Tonga soa,
C’est par cette formule malgache de bienvenue que je vous invite à pénétrer le monde magique du pays des ancêtres.
Et plus particulièrement un petit coin de paradis situé à quelques encablures de l’île Sainte- Marie, la baie de Tintingue.
Mon grand-père, N’guéta Paul, dans son village de Manompana, était le détenteur des secrets des plantes qui guérissent.
Il était celui qui communique avec les Razanas, les esprits des personnes du clan qui continuent à vivre après leur mort auprès de Zanahary, le créateur.
Un créateur omniprésent, chaleureux et toujours enclin à pardonner à ses enfants leurs multiples erreurs et écarts de conduite.
N’guéta Paul connaissait aussi l’origine des Fadys,
les interdits qui jalonnent les rapports des gens entre-eux.
J’aimai aller le voir dans sa petite case de falafa et de ravimpotsy, qui sont les tiges et les feuilles du Ravinala, l’arbre du voyageur.
Il vivait simplement, entouré de quelques poules, attendant qu’on vienne le consulter.
Il jetait alors sur une natte des graines, polies par l’usage,
et indiquait ce qu’il convenait de faire ou ne pas faire.
Garant de l’unité du groupe il pouvait résoudre tous les conflits par des cérémonies sacrificatoires, avec lui rien qui ne soit insoluble.
Selon la gravité du problème l’animal expiatoire allait du poulet au zébu.
Je vous parle en connaissance de cause, car pour lever un fady dans ma famille cela me coûta deux zébus !
J’aimai aller le voir pour le faire parler, car c’était un conteur magnifique.
Après chaque visite, je me disais qu’il faudrait l’enregistrer, son âge avancé pouvant faire craindre que ses histoires ne disparaissent avec lui.
Car, si la vie est encore la même qu’il y a mille ans dans les petits villages de brousse,
les mentalités commencent à changer et
il n’avait, malheureusement, pas trouvé quelqu’un à qui transmettre son savoir.
Et, un jour j’appris la triste nouvelle, mon vieux grand-père préféré était parti rejoindre les Razanas de la tribu.
Un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle !
C’est pourquoi j’ai décidé de mettre par écrit, et de mémoire, les histoires qu’il me racontait.
Je vous demande d’être indulgents car je ne saurai retranscrire la mélodie de ses phrases ni le rythme de ses intonations,
mais j’ai fait tout mon possible pour que l’essence même des histoires soit intacte.
Je me suis peut-être permis quelques rajouts personnels, mais n’est-ce pas là le privilège du conteur !
Pour le plaisir de l’oreille il faut que je précise que le (o) se prononce (ou) en malgache et que la dernière syllabe est souvent élidée, ainsi Manompana doit s’entendre Manoumpane.
Kakolahy se prononce Kakoula.
Kakolahy veut dire grand-père en malgache,
alors laissons parler Kakolahy Paul !