Madagascar, l'Île Continent

Newsletter

Saisissez votre adresse email


Un petit clic, détacher et redémarrer le player si vous changez de page

drapeau-anglais.png

Menu

Qui suis-je ?
Livre d'or

Rubriques

accueil
Actions Projets pour Mada
Carnet de Route N°5 et N°6 (en cours)
Carnet de Route N°1
Carnet de Route N°2
Carnet de Route N°3
Carnet de Route N°4
Conseils et Bons plans
Cyclone Yvan
Decouverte du pays Videos
Diaporama
Faune et Flore
Musique Contes
Peuple et Coutumes
Sante et conseils

Mes voyages

Afrique du Sud
Swaziland
Ile Maurice (à venir)
Ile de la Réunion


Avant de Partir

Aventure du bout du Monde
Tourisme Madagascar
Will go to
Tourisme Toamasina
Le voyageur
Dictionnaire
Météo à Mada
Un peu de tout
Banque Centrale
Parcs Nationaux
Billets d'avion
Cours de malgache
Chauffeur guide
Informations cycloniques
Alefa Madagascar
Musique Madagascar
Questions diverses
Sainte-Marie Rando
Canal des Pangalanes
Villa Soava Dia - Tana
Sauver le Canal
Les Hauts plateaux

Forums

Voyages et Partages
Madaland
Lonely planet
Voyage forum
e-voyageur

Actualités

L'express de Madagascar
Madagascar Tribune
Les nouvelles
Actualités-MadaPlus
Madagascan

Blogs - Sites

Carnets de vadrouilleurs
Les Marmots à Mada
Madagascar et le Grand Sud
Madagascar l'Île émotion
Madagascar la belle
L'Odyssée de Tattum
Mada ma passion
Huiles essentielles
Lété Tan Jeremy et Nolwenn
Sainte-Marie
le monde agit
De Faux Cap à Lavanono
Yamasseki
André Castelli Madagascar
PositiveMada

Associations

Les amis de Manompana
La forêt d'Ambodiriana
Le village de la joie
Association ASA
Solmada
ACP-Artémisia contre paludisme
Urgence Palu
Fanevanoo
Marmaille la case
Ong-Oh-Madagascar
Amadea
Coeur et Conscience
Les enfants du Soleil
Akamasoa
Fazasoma
Malagasy35
Domino Madagascar

Météo Tamatave

Click for Tamatave, Madagascar Forecast









Cliquez pour visiter 123madagascar, annuaire et moteur de recherché dédié à Madagascar

Annuaire Malgache974


Conte et tradition orale

À Madagascar,

les légendes des anciens racontent l'histoire de l'île.

Les contes, "c'est l'héritage des oreilles"...

 

 

 

 

Les Angano ou contes font partie du trésor culturel malagasy,

c'est un patrimoine culturel.

Ils ont un pouvoir merveilleux et une vertu magique qui attire tous les enfants.

Leur réciter un conte étaient pour les parents

un des moyens de les éduquer et

de leurs transmettre des leçons.

Ainsi toute la famille

se réunissait habituellement après le repas du soir.

Nombreux sont les Contes que les Ancêtres (Razanas) ont laissés.

 

J'ai eu la chance, lors de mon dernier voyage à Madagascar,

de faire une trés belle rencontre.

J'ai rencontré un homme,

le Gardien de la Pointe Mahela, petit sanctuaire préservé de la côte Est de Madagascar

qui a eu l'idée lumineuse de mettre par écrit les contes de cette jolie Baie.

Je vous invite donc à un voyage à travers les contes et les légendes de la Baie de Tintingue, un périple entre le réel et l'imaginaire.

Une vision teintée d'humour et de tendresse qui prend le parti de la tradition orale pour raconter et découvrir la Culture Malgache.

 

Vous êtes bien installés ???
Alors écoutons la Gardien de la Pointe mahela et
en route pour les contes de la Baie de Tintingue.
Auteur Pascal Bouër

Tonga soa,

 

C’est par cette formule malgache de bienvenue que je vous invite à pénétrer le monde magique du pays des ancêtres.

Et plus particulièrement un petit coin de paradis situé à quelques encablures de l’île Sainte- Marie, la baie de Tintingue.

Mon grand-père, N’guéta Paul, dans son village de Manompana, était le détenteur des secrets des plantes qui guérissent.

Il était celui qui communique avec les Razanas, les esprits des personnes du clan qui continuent à vivre après leur mort auprès de Zanahary, le créateur.

Un créateur omniprésent, chaleureux et toujours enclin à pardonner à ses enfants leurs multiples erreurs et écarts de conduite.

N’guéta Paul connaissait aussi l’origine des Fadys,

les interdits qui jalonnent les rapports des gens entre-eux.

J’aimai aller le voir dans sa petite case de falafa et de ravimpotsy, qui sont les tiges et les feuilles du Ravinala, l’arbre du voyageur.

Il vivait simplement, entouré de quelques poules, attendant qu’on vienne le consulter.

Il jetait alors sur une natte des graines, polies par l’usage,

et indiquait ce qu’il convenait de faire ou ne pas faire.

Garant de l’unité du groupe il pouvait résoudre tous les conflits par des cérémonies sacrificatoires, avec lui rien qui ne soit insoluble.

Selon la gravité du problème l’animal expiatoire allait du poulet au zébu.

Je vous parle en connaissance de cause, car pour lever un fady dans ma famille cela me coûta deux zébus !

J’aimai aller le voir pour le faire parler, car c’était un conteur magnifique.

Après chaque visite, je me disais qu’il faudrait l’enregistrer, son âge avancé pouvant faire craindre que ses histoires ne disparaissent avec lui.

Car, si la vie est encore la même qu’il y a mille ans dans les petits villages de brousse,

les mentalités commencent à changer et

il n’avait, malheureusement, pas trouvé quelqu’un à qui transmettre son savoir.

 

Et, un jour j’appris la triste nouvelle, mon vieux grand-père préféré était parti rejoindre les Razanas de la tribu.

Un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle !

C’est pourquoi j’ai décidé de mettre par écrit, et de mémoire, les histoires qu’il me racontait.

Je vous demande d’être indulgents car je ne saurai retranscrire la mélodie de ses phrases ni le rythme de ses intonations,

mais j’ai fait tout mon possible pour que l’essence même des histoires soit intacte.

Je me suis peut-être permis quelques rajouts personnels, mais n’est-ce pas là le privilège du conteur !

Pour le plaisir de l’oreille il faut que je précise que le (o) se prononce (ou) en malgache et que la dernière syllabe est souvent élidée, ainsi Manompana doit s’entendre Manoumpane.

Kakolahy se prononce Kakoula.

Kakolahy veut dire grand-père en malgache,

alors laissons parler Kakolahy Paul !




Publié à 08:00 le 2.06.2008 dans Musique Contes
Commentaires (0) | Ajouter un commentaire | Lien


Au commencement il n’y avait que le Aina, le souffle de vie.

Il n’y avait pas de jour, seulement la nuit.

Une nuit sans étoiles, froide et inhospitalière.

Le Aina prit conscience de son existence et devint Zanahary.

Zanahary, le créateur, car il commença à remplir le vide.

Son premier cri engendra une boule de feu qui illumina les ténèbres.

C’était le soleil et son rayonnement était aussi Aina, souffle de vie.

Le créateur frappa dans ses mains et il y eut la terre ainsi qu’une entité pour l’habiter : Rakotovoana la déesse.

 

Rakotovoana était seule,

il n’y avait aucun être vivant autour d’elle et elle s’ennuyait.

 

Elle, qui habitait les entrailles brûlantes de la terre,
sortit à l’air libre pour tromper son ennui.

 

Il n’y avait rien d’autre que de la terre, alors pour s’occuper, elle prit de l’argile rouge et fabriqua des petites figurines avec un corps, une tête et quatre membres.

 

Puis elle monta au sommet de la plus haute des montagnes pour les faire sécher.

C’est là qu’elle fut surprise par Zanahary !

 

Zanahary était masculin, et Rakotovoana était féminin.

 

Le masculin, dans sa fougueuse vitalité, voulut se mélanger avec le féminin.

 

Il lui dit :

« Je suis Zanahary le créateur de toute vie, viens avec moi et unissons-nous ! »

 

Mais Rakotovoana ne l’entendait pas ainsi,

elle voulait avoir la preuve de ce qu’il avançait.

 

Aussi lui répondit-elle : « Si tu es celui que tu prétends être, donne la vie à mes figurines, qu’elles se mettent debout et qu’elles parlent ! »

 

Zanahary s’exécuta.

 

Il prit les figurines une par une dans sa main et leur souffla dans le nez, c’est ainsi que le flux vital fut donné aux êtres humains.

 

Ensuite il humecta leurs lèvres de sa salive et
c’est ainsi que nous fûmes dotés de la parole.

 

Ensuite il sépara les êtres humains en deux parties égales et donna à une partie l’énergie masculine et à l’autre l’énergie féminine,
c’est ainsi qu’il y eu des hommes et des femmes.

 

Puis, pour éveiller le désir de Rakotovoana il permit que l’union des hommes et des femmes donne la vie à d’autres êtres humains.

 

Rakotovoana fut émerveillée de ce prodige et convaincu de la véracité des dires de Zanahary quant à ce qu’il était.

 

Ils s’unirent dans une danse voluptueuse et de cette union jaillirent les multiples formes de la vie.

 

Chaque pas de cette danse effrénée donnait naissance à un être vivant.

 

Il y eut ainsi les arbres et les végétaux, puis les poissons et les animaux et aussi les insectes et les oiseaux…

Lorsque leur danse prit fin, la terre était entièrement peuplée.

 

Tous ses habitants vivaient en parfaite harmonie, il n’y avait qu’un langage et chacun existait dans l’amour des autres.

 

Épuisé par cette danse qui avait duré des milliers d’années, Zanahary prit congé de Rakotovoana en lui disant :

 

-« Prend soin de tout ce qui vit sur terre car c’est ton royaume, veille sur tes sujets et surtout ne te révèle jamais à eux car ils doivent ignorer ton existence ! »

 

Rakotovoana acquiesça et Zanahary s’en fut prendre un repos bien mérité.

 

Maintenant la déesse de la terre n’était plus seule et regardait avec bienveillance tout son monde vivre.

 

Le temps passa sans heurts ni malheurs, rythmé par les révolutions du soleil qui engendraient les saisons.
Seule la nuit restait froide et ténébreuse car nulle étoile n’illuminait le ciel.

 

Le temps passa et vint le moment où Rakotovoana se sentit seule de nouveau, alors, oubliant la promesse faite à Zanahary elle se fit connaître aux hommes.

 

Elle leur révéla le secret du divin et leur enseigna le moyen de communiquer avec elle par l’intermédiaire des joros, les cérémonies par lesquelles ont fait appel de nos jours encore à Zanahary.

 

Les hommes, dans leur ferveur, invoquèrent si fort leur mère Rakotovoana que Zanahary entendit leurs prières.

 

Il entra dans une colère terrible et vint demander à Rakotovoana la raison pour laquelle elle avait trahit sa promesse.

 

Celle-ci lui répondit que la solitude était bien trop difficile à supporter et que les prières des hommes étaient douces à ses oreilles.

Zanahary ne voulut point comprendre ses raisons, tant il était blessé d’avoir été trompé.

 

Il cria sa rage et celle-ci se matérialisa en un énorme rocher, ny vato, qui vint frapper la terre d’une force prodigieuse.

 

Le choc fut si terrible qu’un morceau de terre fut arraché et projeté dans le vide.

Ainsi naquit la lune.

 

Issue de la colère jalouse de Zanahary, elle fut dotée d’une entité féminine : Volanasoa.

 

Pendant que les êtres humains ainsi que tout ce qui vivait sur terre subissaient les ravages de la prodigieuse collision, Zanahary s’unit dans une nouvelle danse avec Volanasoa.

 

Et chaque pas de cette danse engendra une étoile.

 

Bientôt le vide en fut rempli et la nuit fut illuminée de milliers de scintillements.

 

Ainsi les étoiles que vous pouvez regarder dans le ciel sont les enfants de Volanasoa et de Zanahary.
 

 

Le créateur, après cette grande dépense d’énergie, s’en fut se reposer au calme.

 

Mais les deux sœurs, Rakotovoana et Volanasoa,

jalouses l’une de l’autre ne cessaient de se quereller.

L’une jalouse de l’autre car elle avait été la première épouse de Zanahary, et la seconde ne supportant pas qu’il y ait eu une autre avant elle.

 

Ces querelles étaient si fortes qu’elles finirent par importuner Zanahary.

 

Il dut venir pour arbitrer le litige.

 

Chacune d’entre elle revendiquait l’héritage divin pour ses enfants.

 

Rakotovoana disait que les êtres humains étaient seuls fils de Zanahary et Volanasoa criait que les étoiles étaient aussi ses enfants.

 

Pour mettre fin à tout ce tapage, le créateur leur dit :

 

-« Toutes les deux vous êtes mes épouses, égales dans mon cœur et devant l’éternité. Vos enfants sont les miens, différents mais tous issus de mon amour. Cessez vos querelles et venez rejoindre ma demeure. Les êtres qui peuplent la terre et qui se mélangent pour donner la vie seront mortels. Quant aux étoiles qui peuplent le ciel, elles seront immortelles mais ne pourront donner la vie. Et que cessent ces cris incessants qui troublent l’harmonie céleste ! »

 

Rakotovoana et Volanasoa acceptèrent cet arrangement et
rejoignirent Zanahary dans sa demeure.

 

C’est ainsi que la terre fut abandonnée aux êtres humains et qu’ils en sont responsables devant Zanahary.

 

C’est aussi la raison pour laquelle nous devons tous mourir un jour, car le Aina, le souffle vital de Zanahary ne nous est donné que pour un temps.

 

Mais il nous reste le pouvoir de donner la vie lorsque nous nous unissons, quand nous accordons le masculin avec le féminin et que nous devenons créateur pour un instant.

Un instant si bref, mais qui nous donne notre dimension dans l’éternité…

Voilà, vous savez maintenant comment est apparut la vie !

 

Et la musique, vous avez une idée de son origine ?
vous le saurez bientôt avec la leçon de Valiha mais ce sera pour une prochaine fois, à suivre.....très prochainement !!!!
 

 




Publié à 07:55 le 2.06.2008 dans Musique Contes
Commentaires (2) | Ajouter un commentaire | Lien

La leçon de Valiha

La leçon de Valiha





Il était une fois, il y a très longtemps, au doux pays de Madagascar, un vieux
musicien, si vieux que sa barbe s’enroulait autour de ses pieds et qu’il lui
fallait faire attention pour ne pas tomber quand il se déplaçait.

Ce vieil homme était connu de tout le pays, car il détenait le secret des
mélodies.

Lui seul, savait faire vibrer les cordes de son instrument afin que celui-ci
transporte à travers les airs les secrets de fées, d’elfes, de farfadets, de
licornes magiques, de trolls et de lutins, sans oublier les magiciens des
terres lointaines.

A cette époque ou nul ne connaissait encore les secrets de la musique, les portes
des demeures les mieux gardées s’ouvraient d’elles-mêmes lorsqu’il effleurait
les cordes de son valiha.

Ce valiha était unique, car il l’avait reçu en cadeau de Zanahary, le créateur de
toute chose, qui avait eu pitié de son infirmité.

Car il faut savoir que ce vieil homme était né aveugle, et qu’il avait grandi seul,
sans amis de son âge, abandonné de tous.

On lui donnait des filets à réparer et il passait ses journées courbé sur sa
tâche, triste et malheureux.

Sa seule distraction était de siffler avec les oiseaux, et il était devenu si doué
dans cet art qu’un jour Zanahary l’entendit et voulu connaître son histoire.

Car, même si le créateur est censé tout savoir, parfois il est nécessaire de lui
expliquer les petits ennuis des pauvres mortels de ce bas monde.

Enfin, ému par le triste sort du vieil homme, Zanahary décida de lui faire un cadeau
afin qu’il puisse faire vivre les mélodies qui avaient été oubliées dans un des
recoins de son palais entièrement construit dans du cristal d’étoiles.



Il créa un instrument à la mesure de l’homme, et ce fut le Valiha.





C’était un Valiha fait dans de la pierre de lune, et les cordes en avaient été tressées
dans les cheveux des filles de Zanahary lui-même.

Quand le créateur, dans son infini bonté, déposa l’instrument dans ses bras, il lui
souffla dans l’oreille le secret pour faire vivre les mélodies.

Car elles étaient si fragiles et si capricieuses, qu’à la moindre fausse note elles
couraient se cacher dans leur refuge de cristal.

Et il fallait des jours de patience au musicien qui faisait vibrer les cordes sans
relâche, avant qu’elles ne daignent revenir se montrer.

Mais, quand elles étaient là, c’était un ravissement sans fin de les entendre
virevolter dans l’espace dans des ballets toujours réinventés.


Lorsque les mélodies se sentaient en sécurité, elles pouvaient danser autour du
musicien des jours durant, et c’était lui qui demandait grâce quand ses doigts,
de fatigue, ne pouvaient plus se mouvoir.




Les hommes ne pouvaient voir les mélodies, et tous croyaient que ce qu’ils
entendaient venait du Valiha.

Ainsi, sa vie durant, le musicien aveugle fit danser les mélodies.

Il les fit danser pour les rois et les reines, les puissants seigneurs, les riches
commerçants, mais pour les pauvres aussi.

Car les mélodies se donnaient en cadeau pour tous les hommes, sans préjugés de
quelque sorte.

Hélas, le musicien se faisait vieux, déjà ses doigts commençaient à le trahir, et
maintenant il n’était pas rare de voir plusieurs jours passer sans visite des
mélodies.

Alors, un jour il demanda à l’une d’elles ( car les mélodies sont des messagères
privilégiées) de demander l’autorisation à Zanahary de transmettre son savoir à
quelqu’un de plus jeune que lui afin que point ne se perde le secret de la
musique.

Zanahary vint lui répondre en personne qu’il acceptait sa requête, mais qu’il y mettait
quelques conditions.

D’abord, l’élève du musicien devrait avoir le cœur pur comme l’eau de la source, devrait –être aussi généreux que son professeur, et surtout, être capable de faire vibrer, dès la première fois et harmonieusement les cheveux d’anges.

Ces conditions paraissaient quelque peu difficiles à remplir, mais devant la
volonté de Zanahary, le musicien ne pouvait que s’incliner.

Et, dès ce moment, commença sa longue quête pour trouver celui ou celle qui lui
succèderait.

Tant qu’il eut assez de forces pour voyager, dans chaque village de chaque région il
scruta les visages et les âmes de ceux qu’il rencontrait.



Mais aucun d’entre eux n’était digne d’apprendre son art.

Vint le temps ou ses jambes ne le portèrent plus, alors il s’installa dans un petit
village au bord de la mer, car il aimait se faire bercer par le bruit des
vagues jouant avec le sable et le bruissement du vent dans les feuilles de
cocotiers.

Il jouait chaque jour à l’heure où la nuit réclame son règne, pour tous ceux qui
voulaient l’écouter et disait doucement qu’il cherchait quelqu’un pour
transmettre son savoir.

Bientôt, de tout le pays des gens vinrent, éperdus de l’envie d’être choisis.


Mais parmi eux, aucun n’avait les qualités requises.

Alors, on vit des embarcations aux lignes nouvelles mouiller devant le village, et ce
fut un défilé de tous les pays, de tous les continents.

Chaque nation était représentée, depuis les rivages de la Méditerranée jusqu’au
confins de l’Asie, en passant par l’Afrique et les Amériques.

C’était un véritable émerveillement de voir toutes les modes vestimentaires de tous ces
pays réunies en un seul endroit.

Car pour venir d’aussi loin, et connaissant les frais de transport de l’époque,
seuls les fils et filles de rois ou de riches marchands pouvaient se permettre
de faire le déplacement.

On vit des princes africains noirs comme l’ébène à la démarche fière et aux
muscles imposants, d’autres plus petits aux traits aigus qui venaient d’Arabie,
des blonds aux cheveux bouclés vêtus de peaux de bêtes, d’autres avec des yeux
bridés et habillés de soie, des hommes à la peau rouge et à la tête emplumée et
c’était tous les peuples de la terre qui défilaient.

Mais parmi tout ce beau monde personne ne trouva grâce aux yeux du musicien, car
pour percer les âmes il n’est point besoin de voir !

Et chaque jour nouveau voyait le vieil homme de plus en plus affaibli.

Il y eut encore des arrivants, notamment le fils du roi des terres perpétuellement
glacées et une princesse des îles vêtue de fleurs parfumées, mais aucun d’eux
ne réunissait les qualités par Zanahary demandées.

Le vieil homme se désespérait, car ses mains tremblaient tellement qu’il lui était
devenu presque impossible d’appeler les mélodies, et à force de ne plus être
éveillées elles risquaient de se réendormir d’un profond sommeil qui pourrait
durer des siècles, voire des millénaires, car le compte du temps n’est pas le
même pour tout ce qui touche au divin.


Presque toutes les nations avaient envoyé un représentant de leur élite, et parmi tous
ces gens pas un seul ne méritait d’obtenir le secret des mélodies.

Le musicien était quasiment résigné à emporter son secret avec lui dans l’au-delà,
quand, un soir, juste avant de s’endormir, il entendit une petite voix qui
chantonnait.

Et, à travers cette voix, il sut qu’il avait enfin trouvé la perle rare.

Il appela immédiatement son logeur afin d’obtenir l’identité de cette enfant.

Car c’était une voix de petite fille qu’il avait entendu, une petite fille qui ne
devait pas avoir plus de huit ans, et d’après sa voix elle devait être très
belle aussi.

Quand le propriétaire des lieux fut arrivé il lui demanda :

-« Dites-moi qui est cette petite fille que j’entends chantonner dans la maison ? Car
je crois que c’est la personne que je recherche depuis longtemps déjà. »

-« Vous devez faire erreur, noble musicien. Lui répondit l’homme. Celle que vous
entendez n’est qu’une petite souillon, que j’ai recueillie et qui s’occupe du
ménage dans la maison.

-Peu m’importe ce que vous pensez.. » Rétorqua sèchement l’aveugle. «
Faites la venir près de moi dans l’instant. »

L’homme sortit de la chambre en se disant que cela serait bien dommage que cette petite fille, qui s’occupait de toutes les corvées de la maison en échange d’un peu de
riz et de grains, fut choisie par le musicien alors qu’il avait une fille du
même âge.

C’est pourquoi, au lieu de lui amener celle qui faisait office d’employée à peu de
frais, il revint dans la chambre du musicien accompagné de sa propre fille.

-« Voilà celle que vous cherchez. » Lui dit-il d’un air qui se voulait dégagé.

-« Approche mon enfant. » Dit le vieil homme. « Approche, et chante-moi cette
petite chansonnette que j’ai entendue tout à l’heure. »

La fillette, qui connaissait la chanson pour l’avoir souvent entendue, se mit à chanter.

Il faut préciser que la fille du logeur était dénuée de tout sens moral et que le
mensonge était pour elle tout à fait naturel.

Mais on ne pouvait lui en tenir rigueur, car elle ne faisait que reproduire
l’exemple que ses parents lui avaient donné.

Elle était méchante aussi, et passait son temps à ennuyer Vololo, car c’était le nom de la petite bonne qui chantait si bien.

Enfin, inutile de vous dire que dès qu’elle eut commencé à chanter, le musicien se
rendit compte qu’elle n’était pas celle qu’il avait entendue !.

-« Ne me prenez pas pour un idiot. » Gronda le vieil homme. « Et faites
venir l’enfant à la jolie voix avant que ma patience ne soit à bout. »

Le logeur ne se le laissa pas dire deux fois, car il savait que le musicien avait
ses entrées parmi les plus grands du pays, et qu’il lui serait certainement
préjudiciable de se le mettre à dos.

Aussi partit-il chercher Vololo et dit à sa fille de quitter la chambre.

Le propriétaire se rendit dans la petite pièce toute sombre qui servait de chambre
à Vololo et lui tint ce propos :

-« Ecoute-moi bien petite souillon, le musicien te demande car il pense faire de toi son
élève, c’est une grande chance qui t’attend, profites-en et ne parle jamais à
personne de ce que tu as vécu ici ! »

Car il faut savoir que la pauvre petite avait subi un véritable martyr de la part
de toute la famille du propriétaire, non seulement elle devait s’occuper de
toutes les corvées les plus ingrates, mais de surcroît elle n’avait
pratiquement jamais assez à manger.

Sans parler de ses vêtements, si on peut parler d’habits d’ailleurs, elle ne
possédait en effet qu’une pauvre robe faite dans un goni.

Quant à son coucher, il consistait en une simple natte jetée sur la terre battue.

Enfin, la petite jure au logeur de taire les conditions de son triste sort, et se
rendit en sa compagnie dans la chambre du musicien.

-« Voici la petite chanteuse ! » Annonça le méchant homme.

-« Très bien, vous pouvez vous retirer. Répondit le vieillard. Je n’ai
plus besoin de vous. »

Le propriétaire se retira en grommelant, et Vololo se retrouva toute seule face à
l’aveugle qui l’impressionnait beaucoup.

-« Assieds-toi sur la chaise. » Lui dit-il. « Et fais moi écouter cette chanson que
tu fredonnais tout à l’heure. »

Vololo s’exécuta malgré son appréhension, car elle était quand même flattée que le
musicien lui porta un tel intérêt, c’était d’ailleurs la première fois que
quelqu’un se préoccupait d’elle.

Et c’était vrai que sa voix était belle et bien posée, c’était un pur ravissement
que de l’entendre.

Le musicien l’écouta attentivement, car au delà des sons c’était son âme qu’il
pénétrait.

Et ce qu’il ressenti lui convint tout à fait.



Le temps qu’elle exécute sa petite chanson, il sut tout de son histoire, toutes ses peines et ses souffrances, et ses aspirations aussi.

Et tout cela le conforta dans l’idée que sa longue quête était enfin terminée.

Quand elle s’arrêta, il resta un long moment sans rien dire, Vololo était persuadée
qu’elle avait déplut, mais en fait le vieux musicien laissait les notes
cristallines lentement disparaître dans l’espace comme on garde en bouche le
goût d’un mets exquis.

Puis il brisa le silence d’une voix qui se fit la plus douce possible, comme s’il
voulait atténuer le grave de sa voix pour apprivoiser l’enfant.

-« Je pense que tu es l’élève que j’ai longtemps cherchée, si tu le veux nous allons
partir d’ici sans plus tarder car il m’est impossible de te transmettre mon
savoir en ce lieu. »

Vololo fut d’abord trop étonnée pour répondre, puis elle se remémora les années
qu’elle venait de passer aux ordres de cette méchante famille et se rapprocha
du vieux musicien pour lui dire qu’elle était prête à partir sur-le-champ.

-« Je suis heureux de la promptitude de ton engagement. Lui répondit-il. Et je pense
pouvoir te garantir un sort beaucoup plus enviable que celui qui était le tien
jusqu’alors !

Mais avant tout, il faut que je règle certains détails avec ton ancien patron,
dis-lui de venir me rejoindre s’il te plait. »

Bien sûr que cela lui plaisait, échapper à cette vie de perpétuelles corvées et de
remontrances était ce qu’elle souhaitait le plus.

Aussi, courut-elle comme une jeune gazelle prévenir le vilain logeur du désir de son
nouveau maître… de musique cette fois-ci !

Le propriétaire fut quelque peu récalcitrant, voir s’en aller cette bonne à tout
faire n’était pas sans lui déplaire, mais le vieil homme avait beaucoup de
poids dans le pays et pour finir il ne put que s’incliner.

Le vieux musicien et la petite fille s’en allèrent par la route du Nord, la main de la petite serrant fort celle du vieux, c’était pour elle le début d’une vie nouvelle.

L’aveugle allait sans se soucier où le menaient ses pas car il savait que Zanahary le
guidait.




Publié à 07:50 le 2.06.2008 dans Musique Contes
Commentaires (0) | Ajouter un commentaire | Lien

Bientôt ils furent en vue d’une demeure imposante dotée d’une cheminée gigantesque qui semblait vouloir toucher le soleil.

-« Maître, je vois une grande maison au loin, est-ce là que nous nous
rendons ? » Demanda Vololo.

-« Si tu me poses la question c’est certainement parce que c’est notre
destination ! » Lui répondit le vieil homme.

Et les voici à la porte de ce qui s’avéra être une véritable habitation de
seigneur, deux gardes magnifiques en protégeant l’entrée.

La petite fille impressionnée marqua un temps d’arrêt et le musicien lui en
demanda la raison :

-« Pourquoi t’arrêtes-tu ainsi mon enfant ? »

-« C’est qu’il y a deux soldats en armes qui nous barrent le chemin. »

-« Aucun mortel n’empêche d’entrer celui qui est envoyé par le créateur, demande-leur de nous laisser passer. »

-« Messieurs les soldats voulez-vous nous laisser passer s’il vous plaît ? »

Et aussitôt les gardes s’écartèrent pour leur céder le passage.

Les deux battants de l’impressionnante porte en bois d’ébène finement sculptée
s’ouvrirent sans un bruit et découvrirent aux yeux émerveillés de vololo
l’intérieur grandiose et éblouissant de l’endroit.

Tout semblait être perfection et harmonie dans l’architecture du lieu.

Il n’était pas un détail pour troubler l’impression de pureté qui s’en dégageait
et Vololo ne put retenir un petit cri d’admiration.

-« Que se passe-t-il ? » Demanda le musicien.

-« Rien, maître, si ce n’est que tout est si beau ! »

Pendant que Vololo prononçait ces mots apparut le maître des lieux.

Superbe et majestueux, d’une belle stature et de grande prestance, le blanc de sa
chevelure éclatant sur le pourpre de son habit, symbole vivant d’autorité et
imposant le respect.

Du haut des hautes marches du perron de marbre, il souhaita la bienvenue à nos
deux amis :

-« Qui que vous soyez, soyez les bienvenus, car je vous ai vus dans mes rêves et une
petite voix me disait de vous accueillir avec tous les honneurs ! »

-« Nous sommes au service de la musique et cherchons un endroit calme et tranquille
pour que je transmette mon savoir à cette enfant avant que Zanahary ne me
rappelle auprès de lui. » Lui répondit le vieil homme.

-« Et bien vous avez frappé à la bonne porte, cette demeure sera la votre tant qu’il
vous plaira, entrez donc et venez vous restaurer car vous semblez avoir fait
une longue route. »

Ils entrèrent dans la salle richement décorée au milieu de laquelle était dressée
une table massive chargée de victuailles.

-« J’avais fait préparer ceci car je sais que les rêves sont des guides ! »
Déclara le roi en invitant d’un geste de la main ses hôtes à s’asseoir.

Vololo n’avait jamais eu l’occasion de manger des choses aussi bonnes et c’est
sans retenue qu’elle se délecta jusqu’à plus faim.

Ensuite, écrasée de fatigue et repue, elle s’allongea sur un divan et s’endormit sans
plus attendre.

Le seigneur fit appeler des serviteurs qui l’emportèrent dans une chambre toute
décorée en rose et la déposèrent délicatement sur un lit paré de fins draps de
soie.

Pendant ce temps le vieux musicien et le roi devisaient tranquillement.

Car j’ai oublié de vous dire que leur hôte était un roi, un grand roi même
puisqu’il était le roi des Betsimisarakas.
Ce qui peut se traduire par : (les nombreux qui ne se séparent jamais).

Les deux hommes devisaient donc :

-« Ô grand roi, je te remercie de ton accueil et de tout ce que tu nous offres, mais
dis-moi quel mal étrange ronge ton cœur. Car si je suis aveugle, je ne suis
point sourd aux détresses des hommes et je sens que ce lieu fut autrefois égayé
d’éclats de rire et de fêtes grandioses, qu’est-il arrivé pour qu’aujourd’hui
cela ne soit plus ?

- Ah vieux musicien, tu ravives au plus profond de mon cœur une blessure cruelle.
Comme tu le dis si bien, il n’y a pas si longtemps de cela ce château était
empli des rires et des cris de mes enfants, ils étaient la lumière de ma vie le
soleil de mon existence. Nous les regardions, ma tendre épouse et moi
tendrement enlacés, s’ébattre et jouer et cela suffisait à notre bonheur.
Hélas, trois fois hélas, un jour maudit entre les jours mauvais, lors d’une
promenade dans la forêt, le monstre maléfique qui l’habite, celui que l’on
nomme Kakabe, s’empara de ma famille et depuis les retient prisonniers.

J’ai tout essayé pour les libérer, j’ai envoyé les plus forts de mes soldats, les
plus habiles de mes archers, mes meilleurs chasseurs, les plus rusés
braconniers et tout ce que compte comme hommes braves dans mon royaume.

Mais aucun d’eux ne revint, et le Kakabe dans son repaire se rit de ma douleur.

On ne peut l’affronter qu’une seule fois dans l’année, le jour où le soleil est au
Zénith de sa révolution, le reste du temps il est invisible à nos yeux.

Voilà, musicien, les raisons de ma tristesse. »

Le vieux musicien resta quelque temps songeur à la suite de ce récit et finit par
dire :

-« Grand roi, je ne sais pour quel dessein le créateur a guidé nos pas jusqu’ici mais je
prierai chaque jour pour que ta famille te soit rendue.

- Je t’en remercie musicien, accepterai-tu de jouer pour moi de ton
instrument ?

-Bien sûr, avec joie ! »

Le musicien fit courir ses doigts sur le Valiha, et aussitôt les mélodies
accoururent et se mirent à danser au-dessus du roi. Celui-ci ne pouvait les
voir bien évidemment, mais cela lui faisait du bien et lui faisait oublier pour
quelques instants sa profonde douleur.

C’est ainsi que le musicien prit l’habitude de jouer pour le roi chaque soir après le
dîner, les mélodies étaient toujours présentes au rendez-vous, comme si elles
partageaient la douleur du roi et cherchaient à l’apaiser.

En ce qui concerne Vololo, elle fut bientôt adoptée par tous les habitants du
château ainsi que du roi lui-même, grâce à sa gentillesse et son désir d’être
agréable à tous.

Comme elle était du même âge que la fille du roi, on lui donna des habits de
princesse et tous les bijoux qui vont avec, et c’était un régal pour les yeux
de la voir déambuler dans le palais ainsi vêtue.

Car le conteur a peut-être oublié de vous dire que Vololo était très belle, avec de
longs cheveux noirs et des yeux noisette, ainsi qu’un grain de peau des plus
satiné.

Elle avait aussi une grâce naturelle dans ses mouvements qui pouvait faire croire
qu’elle avait toujours vécu dans une atmosphère raffinée.

Ce qui n’était pas le cas, si vous vous rappelez bien le début de
l’histoire !

Elleapprenait avec le vieux musicien le secret des mélodies, mais cela prenait
beaucoup de temps et demandait énormément d’attention et de travail.

Chaque matin, après le petit-déjeuner, ils s’installaient tous les deux dans le jardin
royal et la leçon commençait :

-« Ecoute le chant de cet oiseau ! » Lui disait le musicien. « Ecoute son
chant et pénètre-toi de la pureté de ses notes, entends-tu comment il s’arrête
sur un seul son ? »

Vololo écoutait de toute son âme et de tout son cœur.

-« Tu dois essayer de faire vibrer les cordes du valiha de la même façon que coulent
les notes de la gorge de cet oiseau, chaque mouvement doit se terminer sur une
seule note comme l’oiseau sait si bien le faire. »



Et inlassablement, jusqu’à l’heure du déjeuner, Vololo essayait de reproduire le
chant de l’oiseau.

Mais c’était si difficile que parfois elle se décourageait et se disait que jamais
elle n’arriverait à autant de pureté.

Alors elle reposait le valiha, se prenait la tête entre les mains et s’efforçait de
ne pas pleurer.

C’était beaucoup demander à une petite fille de son âge, mais l’enchantement des
mélodies était à ce prix.

Un jour qu’elle était vraiment déprimée de ne pas arriver à reproduire ce qu’elle
ressentait intérieurement le vieil homme lui dit :

-« Crois-tu que la beauté sublime et la pureté soient des choses faciles à obtenir ?
Crois-tu que transcender son être est à la portée de tous ? Pour arriver à
faire ce que tu désires le plus il te faut toujours beaucoup travailler, mais
ce travail lui-même est déjà un résultat en soi. Personne ne t’obligera à
chercher à atteindre ce qu’il y a de meilleur en toi, il n’y a que toi qui en
es capable.

C’est un choix qui t’appartient, si tu veux t’arrêter maintenant personne ne te
grondera, tu es libre de continuer à souffrir pour arriver à ton but ou bien
abandonner et retourner à la médiocrité, car ce qui est médiocre n’est pas forcément
mal, cela dépend des possibilités de chacun et peut-être du destin aussi. Mais
tout le monde ne croit pas en la destinée, il y en a qui disent que nous même
faisons notre destin. »

Vololo écoutait ce que lui disait le musicien mais ne comprenait pas tout, c’était un
peu difficile pour une fille de huit ans. Ce qu’elle savait c’est que son cœur
lui disait de persévérer dans la recherche de la pureté des sons, même si cela
était parfois décourageant de difficulté.



Publié à 07:45 le 2.06.2008 dans Musique Contes
Commentaires (0) | Ajouter un commentaire | Lien

Pendant qu’ils travaillaient le temps passait et vint le temps du zénith de l’astre
flamboyant et son cortège de courageux combattant qui remplirent le palais de
leurs cris de guerre.

Ils étaient beaux, ils sentaient le sable chaud, ils partirent joyeux pleins
d’ardeur conquérante, et ne revinrent point.

Le Kakabe les avaient mangés !

L’abattement
succéda à l’espoir que toutes ces ardeurs viriles avaient suscité dans
le cœur du roi et le triste décompte des jours reprit son cours.

Les leçons se faisaient de plus en plus difficiles mais Vololo ne se rendait pas
compte de ses progrès, le vieux musicien souriait de plaisir dans sa barbe et
sentait que bientôt sa protégée pourrait faire danser les mélodies.



Mais il fallait encore travailler.

Une année passa encore et vint le jour bruyant des guerriers. Mais ceux-ci étaient
moins nombreux que la fois précédente, la peur commençait à étendre ses sombres
ailes sur la région.

Cette fois là encore aucun d’eux ne revint, et l’abattement du roi devint dramatique.

Il resta un mois sans se lever, sans se laver, et il fallait lui faire boire de
force du bouillon de poulet avec beaucoup de gingembre de peur qu’il ne meure.

Il revint à la vie grâce aux mélodies qui firent des prouesses pour le tirer de sa
léthargie.

Mais il n’était plus que l’ombre de ce qu’il avait été, un grand roi aimé et
respecté pour son équité et sa bonté.

Cela faisait trop longtemps qu’il était séparé de ceux qu’il aimait, il lui manquait
la présence de sa tendre épouse et de ses enfants chéris.

Vololo, quant à elle, était devenue une très belle jeune fille, et son travail
quotidien en avait fait une musicienne de première qualité. Il ne lui manquait
encore qu’un peu de pratique pour que les mélodies acceptent de danser sur sa
musique.

Mais ce qu’elle avait en plus c’était son chant, car depuis le début elle
accompagnait de sa voix les cordes de son instrument. Le roi lui-même venait
l’écouter faire ses gammes, et l’on pouvait entendre les oiseaux reprendre ses
phrases musicales comme s’ils voulaient communiquer.

Cela faisait longtemps maintenant que le vieux musicien n’avait plus joué de son
instrument, ses doigts étaient devenus trop raides et le jour de rejoindre le
créateur n’était plus très loin.

Le solstice d’été revint et personne ne se présenta pour combattre le kakabe.

C’était pitié de voir le roi scruter l’horizon désespérément vide.

Alors, sans que personne ne la voie, Vololo prit le valiha sous son bras et prit la
direction de la forêt.

Elle était guidée par une force qui la dépassait, et marchait sans peur vers le
monstre qui avait dévoré depuis des années la fine fleur des combattants les
plus téméraires et les plus aguerris.

Elle marcha longtemps, traversant les rizières de plaine qui donnent le riz pour
l’année puis les rizières de collines qui sont cultivées par ceux qui
sont plus pauvres, puis arriva à la limite des terres cultivées où commence la
forêt sombre et magnifique, domaine du Kakabe.

Là, il faut dire qu’elle hésita un peu, car la forêt de l’est est très
impressionnante et même les plus braves frissonnent en s’y engageant.

Mais elle était décidée à aller jusqu’au bout et sans plus attendre elle s’enfonça
dans la forêt mystérieuse.

Il ne fallu pas plus de quelques minutes pour qu’elle soit complètement engloutie
par la végétation exubérante et sauvage et perde tout sens d’orientation.

Elle marcha encore droit devant sans se poser de questions quand elle se trouva
soudain devant une grotte comme surgit du néant.

Un rugissement terrible et effrayant s’en éleva et le monstre carnivore se dressa
devant elle.

Immense, terrifiant, abominable, féroce, impressionnant de force mauvaise et exhalant
une odeur épouvantable de fauve.

Vraiment, de quoi faire mourir de peur le plus brave des braves sans que l’on puisse
l’accuser de lâcheté.

Et bien, Vololo n’eut pas peur, elle s’assit tranquillement devant l’ignoble bête
et sans trembler se mit à jouer de son instrument.

Alors le miracle s’accomplit, les mélodies se mirent à virevolter dans les airs
au-dessus du kakabe et celui-ci les regardait avec ravissement.

Car la beauté de la musique n’est pas réservée qu’aux êtres humains et même la bête
la plus féroce peut se laisser charmer par les mélodies.

Le kakabe se mit à dodeliner de la tête, puis c’est tout son corps qui se mit à
bouger, et c’était incroyable de le voir se mettre à danser avec les mélodies.

Car, vous pouvez peut-être ne pas me croire, mais le Kakabe dansait de la plus belle
manière qu’il soit et il souriait aussi. Il faisait des pirouettes dans les
airs et la terre tremblait lorsqu’il retombait tellement il était gigantesque.
Et
Vololo continuait à faire vibrer les cordes du valiha, encore et
encore, des heures durant, jusqu’à ce que le Kakabe tombe épuisé de
fatigue et s’endorme profondément.

Alors, elle s’avança vers la grotte qui s’ouvrit pour laisser le passage à la Reine au
Prince et à la Princesse qui attendaient depuis si longtemps.

Quelle joie et quelle surprise lorsqu’ils revinrent au château !

Ce furent des retrouvailles magnifiques, des embrassades à n’en plus finir, des
câlins et des bisous.



Comme par enchantement, la nouvelle se propagea dans tout le pays et le peuple
heureux de la bonne nouvelle vint crier sa liesse.

Ce fut une fête mémorable qui dura sept jours et sept nuits, les plus beaux zébus
du
Roi furent offerts en remerciement du dénouement heureux de l’histoire,
toute la cave fut bue et ce ne fut que chants, danses et rires,
vraiment une belle fête !

C’est pendant les réjouissances que le vieux musicien se décida à tirer sa révérence.

Après un dernier verre de rhum il s’affaissa doucement sur sa chaise et son âme
s’envola vers le créateur.

-« Alors musicien, content de ton élève ? » Lui demanda le créateur.

-« Oui Zanahary je te remercie d’avoir exaucé mon vœu ! »

-« Je t’en accorde un autre, car tu as eu une vie exemplaire toujours tournée vers le
bien de tes semblables et cela me plaît, demande ce que tu veux cela te sera
accordé ! »

-« Ce que je désire c’est que la musique soit donnée pour toujours à tous les êtres humains ! »

-« Ah, je reconnais bien là ta gentillesse, comme je te l’ai promis je ne peux que te
l’accorder
bien qu’ils ne le méritent pas. Mais n’est-il pas écrit quelque part
dans mon grand livre qu’il suffit d’un homme de bien pour racheter
l’humanité ?

Enfin, je t’accorde ton vœu, que la musique soit accessible aux hommes, mais ils ne
pourront pas voir les mélodies qui sont divines et par la même
inaccessibles ! »

C’est donc grâce au vieux musicien altruiste que la musique fut donné aux hommes, et
même si les mélodies sont invisibles il suffit parfois de fermer les yeux en
écoutant une belle musique pour les voir danser leurs ballets éthérés.

Pour
ce qui est de Vololo, elle fut un peu triste d’avoir perdu son maître
de musique mais elle se vit consolée par le prince qui lui apprit à
jouer d’autres
gammes.

Ils devinrent très proches et ce qui devait arriver arriva :

Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, très beaux et très gentils, et tous
vécurent longtemps dans le bonheur et la joie.
 

Me croirez-vous si je vous disais qu’ils furent tous musiciens ?
 


Je vous laisse un temps de respiration, on dit un
soupir en langage musical, pour que s’évanouissent les dernières vibrations mélodiques!

Vous êtes toujours là !

Bien, alors dans l’histoire qui suit vous découvrirez des thèmes chers au cœur des
malgaches, le partage, la loyauté et les liens d’amitiés, si forts chez
nous qu’ils finissent par enrichir notre vocabulaire.


Publié à 07:40 le 2.06.2008 dans Musique Contes
Commentaires (0) | Ajouter un commentaire | Lien

Conte N°3

Vous êtes toujours là !

Bien, alors dans l’histoire qui suit vous découvrirez des thèmes chers au cœur des malgaches, le partage, la loyauté et les liens d’amitiés, si forts chez nous qu’ils
finissent par enrichir notre vocabulaire.

Vous y rencontrerez le terme de Fokonolona qui se traduit par : groupe
communal. Mais peut aussi se comprendre comme : conseil des villageois.

Il faut sav