit possible de déguster. Il restera une place libre, la place du maître de maison, une magnifique chaise en bois de rose finement sculptée. Les habitants te proposeront de t’y asseoir, mais il te faudra refuser. Tu préfèreras t’asseoir par terre sur une natte.

Chaque fois que l’on te proposera quelque chose d’exceptionnel, il faudra toujours refuser et choisir ce qu’il y a de plus modeste. Si tu agis ainsi, peut-être retrouveras-tu l’objet de ton amour ! »

Rakoto remercia le vieil homme pour tous ses bons conseils et sans plus attendre se mit en route.

Quand il arriva à la rivière, il y avait bien deux pirogues, une grande et une petite. Il emprunta la petite comme le vieux sorcier le lui avait indiqué et traversa sans encombre non sans avoir beaucoup écopé. Il mangea une banane encore verte pour apaiser sa faim, n’eut pas peur des zébus, son amour éclaira le sentier dans l’obscure forêt, les chiens se couchèrent à ses pieds et il fut bientôt devant la maison comme le lui avait prédit le vieux sorcier.

Il frappa à la porte et on lui dit d’entrer, les occupants lui proposèrent de s’asseoir sur la chaise en bois de rose sculpté.

Mais Rakoto refusa poliment et demanda à s’installer sur la natte avec les enfants.

Il refusa encore lorsqu’on lui proposa les plats de fête au fumet odorant et se contenta de manger du riz et des brèdes. Une fois qu’il fut restauré, on lui montra sa chambre avec un grand lit tout moelleux garni de draps de soie. Mais une fois encore Rakoto refusa et alla se coucher sur un goni rempli de kapok.

Le lendemain, il se leva à l’aube et se rendit dans la cour pour se débarbouiller. Une jeune femme magnifique aux longs cheveux dorés se présenta avec une bassine d’eau chaude et se proposa pour le laver. Rakoto refusa encore et se lava à l’eau froide de la rivière. Quand il revint à la maison le conseil familial était réuni. Celui qui semblait être le chef de famille lui tint ce propos :

-« Nous savons qui tu es et ce qui t’amène ici. Ton cœur est sûrement sincère pour être arrivé jusqu’à nous et nous ne doutons point de ton amour pour notre fille. Mais ta faute est grande et il te faudra encore la chercher dans le village. Elle t’attend dans une de ces maisons, impatiente de te serrer à nouveau dans ses bras. Il te suffira de pousser la porte pour qu’elle te soit rendue, mais tu ne pourras en ouvrir qu’une. Si ce n’est pas la bonne, ton épouse sera perdue définitivement. C’est la dernière épreuve, fais bien attention ! »

R

akoto se mit aussitôt en quête de sa belle, mais toutes les maisons du village étaient identiques, ainsi que toutes les portes, comment pourrait-il savoir quelle maison choisir ?

Il réfléchit pendant quelque temps, puis se dit qu’il ferait mieux de retourner demander conseil au vieux sorcier qui avait su si bien le guider jusqu’ici.

Il fit donc le trajet en sens inverse, aussi vite que ses jambes lui en donnaient la possibilité et arriva enfin chez le vieil homme plein de savoir.

-« Grand-père, aide-moi, j’ai fait tout ce que tu m’as dit, mais maintenant je ne sais comment trouver la maison où m’attend ma tendre et douce aimée !

-Ne t’inquiète pas, Rakoto, pour te guider tu vas demander l’aide d’un oiseau. Si ton cœur est sincère il y a fort à parier qu’il s’en trouvera un pour t’aider !

-Mais comment demander cela à un oiseau ? Dit Rakoto en pleurnichant.

-Ah, cesse de pleurnicher et débrouille-toi tout seul, ce que tu cherches demande de l’initiative et je ne t’en ai que trop dit ! » Lui rétorqua le vieux sorcier d’une voix qui ne souffrait plus aucune autre question.

Rakoto s’en fut la tête basse, ne sachant trop que faire. Demander l’aide d’un oiseau ! Bien plus facile à dire qu’à faire !

Il était perdu dans ses réflexions lorsqu’il entendit au-dessus de lui le cri d’un perroquet : « Kraar, Kraar ».

Rakoto leva les yeux et vit, confortablement installé sur la grosse branche d’un letchi, un grand perroquet Vasa qui semblait le regarder en riant.

-« Hé, monsieur perroquet, ne pouvez-vous m’aider à retrouver celle que j’aime, ma douce et tendre épouse par ma faute perdue ? »

-Et pourquoi devrai-je t’aider ? N’est-ce point dans vos habitudes de nous tuer pour nous manger ? » Et le grand perroquet à ces mots s’envola en se moquant : « Kraar, Kraar »

Tant pis, ce ne serait pas le perroquet qui l’aiderait dans sa quête.

Rakoto continua à marcher et entendit un canard sauvage qui volait au-dessus d’un champ de riz : « Tsiriri, tsiriri »

-« Hé, monsieur canard, ne pouvez-vous m’aider à retrouver celle que j’aime, ma douce et tendre épouse par ma faute perdue ? »

Sans daigner se poser le canard lui répondit :

-« Et pourquoi devrai-je t’aider, n’est-ce pas dans vos habitudes de nous jeter des pierres lorsque nous venons manger quelques grains de riz ? »

Et il s’éloigna à tire d’ailes : « Tsiriri, tsiriri »

Non, ce ne serait pas le canard sauvage qui l’aiderait dans sa recherche.

Rakoto continua son chemin de plus en plus dépité et entendit le cri d’un aigle : « Ki-ouu, ki-ouu ». Il leva les yeux et vit un majestueux aigle-pécheur qui tournait au-dessus de lui.

Rakoto mit ses mains en porte-voix et lui cria :

-« Hé, monseigneur l’aigle, ne pouvez-vous m’aider à retrouver celle que j’aime, ma douce et tendre épouse par ma faute perdue ? »

L’aigle sembla hésiter un instant, suspendant son vol en équilibre sur l’air, puis descendit se poser près de notre ami :

-« Et pourquoi devrais-je t’aider, n’est-ce point dans l’habitude de tes semblables de venir jusque dans mon repaire pour dénicher mes œufs ? »

Mais, avant qu’il ne reprenne son envol, Rakoto lui fit cette proposition :

-« Roi des oiseaux, si tu m’aides à retrouver mon aimée, je te fais le serment que jamais plus de mon vivant et de ma descendance ton repaire ne sera troublé ! »

L’aigle réfléchit un instant, scruta de ses yeux perçants l’âme de Rakoto, et finit par accepter le pacte.

-« Suis-moi, je vais te montrer où elle se trouve ! »

Et d’un coup d’aile puissant il s’éleva dans les airs. Rakoto, quant-à-lui, devait courir de toute la force de ses petites jambes pour ne pas être distancé.

Essayez-donc de suivre un aigle à la course et vous verrez !

Malgré tout, notre ami arriva bientôt devant la maison sur le toit de laquelle l’aigle l’attendait.

-« Voilà, c’est ici que t’attend ton aimée, j’ai rempli ma part du pacte, n’oublie pas la tienne ! » Et, sans attendre de réponse, le puissant oiseau disparut rapidement dans le ciel !

Notre ami, tremblant d’émotion, frappa à la porte :

“ Toc, toc, toc! ”

À sa grande joie, ce fut sa femme qui vint lui ouvrir et l’accueillit dans ses bras avec un grand sourire.

Le vieux sorcier avait bien dit la vérité.

Pendant que les deux amoureux s’embrassaient tendrement, le beau-père vint les voir et dit à Rakoto:

-« Maintenant que tu as retrouvé ta femme, emmène-la, reconstruisez votre vie, soyez heureux tous les deux et ayez sept fils et sept filles ! »

Ils s’en retournèrent la main dans la main, et avec la seule force de leur amour récupérèrent ce qu’ils avaient perdu. D’abord une maison, puis un champ de riz, suivirent les volailles et les zébus, et bientôt de nouveau tout un village prospère et harmonieux.

En ce qui concerne le serment fait à l’aigle, Rakoto tint parole et, dans la région de Manompana, jusqu’à nos jours nul n’est autorisé à venir troubler la quiétude de l’aigle pécheur.

Pour ce qui est de nos deux amoureux, c’est avec une grande joie qu’ils reprirent leur vie d’avant.

Car on apprécie mieux les choses quand elles nous ont manqué !

Cela aurait pu être la fin de l’histoire si les frères et sœurs de Rakoto n’étaient revenus pour encore le questionner :

-« Hé, petit frère, dis-nous comment tu as pu obtenir tout ce qui est ici, toutes ces richesses dont on parle dans la région ?

Cette fois-ci Rakoto leur répondit :

-« En vérité je vous le dis, si vous désirez vraiment le savoir allez rendre visite au vieux sorcier de votre village, il vous dira tout ! »

Aussitôt, les frères et les sœurs partirent voir le vieux sorcier et lui demandèrent ce qu’il fallait faire pour obtenir toutes les richesses dont leur frère avait bénéficié.

-« Qu’avez-vous besoin de demander plus que ce que vous possédez déjà ? Grogna le vieil-homme. Pourquoi jalouser votre frère alors qu’il vous suffit de faire prospérer vos terres ? »

Mais les frères et sœurs de Rakoto ne l’entendaient pas de cette oreille, ils argumentèrent chacun tant et tant, que pour en être débarrassé le vieil homme leur expliqua ce qu’il fallait faire. Il leur donna les mêmes conseils et les mêmes avertissements qu’il avait prodigués à Rakoto.

L’histoire des deux pirogues, des fruits qu’il fallait bien choisir, des zébus, des chiens, sans oublier la phrase destinée aux ossements.

Dès qu’il eut fini, les frères et sœurs se mirent en route sans même l’avoir remercié.

Quand ils arrivèrent à la rivière, ils regardèrent les deux pirogues et dirent :

-« Pourquoi irions-nous prendre la petite pirogue qui prend l’eau, alors qu’il y a la grande toute neuve à côté qui semble très solide ?

Et ils traversèrent la rivière avec la grande pirogue.

Ensuite, en voyant les arbres chargés de fruits appétissants ils dirent :

-« Pourquoi ne mangerions-nous pas ces magnifiques bananes, ces gros letchis et ces oranges juteuses ? Faudrait-il que nous choisissions ceux qui sont encore verts ?

Et ils se régalèrent des plus beaux fruits.

Quand ils furent en vue des zébus impressionnants et agressifs, ils eurent peur et dirent :

-« Pourquoi irions nous risquer notre vie en marchant au milieu d’un tel troupeau ? Devrions-nous avoir confiance dans les paroles d’un vieux fou ? »

Et ils firent un détour de plusieurs kilomètres pour les éviter.

Quand ils arrivèrent dans la forêt ténébreuse ils ne purent trouver dans leur cœur la moindre petite flamme d’amour pour les guider ! Ils durent marcher à l’aveuglette et se cognèrent à tous les arbres qui bordaient le sentier.

Un peu plus loin, lorsque les chiens les poursuivirent en aboyant, ils coururent encore plus vite et grimpèrent dans un arbre pour leur échapper..

C’est là que les villageois vinrent les chercher pour les emmener dans la maison aux chaises en bois de rose sculpté.

Dès qu’ils furent entrés, on leur proposa les fameuses chaises pour qu’ils s’asseyent.

Les frères et sœurs, n’en faisant toujours qu’à leur tête, s’y installèrent avec satisfaction.

Les habitants leur offrirent ensuite un repas princier, avec les mets les plus rares et les boissons les plus fines qu’il était possible de trouver dans la région.

Les frères et sœurs ne se firent pas prier pour faire honneur à toute cette bonne chère.

Ils mangèrent, burent, rirent fort et se tapaient mutuellement sur les épaules en disant :

-« Nous serions bien bêtes de ne pas profiter de tout cela ! »

Une fois le repas fini, on les conduisit dans les magnifiques chambres à coucher avec les lits moelleux parés de draps de soie.

Ils se jetèrent sans attendre sur les lits et s’endormirent rapidement, l’estomac rempli de toutes les bonnes choses qu’ils venaient d’ingurgiter.

Au chant du coq, alors qu’ils dormaient encore d’un sommeil profond, les habitants vinrent les réveiller à coups de pieds en disant :

-« Debout les chiens, quittez cette maison, c’est la poussière des chemins votre demeure maintenant ! »

l

es frères et les sœurs de Rakoto voulurent se plaindre d’un tel traitement et dire qu’ils étaient venus chercher les richesses qui avaient été offertes à leur petit frère.

Mais ils ne pouvaient plus parler, ils avaient bel et bien été transformés en chiens et seuls des gémissements apeurés s’échappaient de leurs lèvres.

Ils s’enfuirent sous les coups de pieds que leur prodiguaient allègrement les gens de la maison. Ensuite ils durent s’enfuir encore sous les pierres et les quolibets que leur lançaient les villageois.

Ils s’enfuirent et vinrent se réfugier dans le village de leur frère.

Ce même frère qu’ils avaient chassé de leur village, ce frère qu’ils avaient condamné à l’exil parce qu’il ne savait pas gagner de l’argent.

C’est donc auprès de lui qu’ils vinrent chercher refuge.

La femme de Rakoto, voyant cette meute de chiens errants la queue basse, reconnut les frères et sœurs de son époux.

Elle appela celui-ci et lui dit :

-« Regarde ces bêtes qui gémissent à mes pieds, ce sont tes frères et tes soeurs qui ont été transformés en chiens ! »

Hé oui, ils n’avaient pas appliqué les directives du vieux sorcier. Alors que l’on attendait d’eux humilité et obéissance, ils n’avaient été qu’orgueil et vanité. Impossible de déceler dans leurs cœurs pourris de jalousie la moindre petite parcelle d’amour.

C’est pourquoi Zanahary les avait transformés en chiens.

Leur ultime chance dans leur malheur c’est que Rakoto eut pitié d’eux et les garda auprès de lui. Malgré tout le mal qu’ils lui avaient fait, il n’était pas homme à garder rancune de sa propre famille.

C

’est l’amour de son prochain qui fait de nous des êtres accomplis.



Publié à 07:00 le 2.06.2008 dans Livres Contes
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